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12/10/2015 11:52 EDT | Actualisé 12/10/2016 05:12 EDT

Démasquer le sensationnalisme intellectuel

Ils bénéficient des avancées technologiques en santé, dans les transports ou dans les arts, alors qu'ils rejettent sans équivoque les mêmes avancées dans le domaine de l'éducation.

Serge Tisseron écrivait dans Le Monde la semaine dernière qu'à son humble avis, les intellos d'aujourd'hui s'opposent à la pensée progressiste et évolutive par crainte que leurs outils théoriques ne leur soient plus d'aucune utilité pour comprendre le monde de demain. En ce sens, peut-être que cela traduit une certaine insécurité ou difficulté d'adaptation de ces derniers face à l'évolution de la pensée et de la technique humaine. Également, cela indiquerait possiblement les limites de l'intellectualisme au sens où les intellectuels viennent en proie à leur propre inconfort, rendant impossible leur nécessaire objectivité.

Fervents apôtres de la logique et de l'objectivité, leur raisonnement tautologique est pourtant biaisé dans son fondement en tenant pour acquis que le monde se fige afin qu'il puisse toujours être compris avec les postures cognitives d'antan!

Ces intellectuels de l'ancien monde réussissent toujours, par leur nostalgie ou leurs sempiternelles inquiétudes souvent décuplées par un sens bien aiguisé du sensationnalisme cérébral, à polariser un débat qui, dans les faits, n'a pas à l'être.

Cette insécurité est apaisée par l'approbation des autres qui se sentent également apeurés et chez qui ce genre de discours génère un certain écho, ce qui crée une communauté de nostalgiques déconnectés (dans les deux sens du terme).

Ces éternels suiveurs sont des penseurs, des analystes. Ils ne sont pas des précurseurs ou des leaders. Ils entrent en ligne de jeu durant les mutations, ou lorsqu'un ordre est nouvellement établi. Ils ne participent habituellement pas au changement et ne proposent que rarement des pistes de solution. Ils se sentent souvent victimes des changements qui leur sont imposés. Pourtant, à l'opposé, ils ne s'investissent aucunement dans la démarche de changement et d'évolution, préférant se garder une distance réflexive.

Ceux-là mêmes qui rejettent le numérique en profitent pourtant largement en diffusant leurs idées dans les médias sociaux ou via divers blogues. Ils bénéficient des avancées technologiques dans une pléthore de domaines, entre autres en santé, dans les transports ou dans les arts, alors qu'ils rejettent sans équivoque les mêmes avancées dans le domaine de l'éducation.

C'est l'inquiétante étrangeté des appels non entendus de l'intellectuel à l'humain en pleine mutation, prétendument somnambule et obnubilé par son propre progrès, tel un Narcisse des temps modernes.

La réflexion analytique de ces penseurs peine à s'adapter aux réalités de la contemporanéité. Ils s'obstinent à penser le 21e siècle de la même façon qu'ils ont pensé le 20e. Cette pensée est, la plupart du temps, compartimentée, bipolaire et manichéenne, alors que la réalité actuelle exige plutôt une approche décloisonnée, réticulaire et collaborative.

Heureusement, bon nombre d'intellectuels ont su mettre leur propre pensée à jour en tirant avantage des perspectives offertes par les technologies, sans pour autant renier leur humanisme et leur foi en l'avenir.

Pour les autres, ils s'élimineront du portrait social par eux-mêmes et leurs craintes s'avéreront justifiées: ils seront remplacés par d'autres penseurs plus actuels et mieux connectés au fait social.

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