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29/03/2017 09:06 EDT | Actualisé 29/03/2017 09:06 EDT

Multiculturalisme canadien et laïcité: le paradoxe des divinités probabilistes

La situation est la suivante: que l'on accepte ou que l'on résolve le paradoxe des divinités probabilistes, il n'y a pas de raison d'inclure la religion dans une politique de remplacement du multiculturalisme canadien, au contraire.

Dans le premier texte de cette série, nous avons vu que sous sa forme actuelle, la théorie du multiculturalisme canadien est une théorie inadéquate, implantée avant même d'avoir été testée. Il faut donc la modifier en profondeur ou l'exclure du développement d'une politique rationnelle et efficace. Quels éléments inclure dans cette nouvelle théorie?

Il est évident, au vu de l'actualité locale et mondiale, qu'on ne peut éviter d'aborder la question de la religion. La question touche de près le débat sur la laïcité au Québec.

C'est une question que j'aborde sous l'angle du paradoxe des divinités probabilistes, que je décris brièvement ci-dessous. Désolé pour la redite si d'autres ont présenté des concepts similaires ailleurs, mais si c'est le cas, j'ajoute: tant mieux!

Mon approche n'est pas de prouver ou de réfuter l'existence d'un dieu: d'autres ont soutenu avant moi l'impossibilité de le faire. J'essaie plutôt de tirer des conclusions claires et objectives en basant mon argumentation strictement sur les implications de concepts avancés comme étant absolument certains par les religions abrahamiques elles-mêmes.

Le paradoxe des divinités probabilistes

Le judaïsme, le christianisme et l'islam sont trois ensembles monothéistes qui affirment découler d'une révélation divine. En conséquence, ils seraient infaillibles dans ce qui touche à leur essence. Adoptons la position d'un observateur objectif. Il devra respecter intégralement le caractère révélé et infaillible de ces trois ensembles religieux. Ce faisant, il devra tenir pour également vrais les contenus de chacun de ces trois ensembles, y compris des dogmes carrément différents. En toute objectivité, l'observateur devra conclure que chacun des ensembles religieux a parfaitement raison en matière de connaissance du divin, mais que pour chacun des trois ensembles cette conclusion est assortie d'une probabilité de véracité d'un tiers.

Les trois divinités en question ne peuvent donc pas exister de façon certaine. Elles ne peuvent être que probabilistes.

Les trois divinités en question ne peuvent donc pas exister de façon certaine. Elles ne peuvent être que probabilistes. Ici, il ne s'agit pas d'une question de foi. Il s'agit seulement de cohérence. Toute affirmation basée sur la religion ne pourra donc s'appuyer que sur des énoncés incertains. Dans ce cas de figure actuel, que j'ai délibérément simplifié, la probabilité qu'un énoncé religieux soit vrai est d'un tiers. Les énoncés religieux sont donc tous contestables.

La situation est analogue à celle de trois individus qui entreraient ensemble dans une pièce pour y soumettre chacun une demande de passeport. Chaque demandeur déclarerait qu'il soumet sa propre demande. Les demandes seraient examinées séparément par les préposés et déclarées conformes, c'est-à-dire que tous les éléments de chacune des demandes seraient suffisamment cohérents pour être déclarés véridiques. Or, au moment de remettre le premier passeport, dûment approuvé, sous enveloppe cachetée, les trois individus se présenteraient ensemble au guichet, chacun réclamant le passeport et déclarant qu'il a été le seul occupant de la pièce pendant toute la journée.

Si le bureau des passeports délivrait le passeport, il n'y aurait qu'une chance sur trois que ce dernier soit remit à la bonne personne. Vaut-il la peine de se demander si le passeport serait délivré?

Ce que je viens de décrire correspond au paradoxe des divinités probabilistes sous sa forme non résolue. Sous cette forme, le paradoxe indique que les religions sont des systèmes de pensée à contenus cohérents, mais de véracité incertaine.

Pour que les préceptes religieux puissent avoir un fondement suffisamment solide pour être inclus dans une politique de remplacement du multiculturalisme canadien, il faut absolument résoudre ce paradoxe des divinités probabilistes.

Résolution du paradoxe

On peut résoudre le paradoxe en faisant appel au concept d'une divinité unique qui se serait révélée à différentes époques et que trois ensembles religieux vénèrent sous des noms différents et de façon différente. D'où viennent ces différences? De contingences politiques, historiques, sociales ou biologiques locales et momentanées. Autrement dit, de la culture. Pour résoudre le paradoxe des divinités probabilistes, il faut donc admettre que les dogmes, préceptes, liturgies et autres aspects du formalisme de la pratique religieuse sont des manifestations d'ordre culturel, sans grand rapport avec les exigences d'une théologie résolument monothéiste.

Conséquences conceptuelles de la résolution du paradoxe

À ma connaissance, on réfère à la divinité unique des trois ensembles religieux sous le nom du dieu abrahamique. Au cours des siècles, les tenants des différents ensembles religieux professant leur foi en un dieu abrahamique se sont fait subir les pires sévices au nom de leur religion. Mais comment ce dieu aurait-il pu être à la fois bienveillant, tout-puissant, omniscient et si mauvais prévisionniste des conséquences de livrer à l'humanité des messages différents en plusieurs épisodes différents? Soit, ce dieu est très faible, soit il est indifférent des conséquences de ses actes pour l'humanité, soit il ne l'aime pas. Il y a une quatrième réponse possible, que je ne peux pas trancher: il pourrait tout simplement ne pas exister.

On comprend mal qu'une divinité si faible ou si malveillante puisse être une justification suffisante pour que la religion tienne un rôle quelconque dans la définition d'une politique qui serait appelée à remplacer le multiculturalisme canadien et qui soit crédible et efficace.

L'utilité de la religion

Notre observateur a donc été obligé de dresser un tableau très sombre de la religion. Pourtant, s'il pousse l'examen plus loin, il constatera que la religion mérite un constat plus nuancé.

En dépit des immenses souffrances qu'elle a causées, des ségrégations de toutes sortes auxquelles elle donne encore lieu, de l'obscurantisme qu'elle véhicule, la religion peut être utile. Elle aide à composer avec les difficultés de la vie, lui donner un certain sens pour certains, fournir des repères moraux tels que l'exercice de la charité, ou pour promouvoir la vie spirituelle. Une visite à la cathédrale de Chartres ou à l'église Notre-Dame de Royan (la «cathédrale de Royan») fournit même aux plus sceptiques une expérience spirituelle inoubliable. Et que dire de l'art religieux? Un fleuron de l'humanité, toutes confessions confondues.

Ces bénéfices que l'on retire de la religion ont toutefois beaucoup plus à voir avec l'humain qu'avec un dieu métaphysique. Ils sont atteignables avec une démarche faisant abstraction d'une divinité quelconque.

En résumé, la situation est la suivante: que l'on accepte ou que l'on résolve le paradoxe des divinités probabilistes, il n'y a pas de raison d'inclure la religion dans une politique de remplacement du multiculturalisme canadien, au contraire. Pourtant, la religion comporte aussi des aspects positifs.

Dans le prochain billet, nous essaierons d'estimer la probabilité de véracité des religions en général et examinerons la validité et les limites de ma méthode d'estimation de la probabilité de véracité des religions.

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