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«La mort des éternels»: Oh boy!

Ce texte décousu, à la structure indécelable, erre sans ressort narratif entre réalité et fiction et n'est pas parvenu à m'amener dans un ailleurs. Cette production a tout du sphinx, sauf le mystère.

Bon alors, disons tout de suite que La mort des éternels, la pièce d'Isabelle Vincent présentée à La Licorne, ne laissera pas de sillage lumineux dans le firmament de la dramaturgie québécoise. Ce texte décousu, à la structure indécelable, erre sans ressort narratif entre réalité et fiction et n'est pas parvenu à m'amener dans un ailleurs. Cette production a tout du sphinx, sauf le mystère.

Les éternels pigistes (Christian Bégin, Marie Charlebois, Pier Paquette et Isabelle Vincent) ont vu le jour en 1996. En 2016, le constat qui s'impose c'est qu'ils ne sont plus rentables, plus fourrables, inutiles en un mot. Ils soulignent qu'après vingt ans de bénévolat subsiste une lancinante mélancolie. Causée, je présume, par une notoriété qui n'est jamais venue, une reconnaissance qu'ils attendent toujours, pour des contrats lucratifs aussi peut-être.

Ce spectacle se veut, si j'y ai compris quelque chose, un bilan de leurs vies et de leurs accomplissements en même temps que l'occasion de rendre hommage à un de leurs parents: les pères pour les femmes et les mères pour les hommes. Ce qui va les amener à s'affubler de déguisements incongrus et à entreprendre un voyage symbolique en bateau. Le décor, des voiles grises, évoquant d'ailleurs un navire.

Mais tout est plaqué comme des décalques sur un cahier d'écolier. Tout est artificiel et forcé. Je sais bien que Les éternels pigistes travaillent avec trois fois rien mais s'ils se montraient plus convaincants on croirait peut-être à ces déguisements de 5-10-15. Il y a aussi le problème des personnages qui sont tous insupportables ou irritants d'une façon ou d'une autre, ce qui est un sérieux obstacle à la conquête du public.

Je n'ai pas compris pourquoi la mère de Pier Paquette était Virginia Woolf, le seul personnage d'ailleurs à tenir un discours à peu près cohérent. Tout demeure dans un premier degré consternant dans cette convocation de fantômes où les allusions crues à la sexualité et à la scatologie sont légion. On crie beaucoup, on prend des grosses voix pour faire les hommes et un ton aigu pour jouer les femmes mais rien n'est senti, aucune émotion ne ressort, même lorsque Laura, la mère de Christian Bégin, (jouée par Christian Bégin) raconte un événement qui a bouleversé sa vie à jamais. Et je n'ai pas pu déceler le fil conducteur ni la logique interne de ce texte. Il n'y a pas d'histoire qui tienne, c'est un verbiage inepte et complaisant comme si Les éternels pigistes avaient voulu se faire plaisir et passer un moment sur la scène ensemble avant de s'autodétruire.

Mais que veulent-ils nous dire, me suis-je demandé? À quoi tout cela mène-t-il? On parle de transcendance à quelques reprises, mais croyez-moi, il n'y a rien de transcendant là-dedans, aucune étincelle ne perce dans ce fatras et l'action et la réflexion sont aussi inexistantes l'une que l'autre. La mise en scène, où il y a des vides, n'aide en rien la cause. Si au début elle est relativement dynamique, ça se morpionne par la suite avec ces entrées et sorties nécessaires pour les changements de costumes des protagonistes qui se transforment en leurs géniteurs.

Je reproche à cette production d'être inintéressante, sans objet et, pire que tout, platte, aussi ennuyeuse qu'une après-midi de parloir. On se retrouve ici dans des stratosphères d'inanité, c'est un voyage au bout de l'ennui et l'heure cinq minutes que dure le spectacle m'a semblé interminable. Le dire est un art de la séduction, l'écrire, un art de la pensée. Et La mort des éternels ne comporte aucune séduction ni aucune pensée.

La mort des éternels, une production des Éternels pigistes en codiffusion avec La Manufacture, à La Licorne jusqu'au 7 mai 2016.

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