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25/06/2013 12:34 EDT | Actualisé 25/08/2013 05:12 EDT

Chère Mélanie Joly, candidate à la mairie de Montréal

Lors de la grève étudiante en 2012 vous avez écrit une lettre pour les manifestants et manifestantes dans le Huffington Post Québec. Vous avez cherché une réponse à une situation que vous ne sembliez pas comprendre. Pourquoi on manifeste? Il y a une forme d'incompréhension qui arrive à être projetée dans votre dernière phrase: « Si on offrait avec une solution plutôt qu'une manifestation?». Alors je me décide de vous répondre aujourd'hui, après la grève, toujours avec l'inconstitutionnel réglement P-6 et maintenant avec C-309... Dans le contexte de Québec, on peut porter un carré rouge ou tout autre signe de notre position politique. Attention! Des policiers masqués et un peu trop agressifs, nous en avons rencontré!

Je me sens très bien dans une manifestation spontanée, une forme d'expression collective stigmatisée par LCN. Les slogans ne manqueront pas d'apparaitre comme l'éclosion des feuilles en plein printemps. La colère et l'indignation étaient toujours présentes dans notre réalité. La seule différence est que l'année passée, elles ont décidé de crier haut et fort.

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Ce n'est pas seulement «le printemps érable», «le ras-le-bol des libéraux». C'est un système, un appareil oppressif qui augmente les inégalités sociales. Saviez-vous que l'enjeu n'était pas seulement la question de l'éducation supérieure, mais aussi la remise en question de toutes nos institutions?

Effectivement, vos questions sont naïves, car vous semblez ne pas comprendre ce qui est arrivé. Mes «20 ans» ne font pas de moi seulement un contribuable, mais un être humain politiquement engagé, critique et actif. Un peu comme vous, mais différent. C'est vrai, nous sommes moins nombreux que nos parents. Pourtant, ce n'est pas vrai que tout le monde possède de meilleures perspectives d'emploi. Nous qui avons des «Mac jobs» pour pouvoir payer nos frais de scolarité et nous maintenir vivants. Pour aller plus loin, demandez la même chose aux travailleurs saisonniers. En plus du manque de stabilité ouvrière, nous avons des assistés sociaux géants qui ne payent pas de taxes (croyez-moi je ne parle pas des mal nommés «B.S.», mais d'un groupe minoritaire de personnes qui partent avec celles-ci dans les paradis des Caraïbes). La dette est un conte pour faire peur et contrôler ceux qui ne connaissent pas vraiment la différence entre la dette d'un État et d'une personne individuelle. Avez-vous lu les articles de Jacques Parizeau sur la question? Sa critique sur l'obsession du déficit zéro? En passant, moi aussi je vais payer pour ces services sociaux, mais les grands assistés sociaux non.

Ne soyez pas surprise, je me rends compte des impacts de la hausse qui a été dénoncée l'an passé, car si je ne me levais pas, celle de l'année suivante serait encore plus arbitraire. Cependant, il semblerait que notre gouvernement mise beaucoup sur l'austérité, même après la déclaration du FMI qui semble s'être rendu compte qu'ils se sont trompés. Détrompez-vous, l'argent, il est là. Le fait que certains et certaines personnes corrompues partent avec lui ou l'investissent dans les pauvres corporations, et non dans la population, c'est une autre histoire. Les plans de match, nous les avons proposés! Mais la volonté politique est aussi muette et active qu'une pierre. Nous avons déjà parlé du potentiel énergétique québécois et de la taxe sur la pollution. Par contre, nous sommes bien conscients qu'il y a des intérêts particuliers dans cette histoire.

On va traiter de tous les noms ceux et celles qui sont corrompus. Nous allons dénoncer les injustices dans la rue. On s'en fout si vous êtes de droite ou de gauche, produit de cette binarité réductrice du système que l'on dénonce. Je respecte votre courage de partager votre opinion, même si la mienne n'est pas la vôtre. Moi aussi j'essaie de répondre à un problème collectif. Et croyez-moi, sortir m'époumoner dans la rue, dénoncer les dérapages de la corruption, de l'impunité et mener le débat plus loin que la gratuité scolaire fait partie de la solution. Je sais très bien qui paiera et qui va continuer à nous stigmatiser sans rien payer.

Je vais continuer de crier pour la liberté d'expression

À écrire pour la liberté de presse

À demander et construire une démocratie plus participative et moins représentative

À crier contre la brutalité policière et l'impunité morbide de cette institution

Pour défendre les droits de notre mère Nature à l'inverse des autres niaiseux qui donnent des t-shirts pour agir en pollueurs.

Contre le terrorisme d'État et les violences générées par ces appareils

Pour la paix

Pour que l'État ouvre des espaces pour créer la culture et non que celui-ci dirige sa production

Et bien sûr pour continuer à exprimer ce que la rue et les peuples nous montrent dans les manifestations.

On disait récemment que si le fait de manifester pouvait changer quelque chose, cela deviendrait illégal...

Dans la plupart du monde à cet instant et à ce moment on s'est dit que c'est le cas...

Bonne journée

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Manifestation étudiante du 22 août 2012