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26/03/2015 10:11 EDT | Actualisé 26/05/2015 05:12 EDT

Élucubrations étudiantes

Il y a de ces choses qui sont difficiles à comprendre dans une société démocratique. Forts de leur expérience du (trop) récent printemps érable durant lequel leurs leaders ont obtenu un extraordinaire capital politique, les regroupements étudiants se sont approprié le monopole de la dénonciation de tous les maux de la société qui leur a pourtant tout donné.

La démocratie à géométrie variable

Les manifestations du printemps érable visaient un objectif bien précis : celui de freiner la hausse des droits de scolarité des universités. Que visent les nouvelles manifestations étudiantes ? L'austérité ? Les orientations gouvernementales générales ? L'exploration pétrolière à Anticosti ? Bien que je partage en tout point leur consternation et que je sois profondément opposé à plusieurs des mesures de restriction budgétaire imposées par le gouvernement Couillard, dont celles appliquées à l'éducation, je me questionne sérieusement. La démocratie serait-elle à sens unique ? Serait-elle légitime lorsqu'il s'agit de manifester dans les rues de la métropole, mais dans un total irrespect du choix tout aussi démocratique des électeurs d'il y a presque un an ?

Bref, la démocratie implique-t-elle de prendre ce qui nous plait et de rejeter ce qui nous irrite ? On dit souvent que cette démocratie est en fait une dictature de la majorité. C'est bien vrai ! Mais existe-t-il plutôt deux démocraties au Québec ? Celle du peuple qui élit un gouvernement de façon légitime et une autre qui permet aux indignés de (re)prendre la rue pour manifester en dénonçant le général, mais rien en particulier ? Et lorsque nous sommes irrités, cela justifie-t-il que 40 000 grévistes sans juste cause perturbent le quotidien de plusieurs millions de citoyens ? N'est-ce justement pas contraire aux valeurs démocratiques qu'une minorité conteste le choix d'une majorité ?

Quelle vision ?

Lorsqu'on s'oppose et que nous sommes en mesure de rassembler des dizaines de milliers de personnes, en l'occurrence des étudiants, et que ces derniers acceptent de mettre en péril leurs propres études, comment peut-on, lorsque la machine est bien enclenchée, inverser la tendance ? Autrement dit, comment les revendications étudiantes pourraient-elles être comblées ? Sont-ils naïfs à ce point, en croyant que le gouvernement reculera sur ses orientations budgétaires ou développementales ? Espèrent-ils faire tomber le gouvernement, après 11 mois de pouvoir ? Sous quel prétexte les leaders étudiants rappelleront-ils leurs moutons à la chaumière pour retourner étudier ? Devant ce manque de vision et ces incohérences, il ne faudra pas se surprendre que le ministre soit inflexible devant l'école buissonnière prolongée des étudiants. Mais fort probablement que les étudiants se plaindront des injustices ou des décisions unilatérales du gouvernement lorsqu'il sera question d'annuler leur session. Un comportement purement adolescent que de constamment être en opposition pour tout ou rien...

Quelle importance de l'éducation postsecondaire ?

Ces débrayages injustifiés minent l'importance de l'éducation postsecondaire dans la société québécoise. Ceux-là mêmes qui s'absentent de leurs cours démontrent par leurs choix que leur présence en salle de cours n'est pas aussi importante qu'ils le prétendent. Lorsque le gouvernement décide de diminuer le financement aux universités, les étudiants dénoncent avec raison que ce dernier ne reconnait pas l'importance des études universitaires. Pourquoi se permettent-ils de déserter leur cours ? Voilà une incohérence qui affecte doublement la santé du milieu collégial et universitaire. Au lieu de faire partie de la solution, les étudiants font partie du problème.

Je comprends la noblesse de l'acte d'oser mettre en suspens son propre parcours scolaire et professionnel pour s'opposer aux orientations gouvernementales. C'est une belle leçon d'altruisme et d'altérité. Je comprends encore plus que le futur semble trouble avec les décisions que l'actuel gouvernement prend et je suis d'avis que le climat social québécois est actuellement lourd. Je ressens les iniquités des plus jeunes qui n'auront pas les mêmes conditions de travail que leurs parents et leurs grands-parents. Mais à l'opposé, le Québec est à la croisée des chemins et doit revoir ses orientations et ses acquis et cela ne peut se faire sans heurt.

La tristesse de toute cette mobilisation est qu'elle permet d'entretenir des préjugés qu'il est difficile d'outrepasser : des étudiants qui refusent de reconnaitre leur statut de professionnel en devenir et qui veulent tout, tout de suite. Des enfants gâtés qui manifestent contre l'austérité iPhone à la main, emmitouflés dans un parka Snow Goose. Ces préjugés, qu'ils soient fondés ou non, permettent un certain endiguement de l'opinion publique en leur défaveur, lequel creuse et élargit un fossé entre les étudiants, éternels insatisfaits et le public, formé de contribuables désabusés. Déjà que notre société regorge d'incohérences, est-ce nécessaire d'en rajouter d'autres ?

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