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19/09/2018 16:25 EDT | Actualisé 19/09/2018 16:30 EDT

«Golgotha Picnic»: un ennuyeux Jésus

Il n'y a aucun désir de nous séduire, les protagonistes ne sont pas attachants et ne nous atteignent pas au cœur de cette aventure où l'écriture emprisonne les comédiens.

Ce texte se tient à distance de la blessure qu'il veut dénoncer, ni impie, ni hérétique, ni choquant, ni suffisamment provocateur ni suffisamment intéressant pour susciter davantage qu'une vague et passagère curiosité.
Maxime Robert-Lachaine
Ce texte se tient à distance de la blessure qu'il veut dénoncer, ni impie, ni hérétique, ni choquant, ni suffisamment provocateur ni suffisamment intéressant pour susciter davantage qu'une vague et passagère curiosité.

Golgotha Picnic, présenté à Paris en 2011, avait suscité de nombreuses réactions: des catholiques d'extrême-droite avaient manifesté devant le théâtre (sans avoir vu la pièce, tiens, tiens...) pour la dénoncer comme étant blasphématoire, parce qu'elle met en scène un Jésus qui relève davantage du héros naufragé que du fils de Dieu. Angela Konrad s'est approprié le texte de Rodrigo Garcia et l'a adapté pour la scène de l'Usine C. Il en résulte un objet intellectuel et esthétique de haut vol qui m'a laissée de marbre.

Le texte de Garcia est ponctué par la musique de Haydn, Les sept dernières paroles du Christ en croix, exécutée au piano par David Jalbert. Je ne remets pas en question le talent du pianiste ou la pertinence d'intégrer cette œuvre maîtresse du siècle des Lumières à un discours sur le Christ, mais je n'ai jamais beaucoup aimé Haydn et je ne l'ai pas apprécié davantage avec ces pièces quasi atonales, répétitives et qui ne véhiculent aucune émotion. Je ne suis pas une musicologue avertie, mais la grande majorité du public ne l'est pas non plus.

Le soir de la Première, la salle souffrait d'un ennui palpable.

La pièce est tout aussi difficile d'accès. Dans une mise en scène froide et distanciée, nous retrouvons un Jésus (Samuel Côté) aux portes de la mort après un accident de voiture; autour de lui trois femmes (Sylvie Drapeau, Dominique Quesnel, Lise Roy) qui sont mères, sœurs, anges. Il y a quelques blagues, un Jésus qui crie Argent, argent, pourquoi m'as-tu abandonné?, une dénonciation de la société de consommation et de la violence inhérente aux actions des hommes.

Pour Rodrigo Garcia, Jésus a échoué dans tout et n'était qu'un être asocial, froid et lointain, désamorçant ainsi le discours chrétien.

On trouve aussi une critique féroce des faits et gestes du Christ, rapportés dans des Évangiles aux sources discutables. Pour Rodrigo Garcia, Jésus a échoué dans tout et n'était qu'un être asocial, froid et lointain, désamorçant ainsi le discours chrétien et pervertissant l'image que l'on conserve depuis deux mille ans de ce personnage.

Il n'y a aucun désir de nous séduire, les protagonistes ne sont pas attachants et ne nous atteignent aucunement au cœur de cette aventure où l'écriture emprisonne les comédiens.

Il n'y a aucun désir de nous séduire ici, les protagonistes ne sont pas attachants et ne nous atteignent aucunement au cœur de cette aventure où l'écriture emprisonne les comédiens, une écriture pourtant simple, mais qui se révèle, lorsqu'on la reçoit, extraordinairement compliquée.

Pourtant il y a des allusions à notre quotidien, des références amusantes, des tableaux projetés sur l'écran de l'arrière-scène: une déposition, une crucifixion, l'agneau sacrificiel de Van der Weyden, Rubens, Zurbaran, mais rien de décolle, rien ne nous atteint.

Le dernier monologue livré par Sylvie Drapeau est le seul moment où j'ai ressenti quelque chose. Elle parle des enfants qui réclament un dernier baiser de leur mère, l'ultime verre d'eau avant de dormir, liant le sommeil à la peur de la mort, à l'oubli éternel, rejoignant Hamlet et son célèbre monologue.

Ce texte se tient à distance de la blessure qu'il veut dénoncer, ni impie, ni hérétique, ni choquant, ni suffisamment provocateur ni suffisamment intéressant pour susciter davantage qu'une vague et passagère curiosité. Un texte qui a tout du Sphinx, sauf le mystère.


Golgotha Picnic: à l'Usine C jusqu'au 29 septembre 2018

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