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24/04/2015 09:47 EDT | Actualisé 24/06/2015 05:12 EDT

De l'importance des conseillers pédagogiques

C'est avec stupéfaction que j'ai appris que la CSDM envisage d'abolir une trentaine de postes de conseillers pédagogiques.

C'est avec stupéfaction que j'ai appris que la la Commission scolaire de Montréal (CSDM) envisage d'abolir une trentaine de postes de conseillers pédagogiques. Alors que l'éducation québécoise se cherche et que de plus en plus de voix s'élèvent pour inciter les enseignants à moderniser leurs pratiques professionnelles, les instances adoptent des mesures qui vont dans le sens contraire.

Le mentorat

Les récentes recherches menées par Theodore J. Kopcha, de l'Université de la Géorgie, démontrent qu'il y a une façon encore plus efficace d'inciter les enseignants à changer leurs stratégies d'enseignement en intégrant les technologies : le mentorat. Lorsque des spécialistes ou des enseignants d'expérience sont disponibles pour aider leurs collègues, sur une base individualisée, les résultats sont encourageants. En effet, ce dernier en vient à plusieurs constats, dont certains démontrent que le mentorat :

  1. Enhardit la confiance en soi, tout au long du processus de changement et d'intégration des technologies à la pédagogie ;
  2. Donne l'impression d'un support immédiat, concret, accessible et convivial ;
  3. Suscite l'établissement d'attitudes positives face à l'intégration des technologies à la pédagogie ;
  4. Encourage l'adoption de stratégies pédagogiques centrées sur l'élève plutôt que sur le confort de l'enseignant ;
  5. Favorise un changement profond et durable des perceptions des mentorés face à l'intégration des technologies à la pédagogie ;
  6. Promeut le réinvestissement et la contagion positive. Le mentoré agit, à son tour, en tant qu'agent multiplicateur.

Le problème avec le mentorat est que la démarche est coûteuse. En effet, libérer des enseignants pour accompagner leurs collègues implique des coûts importants et à l'ère des coupures dans les services gouvernementaux, il est peu probable que l'avenue soit considérée. C'est ici que les conseillers pédagogiques entrent en jeu. À défaut de pouvoir intervenir individuellement auprès de tous les enseignants en poste en étant dans leur milieu à temps plein, leur expertise et expérience est partagée par plusieurs écoles au sein de la même commission scolaire. C'est loin d'être l'idéal, mais, dans le contexte actuel, c'est un excellent compromis. L'idée de voir ces professionnels qui sont de véritables agents de changement quitter les milieux scolaires où les besoins sont grandissants, se traduit par un pas de plus vers le cautionnement d'une certaine inertie dans les pratiques enseignantes qui tardent à prendre le virage de la modernité.

La formation continue et la force du réseautage

Car pour se moderniser, les enseignants ont besoin de modèles, d'idées et d'incitation à changer et ils ont besoin d'être rassurés et accompagnés en cours de route. En effet, ces derniers sont pris dans le flux incessant de l'urgence quotidienne dans leur pratique et ils peinent à prendre le temps et le recul nécessaire à l'entreprise d'une démarche de formation continue. Les conseillers pédagogiques reprennent justement le principe du service à domicile pour les enseignants qui peuvent et qui veulent prendre une ou deux heures à l'occasion dans le tourment entourant leurs activités d'enseignement.

Face à cette austérité dans les dépenses publiques, il serait plus juste d'espérer que les enseignants eux-mêmes se tournent vers d'autres possibilités de formation continue. D'où l'importance du réseautage avec d'autres collègues lors de congrès, de colloques ou d'autres activités professionnelles. D'innombrables initiatives ont été élaborées à divers niveaux afin de faciliter ce type de contacts entre professionnels, dans le but d'encourager une approche de communication réticulaire, au lieu du sempiternel fonctionnement en silo. La question du partage de ressources et d'expertise commence à peine à émerger en tant que norme professionnelle admise. Les défis en éducation se complexifient et plusieurs réalisent enfin que la collaboration est synonyme d'enrichissement de la pratique professionnelle. Malheureusement, de moins en moins d'enseignants sont en mesure de participer à ces congrès ou colloques, faute de moyens financiers de leur commission scolaire. Bien évidemment, l'austérité budgétaire a également rattrapé les budgets de perfectionnement professionnel !

Un conseiller pédagogique, un luxe ?

Autrement dit, qu'en est-il de l'importance du développement professionnel des enseignants ? Avec des œillères, il est effectivement simple de prétendre que l'abolition de postes de conseillers pédagogiques est une mesure budgétaire qui n'affecte pas les services aux élèves. Une telle prétention expose clairement un manque de vision et d'envergure, car il est évident que les élèves se voient affectés directement par un enseignement potentiellement désuet ou déconnecté des réalités sociales dans lesquelles nos élèves évoluent. Un rare consensus dans la recherche en éducation identifie l'enseignant comme étant le facteur le plus important dans la réussite des élèves. Dans cette optique, n'est-ce pas important de voir à ce que ce dernier soit le mieux outillé possible pour mener à bien sa tâche ?

Tristement, se priver sciemment de l'expertise d'une trentaine de conseillers pédagogiques est un luxe que la CSDM ne peut se permettre vu ses immenses défis d'intégration des diverses clientèles présentes sur son territoire. Pour espérer mener à bien sa mission éducative, elle a besoin de tout le savoir-faire des ressources qui sont à sa disposition.

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