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24/05/2014 07:38 EDT | Actualisé 24/07/2014 05:12 EDT

Festival de Cannes : À qui la Palme?

Malgré l'ouragan Mommy déferlant sur la Croisette depuis mercredi, jour où la presse internationale a pu le voir en primeur, les trois derniers films en compétition présentés les jours suivants ont tout de même suscité l'enthousiasme des spectateurs. Évidemment, rien de comparable aux 13 minutes d'ovation qui ont suivi la présentation du film de Xavier Dolan au Grand Théâtre Lumière jeudi soir.

Malgré l'ouragan Mommy déferlant sur la Croisette depuis mercredi, jour où la presse internationale a pu le voir en primeur, les trois derniers films en compétition présentés les jours suivants ont tout de même suscité l'enthousiasme des spectateurs. Évidemment, rien de comparable aux 13 minutes d'ovation qui ont suivi la présentation du film de Xavier Dolan au Grand Théâtre Lumière jeudi soir.

Lauréat de la Palme d'Or en 2006 pour The Wind that Shakes the Barley, Ken Loach propose dans Jimmy's Hall une réflexion sur la liberté d'esprit et le progressisme campée dans l'Irlande de 1932. De retour chez lui après 10 ans d'exil en Amérique, Jimmy Gralton (Barry Ward, excellent) rouvre à la demande des jeunes paysans de Leitrim le dancing où ils peuvent se rencontrer pour échanger des idées, étudier et, bien sûr, danser sur des airs de jazz. En peu de temps, le père Sheridan (Jim Norton, coloré) et les propriétaires terriens accusent tout ce beau monde d'être une bande de communistes. Soutenu par son amoureuse (Simone Kirby, émouvante), Jimmy tentera de calmer les autorités afin d'éviter d'être expulsé de son propre pays.

Récit véridique de l'agitateur politique Jimmy Gralton, Jimmy's Hall s'avère une charmante fresque d'époque pour laquelle Loach et son fidèle scénariste Paul Laverty ont su créer des personnages étoffés et des dialogues truffés d'humour au travers desquels ils dénoncent l'étroitesse d'esprit du clergé et des autorités conservatrices. Bien que l'univers ici dépeint rappelle celui de The Wind that Shakes the Barley, Jimmy's Hall n'en possède pas la puissance dramatique.

Dans Leviathan, impressionnant long métrage du réalisateur russe Andrey Zvyagyntsev (Elena, Le bannissement), un homme se retrouve aussi à subir les abus du système en place. Propriétaire d'un maison et d'un garage au bord de la mer, Kolia (Alexey Serebryakov) tente avec l'aide de son ami avocat, Dmitri (Vladimir Vdovichenkov), de faire tomber le maire corrompu (Roman Maydanov) qui souhaite l'exproprier. Le tout se corse lorsque Kolia surprend sa femme Lilya (Elena Lyadova) dans les bras de Dmitri.

Campé dans un décor d'une beauté lyrique aux accents apocalyptiques, Leviathan rappelle par endroits Dostoïevski avec ses personnages luttant sans relâche contre l'injustice, ses élans tragiques et ses dialogues truculents. En résulte une saisissante illustration d'un pays ravagé par la corruption et par l'abus de pouvoir.

Empruntant à Persona et à La répétition de Bergman, Sils Maria d'Olivier Assayas met en scène Juliette Binoche dans le rôle d'une actrice de renommée internationale à qui l'on offre de jouer dans la pièce qui a lancé sa carrière 20 ans plus tôt. Avec l'aide de son assistante (Kristen Stewart), elle répète le rôle d'Helena, celui d'une femme mûre poussée au suicide par la jeune Sigrid, rôle qu'elle a tenu à 18 ans. Alors qu'elle s'interroge sur le passage du temps, sur l'évolution de son métier, sur la célébrité à l'heure des réseaux sociaux, elle est intriguée par la jeune actrice de cinéma (Chloe Grace Moretz), plus célèbre pour ses frasques que pour ses rôles, qui incarnera Sigrid.

