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06/09/2016 09:12 EDT | Actualisé 07/09/2016 10:49 EDT

Le burkini: un peu d'objectivité, svp!

De la contraction de burqa et maillot. Les trois critères imposés au burquillot seraient qu'il soit compatible avec les activités de plage, qu'il camoufle entièrement le corps, à l'exception du visage, des pieds et des mains de l'homme, et enfin qu'il obéisse à un souci d'élégance.

Alors ? Quid du burkini ? S'agit-il d'un de ces débats dont les arguments des parties en cause ne permettent pas à nos gouvernements de décider de la marche à suivre ? Il semble que non, en raison d'une différence qualitative dans les arguments des deux camps.

D'une part, les tenants de l'acceptation du burkini fondent généralement leur argumentaire sur le multiculturalisme canadien, sur l'inutilité d'interdire, les dangers de l'ostracisme, ou carrément le laisser-faire, tout en n'attachant que peu d'importance au contexte politico-culturel dont il provient. On peut tenter d'en dégager une constante : il s'agit d'arguments de principe.

D'autre part, les détracteurs du burkini font eux aussi appel à des arguments de principe : l'absurdité de prétendre combattre l'oppression religieuse des femmes par une augmentation des contraintes qu'elles subissent, la négation des acquis du mouvement féministe, l'obligation morale de s'intégrer à la culture d'accueil à un rythme raisonnable, pour ne citer que ceux-là. Mais en plus, les opposants font valoir le témoignage de femmes et d'hommes qui ont observé le monde arabo-musulman de près. Les Djemila Benhabib, Fatima Houda-Pepin, Zineb El Rhazoui, Boualem Sansal et bien d'autres, en arrivent à une conclusion sans appel : nous assistons à la mise en place d'un processus délétère pour l'égalité des sexes, la vie démocratique, et d'autres acquis dont nous ne saurions nous passer. Les opposants au burkini ajoutent donc la dimension de la connaissance empirique à leur argumentaire. On ne saurait la négliger : le burkini n'est peut-être qu'un épiphénomène, mais il y a lieu, sans mauvais jeu de mots, de s'inquiéter de ce qu'il cache.

On pourra objecter que cette conclusion n'est basée que sur l'observation et que ce type d'information ne suffit pas à éclairer les décisions gouvernementales. Que faire ? Je propose une approche qui bien évidemment ne versera dans aucun excès.

Reconnaissons d'abord que rien ne vaut une expérience menée avec rigueur. Une première étape serait de mettre sur pied une Commission d'étude dont je serais le président. Je jouis d'une expérience de quarante ans en recherche, garante de ma compétence. Je me ferais assister par un comité dont les membres seraient issus de tous les horizons. Après que je me sois assuré de la compétence des candidatures potentielles, les membres du comité seraient choisis au hasard, sans égard à quelque signe distinctif extérieur, à l'exception près du fait qu'il s'agisse d'humains raisonnables. On voit que cette première étape respecterait rigoureusement le multiculturalisme à la canadienne, ce qui, à ce qu'on nous serine sans arrêt, serait un gage absolu d'ouverture et de tolérance. Les supporters du burkini auront donc vite fait de se rallier à la méthodologie de travail que je propose. La fausseté de la doctrine du multiculturalisme a été largement démontrée par les faits, mais à cette étape de la recherche c'est sans importance : c'est une question différente de celle du burkini en soi.

Le comité que je présiderais aurait pour toute première tâche de développer un vêtement masculin analogue au burkini, le burquillot. De la contraction de burqa et maillot. Les trois critères imposés au burquillot seraient qu'il soit compatible avec les activités de plage, qu'il camoufle entièrement le corps, à l'exception du visage, des pieds et des mains de l'homme, et enfin qu'il obéisse à un souci d'élégance. La deuxième tâche du comité serait de développer un protocole de recherche qui permette de tester l'hypothèse selon laquelle le burkini n'est ni sexiste, ni le fait de prosélytisme religieux.

C'est ici que le burquillot trouverait son utilité. Bien que les détails restent à peaufiner, j'entrevois déjà une première expérience. Elle ne portera pas sur les femmes, mais sur les hommes. En effet, le sujet de l'étude sera la population des hommes dont l'épouse ou une fille porte le burkini. Il y aurait un groupe témoin, soit les hommes dont la famille ne comporte aucune femme ou fille portant le burkini. Voici en quoi consistera l'expérience : les hommes se verront offrir la possibilité de porter le burquillot. Ceux qui accepteront seront tenus de porter le burquillot dans les mêmes conditions et aussi longtemps qu'un membre de leur famille portera le burkini. L'étude répondra aux standards de qualité les plus rigoureux en matière de recherche scientifique.

À ce sujet, on se félicite de l'attitude dogmatique des premiers ministres québécois et canadien actuels en matière de multiculturalisme : elle facilite la mise en place d'un plan expérimental en double aveugle. Les observations porteront sur la réponse initiale et l'évolution du comportement des membres de chaque famille. Un questionnaire anonyme portant sur leur position au sujet du burkini, la confession religieuse, les idées politiques générales et d'autres aspects pertinents à l'expérience en facilitera l'interprétation. Un élément crucial de l'étude sera la comparaison de la fréquence du port du burkini et du burquillot au fil du temps.

Des expériences ultérieures seraient à prévoir, toujours dans un esprit d'ouverture et d'objectivité. L'ensemble des résultats fera en sorte que l'objectivité des actions du gouvernement et la recherche du bien commun seront assurées. Finis le dogmatisme et les calculs électoralistes. Connaissant la réputation des gouvernements libéraux en ces matières, je suis certain du résultat de ma proposition. Nous pourrons discuter de mes émoluments et de la durée du mandat de la Commission plus tard.

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