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23/05/2013 12:14 EDT | Actualisé 22/07/2013 05:12 EDT

Le pétrole sale: une catastrophe... économique!

CP

Les effets néfastes de l'exploitation des sables bitumineux sur l'environnement sont multiples. Elle figure, entre autres, parmi les plus grands générateurs de gaz à effet de serre. On trouvera une documentation dès plus complètes sur la page Facebook Ensemble contre les sables bitumineux.

On oublie cependant ses effets tout aussi néfastes sur l'économie: enfermement du « Canada dans un modèle de développement dépendant du carbone qui nuit à l'innovation, en plus d'échapper au contrôle de l'État » (selon l'Institut Polaris); désintégration du secteur manufacturier canadien; augmentation des coûts des touristes canadiens à l'étranger; freinage des investissements, donc aussi de l'emploi, dans le secteur des énergies renouvelables; appauvrissement de la province productrice, l'Alberta, et du Canada; et, non des moindres, maintien d'un faible prix mondial du pétrole qui permet d'augmenter le parc automobile et donc nécessitant la construction de nouvelles routes, tout en maintenant une pression accrue sur l'entretien des infrastructures de transport déjà vieillies.

La désintégration du secteur manufacturier canadien est probablement l'effet économique négatif le plus senti et immédiat au cours des 10 dernières années. C'est ce qu'on appelle le «mal hollandais»: un dollar gonflé par l'offre et le prix du pétrole nuit aux exportations manufacturières devenues trop chères. On parle d'une perte autour de 500 000 emplois et des emplois bien payés (Pétrole : l'ouest ou pas l'ouest?). « Il y a des liens importants entre le pétrole, le dollar et les emplois manufacturiers. Ainsi, les prix du pétrole ont bondi de 300 % depuis 10 ans, le dollar canadien, de 50 %, tandis que les emplois manufacturiers ont chuté de 30 % », écrit sur son blogue le journaliste économique de Radio-Canada, Gérald Fillion. Les principales victimes ont été le Québec et l'Ontario. En plus, le secteur pétrolier ne comble pas le vide de l'emploi ainsi créé, car c'est un secteur peu intensif au niveau de l'emploi.

Cette désintégration du secteur manufacturier n'est pas sans affecter la balance commerciale du Canada. Le NPD le faisait remarquer en avril 2013 en déclarant que « le déficit commercial du secteur manufacturier a presque quadruplé depuis 2006, s'établissant à un peu plus de 100 milliards $. » Constat que fait le monde des affaires en février 2013 en mentionnant que le déficit canadien reste énorme (voir le tableau de l'évolution de la balance commerciale canadienne entre 1960 et 2011).

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Les pires projets énergétiques, selon Greenpeace


Paradoxalement, l'Alberta, qui produit ce pétrole issu des sables bitumineux, s'appauvrit. La province annonce un manque à gagner de 6 milliards $ pour 2012-2013, selon Gérald Fillion. Le prix du pétrole albertain est certes en-dessous du prix mondial en raison des difficultés d'exportation de ce pétrole (retard de la mise en place des oléoducs), mais il faut aussi souligner le caractère mono-industriel de l'économie de cette province qui ne table que sur le secteur des ressources.

L'avenir s'annonce sombre pour l'Alberta, et pour le Canada, même avec un prix plus élevé du baril de pétrole: « La stratégie sur le bitume que suit actuellement le Canada ne fait pas qu'endommager l'environnement. Elle laisse notre économie très vulnérable à la contraction des marchés du bitume au moment où le monde se tourne vers des carburants moins polluants », affirme l'Institut Polaris. Et ce constat ne semble pas tenir compte du coût de restauration des sites pétroliers, ni des possibles intoxications des nappes phréatiques avoisinantes et même lointaines, sans oublier les problèmes de santé qui commencent à apparaître chez les travailleurs, et ceux dénoncés chez les populations amérindiennes, de plus en plus victimes de cancer.

Comme si ce n'était pas assez, l'emphase mise sur le pétrole non conventionnel, en augmentant l'offre, va maintenir un prix du baril en bas de 100 $, retardant d'autant le développement d'énergies alternatives plus propres, avec toutes les conséquences environnementales et économiques que cela implique, souligne le dernier rapport de l'Agence internationale de l'énergie. Le XXIe siècle énergétique risque de ressembler au XXe siècle, mais avec une grosse hypothèque: un taux de GES qui a déjà fait augmenter la température de globe de 2 C°, limite au-delà de laquelle le climat va s'emballer, et des infrastructures de transport déjà à leur fin de vie.

Doit-on dire: « Bienvenue en enfer »?

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