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19/01/2018 09:00 EST | Actualisé 19/01/2018 09:00 EST

«La meute»: efficace

C'est dans un décor minimaliste et sobre, mais éloquent que se déroule l'action.

Suzanne O'Neill

La nouvelle pièce de Catherine-Anne Toupin, sur la scène de la grande Licorne, s'ouvre avec un monologue rempli d'une violence inouïe accompagné par des éclairages stupéfiants. Sophie (jouée par la comédienne/dramaturge) raconte toutes les avanies dont on l'a menacé ou qu'elle a subies, dans une déferlante de propos très durs et très crus.

Il est fascinant qu'on ne sache pas au départ si ces propos se sont concrétisés dans des actes ou pas. Et en fait, peu importe puisque leur portée s'est révélée tout aussi destructrice. Sophie a perdu son emploi à la suite de ces attaques et elle se retrouve dans un trou perdu où elle loue une chambre dans un gîte tenu par Louise (Lise Roy, dont le rôle aurait pu être davantage étoffé et qui est davantage un accessoire qu'une présence) et où habite aussi Martin, le neveu qui est sans travail également à cause de la restructuration de l'entreprise où il gagnait sa vie.

Sophie gagne la confiance de Martin avec une tendresse agressive; ils boivent, blaguent, discutent et Sophie, histoire de l'aider à faire des sous, lui propose de prendre des photos qu'on pourrait qualifier de compromettantes. Martin (Guillaume Cyr, parfait dans ce rôle) clame haut et fort qu'il est confortable avec son corps et ses kilos en trop, mais bien sûr que c'est une autre histoire que de le montrer sous toutes ses coutures au bénéfice de voyeurs du web amateurs de ce genre de choses. Il se prêtera cependant à l'exercice, ce qui mènera à la révélation finale de la vraie nature de ce gros garçon qui semble si inoffensif.

La mise en scène de Marc Beaupré, dont on reconnaît la touche inimitable, est fluide et sa vitalité est exaltée et ennoblie par la magie des superbes éclairages de Julie Basse et Étienne Boucher.

C'est dans un décor minimaliste et sobre, mais éloquent que se déroule l'action. La mise en scène de Marc Beaupré, dont on reconnaît la touche inimitable, est fluide et sa vitalité est exaltée et ennoblie par la magie des superbes éclairages de Julie Basse et Étienne Boucher. Cette mise en scène met aussi en exergue le côté démiurge du personnage de Sophie, chef d'orchestre d'une machination, d'une vengeance qui se révélera sans pitié. Par contre, je dois dire que jamais Sophie ne m'a semblé sympathique. On se doute bien dès le départ qu'elle a quelque chose derrière la tête, que cette femme intelligente forcée d'abandonner une brillante carrière à la suite d'attaques innommables ne va pas se laisser abattre facilement. Et qu'à l'instar de ses détracteurs, elle va utiliser la saloperie, mais pour la hisser au rang des Beaux-Arts. Je comprends son désir de faire autant de mal qu'elle en a subi, mais la dureté, l'acrimonie et la fausse fragilité qui se dégagent d'elle en font quelqu'un de difficile à aimer.

Sophie n'est pas Sophie, Martin n'est pas le gros nounours sympathique qu'il semble être et le personnage de Louise recèle aussi des surprises. Catherine-Anne Toupin aborde le sujet difficile des abus verbaux que l'on retrouve sur internet et dont sont trop souvent victimes les femmes de façon audacieuse et sans dissimuler les terribles conséquences qui peuvent en découler. La démonstration est efficace, mais le texte, qui donne une représentation d'une heure trente, aurait pu être resserré : il y a beaucoup de phrases inachevées qui n'ajoutent rien, de dialogues qui ne mènent nulle part, de tournage autour du pot. La montée dramatique aurait gagné, à mon sens, dans un format de 75 ou 80 minutes. Mais le thème abordé l'est avec conviction et donne un visage et une voix à des victimes qui n'en ont pas souvent tout en nous laissant entrevoir le mélange inextricable d'animal et de divin qui constitue l'être humain.

La meute: à La Licorne jusqu'au 17 février 2018.

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