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04/11/2015 09:01 EST | Actualisé 04/11/2016 05:12 EDT

Mes frères et sœurs de lutte: vous avez raison

C'est à se demander ce qui motive réellement Québec: le bien commun ou le déficit zéro? Le sort de nos concitoyennes et concitoyens ou la cote de crédit des firmes financières? La lutte aux inégalités sociales ou le maintien d'un système économique qui favorise et subventionne l'entreprise privée?

Mes amis du communautaire, vous devez être au bout du rouleau pour fermer vos portes pour manifester votre indignation. Cette semaine, nous avons assisté à un mouvement de grève du milieu communautaire sans précédent. Vous étiez plus de 1200 organisations à manifester contre l'austérité et le sous-financement dans lequel vous confine le gouvernement.

Ce que vous nous dites, c'est que trop c'est trop : l'engagement et la volonté ne peuvent pas tout faire. Vous êtes sous-financés depuis plus d'une décennie et démunis face aux deux millions de personnes qui frappent à vos portes. Vous ne pouvez pas aider plus de gens avec de moins en moins de financement. Certains groupes ont déjà dû cesser leurs activités, faute de moyens. D'autres en sont presque à mettre la clé dans la porte.

Vous êtes des milliers à dire au gouvernement que ça ne peut plus continuer comme ça. Il a beau nier les impacts de ses coupes sur le « vrai monde », il ne berne personne et vous êtes parmi les premiers à constater les conséquences de l'austérité chaque jour. La qualité de vie des populations les plus vulnérables, mais aussi celle de la classe moyenne, se dégrade depuis que l'obsession de l'équilibre budgétaire du gouvernement libéral a entraîné des compressions monstres dans tous les services publics.

Vous soutenez déjà les jeunes en situation d'itinérance pour se trouver un toit et un job, les nouveaux arrivants vivant dans la précarité et l'isolement, les personnes analphabètes qui n'arrivent pas à remplir leur déclaration d'impôt, les aînés qui ont besoin d'aide pour se déplacer, les personnes vivant avec un handicap qui peinent à faire respecter leurs droits, les femmes ayant vécu de la violence conjugale, les familles qui n'arrivent plus à mettre du pain et du beurre sur la table, les personnes atteintes de troubles de santé mentale en attente de services depuis des années, mais aussi les plus pockés de notre société, ceux et celles qui n'entrent même pas dans le système. Plus que des services, ce sont leurs droits que vous travaillez à faire respecter!

Le gouvernement se décharge de ses responsabilités et ajoute l'insulte à l'injure en s'attendant à ce que les groupes communautaires épongent les dégâts comme vous l'avez toujours fait.

Ce n'est plus possible, je sais. Non seulement parce que votre rôle n'est pas de remplacer les services publics, mais surtout parce que vous subissez vous-mêmes les coupes sauvages du gouvernement. Il y a fort à parier que toutes ces coupes vous donnent déjà plus de travail. Vous gardez le fort avec du duct tape et beaucoup de courage. Comme les profs, les infirmières et tous ceux et celles qui tiennent à bout de bras nos services publics, vous tissez le filet social au Québec. Tout ce que vous recevez en retour, c'est une tape dans le dos et un salaire de misère.

Vous ne demandez pas la lune, pourtant! Vous avez besoin d'un rehaussement de l'ordre de 265 millions $ pour répondre aux besoins de la population. C'est un minimum vital pour les 1200 organismes communautaires pour lesquels vous œuvrez. Mais Philippe Couillard préfère regarder vers Bombardier et allonger 1,3 milliard $.

C'est à se demander ce qui motive réellement Québec : le bien commun ou le déficit zéro? Le sort de nos concitoyennes et concitoyens ou la cote de crédit des firmes financières? La lutte aux inégalités sociales ou le maintien d'un système économique qui favorise et subventionne l'entreprise privée?

Pour ma part, je ne doute nullement de ce qui vous anime, mes ami.es. Sachez que vous avez raison de vous tenir debout. Vous avez raison de faire la grève. Vous avez raison de vous battre pour celles et ceux avec et pour qui vous œuvrez. Vous avez raison de refuser l'austérité et de revendiquer un meilleur financement. Trop de Québécois et de Québécoises passent à travers les mailles de notre filet social. SVP, continuez la lutte, le Québec a besoin de vous.

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