LES BLOGUES
09/04/2015 10:54 EDT | Actualisé 09/06/2015 05:12 EDT

Les tablettes électroniques en classe ou les espoirs d'un remède miraculeux

Est-ce que la tablette électronique a une incidence sur le rendement des élèves ? Telle semble être la question lorsqu'il est question d'intégrer cet outil à la démarche d'apprentissage.

Est-ce que la tablette électronique a une incidence sur le rendement des élèves ? Telle semble être la question lorsqu'il est question d'intégrer cet outil à la démarche d'apprentissage. Voilà du moins le dernier jalon posé par les sceptiques en éducation, en anticipation à la publication éventuelle d'un rapport sur les résultats de l'introduction des tablettes électroniques dans les salles de classe.

Sans méta-analyse, point de salut

L'argument est béton. Il n'existe pas de données probantes sur le rendement scolaire des élèves qui utilisent ces appareils en classe. L'équation est simple : pas de données probantes, pas d'effets probants et, en définitive, pas de recommandation d'intégration. Autrement dit, il faut des méta-analyses sur le sujet et celles-ci doivent corroborer les vertus prétendues de ces tablettes en classe. Ces méta-analyses sont des démarches statistiques s'appuyant sur un nombre très élevé d'analyses qui arrivent aux mêmes conclusions. Bref, ce sont des analyses d'analyses !

Considérant que les tablettes électroniques existent sur le marché depuis 2010 et qu'elles ont commencé à être intégrées en classe sommairement un an plus tard, n'y aurait-il pas lieu de patienter un peu pour remettre en question le fondement scientifique de l'intégration des tablettes en classe ? À l'heure actuelle, il existe des recherches universitaires sérieuses qui démontrent autant les aspects positifs que d'autres qui prétendent que ces tablettes n'ont pas fait leurs preuves. Pour chaque point de vue, il y a une recherche qui l'appuie et une autre qui démontre le contraire.

De la différenciation pédagogique à la communauté de partage d'expériences

Devant cette dialectique, il est important de resituer le rôle de l'enseignant. Avec le Programme de formation de l'école québécoise, la différenciation pédagogique devient un élément central dans les pratiques pédagogiques. L'enseignant est celui qui connait le mieux sa classe et surtout, les élèves qui la constituent. Les attentes sont donc que ce dernier délaisse un modèle d'enseignement à taille unique (one size fits all) pour adopter une approche plus personnalisée, modelée sur les profils d'apprenants de ses élèves. En ce sens, une pléthore d'outils (technologiques ou non) existe pour permettre à l'enseignant de varier ses approches et il serait faux de prétendre que tous obtiennent le sceau de l'approbation méta-analytique !

Conséquemment, on ne peut raisonnablement s'attendre à ce que les enseignants adoptent toutes les recommandations issues données probantes dans leur pratique professionnelle quotidienne. Il faut laisser libre cours à l'instinct professionnel et à la spontanéité qui en découle, car ces enseignants sont les spécialistes de leur propre classe. Ils y connaissent mieux les élèves que quiconque et saisissent mieux la personnalité de leur groupe. Peu importe quelles sont les pratiques probantes valorisées par une quelconque méta-analyse, le juge demeure l'enseignant lorsqu'il est question de l'intégration d'un outil en classe ou de l'adoption d'une stratégie pédagogique.

Attention ! Cela ne veut pas dire non plus que ces derniers ne doivent pas tenir compte des données probantes. Dans un monde idéal, l'enseignant quitte son milieu professionnel, physiquement ou virtuellement, pour réfléchir sur sa pratique et réseauter avec ses collègues. Il part à la recherche de ces données probantes qu'elles soient scientifiques ou empiriques, et consulte ses collègues à travers une communauté de partage de pratiques professionnelles gagnantes pour relever ce qui a été expérimenté par ces derniers et quels ont été les résultats obtenus. Il doit également s'investir dans une démarche de formation continue où ces données probantes issues de la recherche universitaire lui sont communiquées. Il s'en sert pour déterminer quelles seront ses stratégies pédagogiques et comment il peut moduler son approche forte des résultats de sa démarche de collecte d'expériences et d'informations. Autrement dit, l'enseignant développe une approche hybride tripolaire :

