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06/12/2013 01:50 EST | Actualisé 05/02/2014 05:12 EST

Les 2h30 des<em> Contes urbains</em> filent comme l'éclair

Ah! Cette génération Y! Toujours pleine de surprises, elle ne cesse jamais de m'étonner. Alors que la semaine dernière, elle me laissait perplexe et confuse avec Mommy, cette semaine elle m'enchante avec les Contes urbains. Écrire est un art de la pensée, dire est l'art de la séduction et les deux s'allient formidablement dans le spectacle présenté à La Licorne où les 2h30 filent comme l'éclair.

C'est une maintenant tradition du temps des Fêtes, ces contes, histoires, textes écrits par des auteurs qui choisissent et dirigent chacun leur interprète. Ce dernier se retrouve seul face au public et la salle de La Licorne transformée en cabaret pour ces représentations, conserve tout ce qu'il faut d'intimité et de chaleur pour nous faire apprécier la proximité, le talent et l'intensité des comédiens qui défilent devant nous.

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C'est une cuvée de grande qualité cette année. La soirée s'amorce avec Madame Renard de Julie-Anne Ranger-Beauregard raconté par Rachel Gratton, une Rachel Gratton à la fois sensuelle et cruelle qui nous fait pénétrer dans cet univers poétique et surréaliste où le renard devient une métaphore de la résistance et de la durée. Hubert Proulx suit avec Saucisse bacon de Martin Bellemare, une histoire de garçon ado revisitée à l'âge adulte et qui fait état de la grande simplicité du bonheur. Catherine Trudeau prend le relai avec Votre crucifixion de Rébecca Déraspe qui met en scène la culpabilité maternelle comme vous ne l'avez jamais vue auparavant et qui donne lieu aux moments les plus hilarants du spectacle.

Après l'entracte Hubert Lemire s'approprie le texte d'Olivier Sylvestre, No-pain réveillon , qui est probablement le plus touchant dans son évocation de l'amour impossible qui ne sera jamais payé en retour. Suivra la prestation de Mathieu Gosselin qui dira Ruby pleine de marde où Sébastien David raconte un réveillon où Ruby, 6 ans, est la réincarnation de la démoniaque poupée Chucky. Et finalement Marie-Ève Milot (sur la photo) nous propose les mots d'Annick Lefebvre dans Ce qui dépasse, un constat des forces, des faiblesses, des espoirs, mais de la solitude surtout des Y trentenaires qui cherchent des repères et n'en trouvent pas. C'est aussi un bilan de 2013 et certainement l'un des plus déstabilisants que j'ai jamais vu.

Les thèmes de l'enfant, des amours déçues et des origines judéo-chrétiennes se retrouvent en filigrane dans tous les textes. On y a la nostalgie d'une époque révolue où tout était plus simple et où notre grand-mère nous appelait mon ti-pit, où on mangeait de la tourtière, du ragoût de pattes et du sucre à la crème. Alors que la semaine dernière, certains jeunes gens issus de cette génération voulaient éradiquer tout ce qui rappelait le passé et l'Histoire, cette semaine un autre échantillonnage semble plutôt aller dans le sens de la préservation de la mémoire, de la mémoire collective surtout : les derniers mots du dernier texte, dits avec émotion par Marie-Ève Milot, nous supplient de réapprendre à se souvenir de nous. Ce n'est pas là le discours d'une génération qui crache sur ce qui l'a précédé même si elle n'a pas les solutions toutes faites pour guérir de l'égoïsme, de la solitude, du désenchantement et de la conscience de classe. Mais c'est certainement un discours remarquable par sa densité et son urgence. Et je suis persuadée qu'à force de poser les questions et de s'interroger très fort, on finit toujours pas trouver des ébauches de réponses. Surtout avec un regard toujours capable d'étonnement comme en font la preuve ces jeunes auteurs des Contes urbains 2013.

Les Contes urbains sont présentés à La Licorne jusqu'au 21 décembre 2013

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