Verbeux, statique, léthargique, Sils Maria n'arrive certes pas à la cheville des œuvres de Bergman, ni même à celle d'All About Eve de Mankiewicz. Traînant en longueur, l'ensemble souffre également d'un jeu d'ensemble artificiel et inégal, ce qui est plutôt étrange pour un film portant sur le métier d'acteur. Ainsi, face à une Binoche qu'on a vue plus inspirée, Stewart joue mollement tandis que la piquante Moretz leur vole la vedette à chacune de ses apparitions.

Une palme québécoise?

À la sortie de la projection de presse de Mommy, plusieurs journalistes ont clamé que la Palme d'or de cette 67e édition reviendrait au jeune prodige québécois. Malgré ses excès et ses longueurs, Mommy a reçu une colossale vague d'amour, rappelant l'émoi qu'ont notamment créé Fahrenheit 9/11 de Michael Moore, Entre les murs de Laurent Cantet, Amour de Michael Hanek et La vie d'Adèle d'Abdellatif Kechiche. S'il remportait ce prix prestigieux, Xavier Dolan deviendrait non seulement le plus jeune palmé après Louis Malle et Steven Soderbergh, mais le premier palmé canadien de l'histoire. N'oublions toutefois pas que Polisse de Maïwenn avait fait sensation, mais avait dû se contenter du Prix du jury en 2011. L'année suivante, De rouille et d'os de Jacques Audiard avait mordu la poussière...

Pressentie comme lauréate du prix de la meilleure interprétation féminine, Anne Dorval, la mommy flamboyante, pourrait bien partager cet honneur avec sa partenaire Suzanne Clément - après tout l'entière distribution de Volver d'Almodovar l'a bien méritée il y a quelques années. Hormis Marion Cotillard dans Deux jours, une nuit, elles sont très certainement les deux actrices à avoir littéralement crevé l'écran depuis le début du festival. Du côté des acteurs, Haluk Bilginer (Winter Sleep), Timothy Spall (Mr. Turner de Mike Leigh), Gaspard Ulliel (Saint Laurent de Bertrand Bonello), Steve Carrell (Foxcatcher) et Alexey Serebryakov (Leviathan) ont livré des performances plus qu'honorables.

Si tous les espoirs sont permis pour le cinéaste de 25 ans, rappelons que celui-ci a pour rivaux de grands cinéastes dont les œuvres sont susceptibles de gagner le cœur du jury présidé par la cinéaste Jane Campion et formé par la réalisatrice américaine Sofia Coppola, l'actrice iranienne Leila Hatami, l'actrice française Carole Bouquet, l'actrice sud-coréenne Jeon Do-yeon, le réalisateur danois Nicolas Winding Refn, le réalisateur chinois Jia Zhengke, l'acteur américain Willem Dafoe et l'acteur mexicain Gael Garcia Bernal.

On pourrait croire déjà que le cinéaste mauritanien Abderrahmane Sissako a une longueur d'avance sur Luc et Jean-Pierre Dardenne (Deux jours, une nuit), Nuri Bilge Ceylan (Winter Sleep), Bennett Miller (Foxcatcher), Naomi Kawase (Still the Water) et Xavier Dolan. De fait, Timbuktu a remporté hier le Prix du jury oecuménique et le Prix François-Chalais. Pour sa part, le jury de la FIPRESCI a décerné ses prix à Winter Sleep, à Jauja de Lisandro Alonso (Un certain regard) et à Les combattants de Thomas Cailley (Quinzaine des réalisateurs). Quant à la Queer Palm, elle a été remise à Pride de Matthew Warchus (Quinzaine des réalisateurs), lequel s'intéresse à l'alliance des mineurs en grève et des mouvements de lutte homosexuels sous le gouvernement Thatcher. Enfin, le brave toutou d'Adieu au langage de Jean-Luc Godard a dû se contenter du prix spécial du jury de la Palm Dog, cette dernière ayant atterri entre les pattes du chien Hagen de White God de Kornel Mundruczo (Un certain regard).

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