1. Les résultats d'analyses probantes communiquées par des chercheurs en éducation ;

2. Les partages d'expériences issues d'échanges entre collègues via une communauté virtuelle (médias sociaux) ou réelle (milieu scolaire, équipes-matières, etc.) ;

3. L'instinct, la créativité, l'expérimentation et la spontanéité de l'enseignant.

Chroniques d'un désastre annoncé

Pourquoi l'intégration des tablettes, comme celle des TNI, connaitrait-elle des résultats mitigés? Tout simplement parce que les pratiques professionnelles d'un trop grand nombre d'enseignants sont toujours ancrées dans le passé. Lorsque ces derniers utilisent de nouveaux outils sans modifier leur approche pédagogique, le potentiel pédagogique de l'outil ne s'actualise pas et les résultats tant espérés ne sont pas à la hauteur des attentes. Lorsque la tablette électronique entre en classe, c'est la gestion de la classe au complet qui doit évoluer : modifier l'aménagement physique du mobilier, adopter une approche constructiviste, favoriser la créativité, l'inventivité et la curiosité dans les stratégies d'enseignement, etc. Bref, on doit placer l'élève au centre des interactions de classe et revoir le rôle de l'enseignant en qualité de ressource-guide-accompagnateur-stratège. L'ajout d'une tablette dans une classe aménagée en rang d'oignons alors que l'enseignant est bien juché sur sa tribune à passer de la matière via un enseignement direct (approche magistrale) demeure un prélude à un désastre pédagogique !

Au-delà des résultats académiques

Puisque le rapport de la professeure Anyck Dauphin n'est toujours pas disponible, il est difficile d'en faire une critique éclairée. Revenons donc au court article de Vincent Geloso, où il est question d'un espoir d'améliorer les performances des élèves via l'utilisation pédagogique de la tablette. Or, il est important de faire une précision importante : la tablette n'est pas une fin pédagogique en soi; c'est un outil qui permet à l'enseignant de parvenir à ses fins et, conséquemment, il n'y a aucun espoir à espérer concernant un outil qui ne prend que son sens une fois dans des mains professionnelles ! Cela dépend donc de l'utilisation que le maitre dans sa classe en fait et le contexte dans lequel il l'utilise ! Encore une fois, la recherche dont il est question n'est pas disponible, mais si on tient pour acquis qu'elle s'inscrira dans la lignée des études qui tendent à démontrer que les tablettes ne satisfont pas les attentes escomptées, cela démontrera une fois de plus qu'en éducation québécoise, nous sommes davantage à la recherche d'un produit miraculeux plutôt qu'à un changement de fond axé sur le renouvèlement des pratiques enseignantes.

Comme tous bons économistes, le duo Geloso-Dauphin se questionne sur le rapport qualité-prix de la tablette : est-ce que l'investissement en vaut la chandelle ? Vu le prix important de l'outil, il est effectivement pertinent de se poser la question, surtout en contexte de restrictions budgétaires. Seulement, il ne faut pas négliger que la valeur de la tablette, bien qu'elle se calcule en deniers de fonds publics, il n'en demeure pas moins qu'elle ne se calcule pas en résultats académiques, car au-delà de l'aspect quantitatif de l'apprentissage, il y a son aspect qualitatif qu'il ne faut pas négliger : durabilité et profondeur des apprentissages, capacité à les réinvestir en contexte réel, capacité à établir des liens transversaux entre les matières, plaisir à apprendre et mobilisation, aide aux élèves à besoins particuliers, etc. Et en ce sens, il devient difficile de mesurer ce qui m'apparait pourtant comme étant la partie la plus importante de la mesure de l'apprentissage.

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

Galerie photo Des gadgets du CES Las Vegas 2015 Voyez les images