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23/12/2013 10:25 EST | Actualisé 22/02/2014 05:12 EST

Un affligeant <em>Esprit de famille</em>

Je veux bien croire, comme disent certains, que certaines pièces peuvent être qualifiées de théâtre d'été en hiver, mais il y a toujours bien des limites. On est d'accord que du théâtre, c'est d'abord un texte, une mise en scène et des comédiens. Lorsqu'il manque un de ces éléments, ça ne va pas bien. Lorsque deux sur trois se révèlent inadéquats, ça va mal. Et quand les trois manquent au rendez-vous, c'est la catastrophe. Et c'est hélas ce qui se produit avec L'esprit de famille présenté au théâtre Jean-Duceppe.

D'abord le texte. Il s'agit d'une pièce de l'auteur français d'origine tunisienne, Éric Assous, adapté pour le Québec par Michel Tremblay. Le tout est d'une rare insignifiance et d'un premier degré consternant. On voit tout venir à 100 mille à l'heure et les propos sont d'un crétinisme digne du plus médiocre des téléromans. Le prétexte à cette totale perte de temps, est la pendaison de la crémaillère de François (Antoine Durand) et de sa femme Nicole (Catherine-Anne Toupin) à laquelle ont été invités les deux frères de François, David (Yves Bélanger) et Yvon (Roger La Rue) et leurs épouses respectives, Christelle (Anne Casabonne) et Martine (Linda Sorgini). Nicole, qui n'a pas inventé le fil à couper le beurre, a invité la secrétaire de son mari, Talia (Catherine Florent) à se joindre à eux. Cela crée un certain malaise auprès de ces messieurs, on se doute bien pourquoi, et les dames, qui se veulent fines mouches, n'auront de cesse de savoir de quoi il retourne. C'est le classique thème de l'étranger dans un lieu clos qui va foutre le bordel. Mais ici aucun ressort dramatique, aucune nervosité dans la trame narrative ou dans les dialogues, aucun suspense. Et le tout est livré avec une dose ahurissante de propos oiseux qui tournent autour des visites chez le dentiste, du chauffage central, de taches sur une cravate ou du canard qui est au menu du souper le tout enrobé dans une débauche de clichés à la limite du tolérable.

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Crédit photo : François Brunelle

Tous les personnages sont insupportables ou irritants d'une façon ou d'une autre et en plus la distribution souffre d'un épouvantable casting. Catherine-Anne Toupin en particulier est excessivement mauvaise dans ce rôle où elle joue la nunuche et où elle est manifestement mal à l'aise. En plus, elle porte une robe d'été atrocement laide dans cette maison où on est censé geler comme des rats. Catherine Florent, qui doit incarner une sirène, une bombe sexuelle, n'a pas du tout le physique de l'emploi et est vêtue de la façon la moins flatteuse qui soit. À sa place je demanderais des dédommagements au costumier. Il n'y a que Linda Sorgini qui tire son épingle du jeu : le sarcasme lui va si bien...

On a l'exemple ici d'un texte lamentable dans lequel se débattent des comédiens qui sont d'habitude bons, mais qui n'ont pas été dirigés et qui sont super mal utilisés. Car la mise en scène de Monique Duceppe est sans génie aucun, il n'y a aucun rythme là-dedans, beaucoup de creux, de temps morts et pleins de scories et de maladresses dans ces propos stupides échangés par des comédiens qui font du surplace. C'est ennuyeux comme une après-midi de parloir.

Il y a même le décor de maison où on vient d'emménager, qui est affreux: des boîtes de carton tiennent lieu de tables à café. Mais il faut bien dire qu'elles jouent mieux leur rôle que les comédiens qui sont sur scène.

S'il y avait eu un entracte, nous serions parties avant la fin. Ma complice de ce soir-là m'a juré que les seules dix secondes qu'elle a aimées ont été le court extrait de la chanson La déclaration de France Gall. Je suis assez d'accord. J'aurais mieux aimé être devant mon téléviseur à regarder le Canadien se faire battre par Saint-Louis 5 à 1 plutôt que de souffrir cet interminable calvaire d'une médiocrité sans nom. N'y allez pas, c'est une horreur où on demande au public de l'argent pour se moquer de son intelligence.

L'esprit de famille est présenté au théâtre Jean-Duceppe jusqu'au 8 février 2014.

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