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22/02/2013 03:24 EST | Actualisé 24/04/2013 05:12 EDT

Le ballet national de Chine

Ballet national de Chine

Il y a quelques années j'ai vu le ballet Giselle dansé par le Ballet national de Cuba et devant la beauté stupéfiante de la chose je m'étais dit que le communisme avait parfois du bon. La discipline de fer qui est imposée et la sélection précoce qui fait en sorte qu'on choisit les enfants les plus doués et qu'on les entraîne dans le seul et unique but d'en faire des artistes/athlètes/joueurs de hockey/gymnastes etc. d'exception donne, ma foi, des résultats concluants. On repassera pour la liberté d'expression, mais on gagnera toutes les médailles aux Olympiques.

C'est le même sentiment qui m'a habitée pour La lanterne rouge, ballet contemporain de Zhang Yimou chorégraphié par Xin Peng Wang et Wang Yuanyuan. Zhang Yimou est connu internationalement comme cinéaste (Épouses et concubines) et comme metteur en scène des cérémonies d'ouverture et de fermeture des Jeux olympiques de Pékin en 2008. Il nous propose un spectacle aérien, raffiné sophistiqué où l'on sent, à travers la modernité du mouvement, la tradition millénaire qui n'est jamais très loin.

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Cela tient en partie aux costumes magnifiques que portent les protagonistes et à l'histoire qui se déroule dans la Chine impériale de 1920 où une belle jeune fille devient contre son gré la deuxième concubine d'un puissant personnage alors qu'elle est toujours amoureuse d'un jeune et bel artiste. Il y aura des tensions avec l'épouse et l'autre concubine et tout cela, qui relève du plus pur soap-opéra dans une variation de Roméo et Juliette, va finir très mal.

Il y a des scènes très, très fortes dans ce ballet dont celle, à la fois terrible et fascinante, du viol de la nuit de noces. On ne voit au début que l'ombre des danseurs projetée sur un écran, celle de l'homme, gigantesque, domine tout et pose des gestes d'une extrême violence. La deuxième concubine (Zhang Jian, d'une délicatesse de fleur) se retrouve ensuite seule sur scène, recouverte d'un immense tissu rouge, seule avec sa peine et son désarroi. C'est un moment très touchant, plein d'émotion tout comme la scène finale du ballet qui vient vraiment chercher le spectateur. Dans l'intervalle, la soirée où la maison du maître assiste à des extraits d'opéra et joue au mah-jong est fascinante. Tout est réglé au quart de tour dans ce ballet, tous les danseurs possèdent une extraordinaire technique, les scènes d'ensemble sont impeccables et la formation classique des danseurs alliée à des extraits de danses traditionnelles chinoises donnent un amalgame plutôt intéressant.

Pour nos oreilles occidentales, la musique de Qigang Chen peut sembler parfois bizarre et dissonante. Après tout, il a étudié avec Olivier Messiaen, ce qui doit laisser une empreinte indélébile sur votre vie. Mais il y a ce thème romantique qui revient au fur et à mesure du déroulement de l'histoire et qui est enchanteur. Mais c'est probable sinon certain qu'il y a des codes qui nous échappent, autant dans le mouvement que dans la musique d'ailleurs. Mais c'est aussi pour cela qu'il faut aller voir des ballets qui viennent d'autres horizons.

Je ferai le doux reproche aux chorégraphes de ne pas avoir permis de solos sidérants, de morceaux de bravoure qui permettent, règle générale, aux danseurs possédant de rares talents de les mettre en valeur et d'éblouir les spectateurs. Lorsqu'on a dans une compagnie les 50 meilleurs danseurs de Chine (pop. 1 milliard 343 millions) il me semble qu'on leur permet de s'éclater devant le monde entier. La chorégraphie, bien qu'elle comporte des moments d'une grâce et d'une force infinies, est un peu trop sage à mon goût. Mais peut-être fallait-il suivre les directives du parti et faire la démonstration que personne n'était au-dessus des autres, que tout le monde était également excellent. Pour faire la démonstration des vertus du communisme dans l'art.

Crédit photo : Ballet national de Chine

La lanterne rouge est présentée à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des arts jusqu'au 24 février 2013