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Manifeste pour une réforme spirituelle de l'islam

Pourquoi moi disais-je, j'aurais ma place au «paradis» alors que d'autres gamins de mon âge - des millions, des milliards d'autres, qui n'ont pas eu ma chance de naître en terre d'islam ou dans une famille musulmane?

On me dit « musulman ». Or, cet islam que l'on m'attribue je n'en ai qu'hérité, mais aucunement mérité. Beaucoup de musulmans qui liront ce billet ne me reconnaitront probablement pas comme musulman. C'est leur droit. Je ne les juge pas. Je les comprends.

Je n'expliquerai pas ici mon « islam à moi »; il importe seulement que les musulmans n'oublient pas que le Coran déclare que « Abraham », ainsi que d'autres prophètes (incluant Jésus), étaient musulmans.

La religion « islam » n'était pourtant pas encore née n'est-ce pas?!

Ce petit exemple, en guise de mise en bouche, donne à penser sérieusement qu'il y a lieu de se questionner sur notre lecture et, surtout, notre interprétation du Coran. Ce n'est là qu'un exemple parmi tant d'autres d'une interprétation du Coran que, empêtrés dans notre éducation et nos traditions transmises, reçues et mémorisées sans que l'on ait la possibilité de faire appel à nos facultés de discernement, l'on ne sait pas ou, surtout, « on n'ose pas faire ».

Quant à moi, le frère André, l'abbé Pierre, mère Theresa (et même le pape François) sont bien plus musulman que bien des musulmans auto-proclamés ou de naissance. Tiens! Je citerais aussi mon ami Luc L. (il se reconnaîtra) que je peux qualifier sans peur de « plus musulmans parmi les chrétiens ». Ne m'a-t-il pas lui même laissé une telle citation lors de mon mariage) avec une chrétienne de confession protestante) à savoir: «À Malik! Le plus chrétien des musulmans ».

Je ne suis pas exégète et .., je ne les suis pas non plus! Dieu m'en garde! Tant de musulmans sincères se sont égarés ce faisant.

Il y a certainement parmi les exégètes de l'islam des gens de bonne foi, dotés d'une spiritualité véritable, mais, à ma connaissance, la majorité ne jure que par le permis et l'interdit. On est bien loin de la spiritualité des adeptes du soufisme (branche mystique de l'islam dont les enseignements sont axés sur le développement spirituel de l'être - la voie de la perfection humaine en quelque sorte).

A mon sens, être chrétien, musulman, juif, bouddhiste (ou même agnostique ou athée) est un choix personnel et engagé. Beaucoup trop de gens qui se prétendent de telle ou telle religion, de telle ou telle confession ne sont que des héritiers de ce qu'ils n'ont pas librement choisis.

Quant aux croyants! Sachez que les religions sont comme des verres ayant chacun sa propre couleur, mais contenant tous la même eau. Le verre, c'est les dogmes, les cultes, les pratiques propres à chaque religion et qui colorent le verre d'une couleur spécifique; le verre peut être rouge, jaune, ou bleu. Il dit : je suis l'islam, je suis le christianisme, je suis le judaïsme, je suis le bouddhisme, etc. Et l'eau? C'est le contenu! Pareil pour tous les verres (pour toutes les religions); il représente la foi véritable; la spiritualité vraie à laquelle tous cheminant sur la voie de Dieu aspirent. C'est la voie de l'Amour et de la Paix.

À 12 ans déjà, je me questionnais. Pourquoi moi, qui suis né en pays musulman (sans ne l'avoir aucunement choisi, car, choisit-on son lieu de naissance, sa famille, ses facultés initiales, sa condition physique et mentale à la naissance, la couleur de sa peau, etc.?) pourquoi moi disais-je, j'aurais ma place au « paradis » alors que d'autres gamins de mon âge - des millions, des milliards d'autres, qui n'ont pas eu ma chance de naître en terre d'islam ou dans une famille musulmane - brûleraient en enfer.... Une déchirante litanie résonnait dans ma tête d'enfant : «Ce n'est quand même pas de leur faute ces enfants s'ils sont nés chrétiens, juifs, bouddhistes ou dans d'autres religions?»

Voilà ce qui déchirait mon esprit (en évolution) d'enfant algérien face aux cours d'éducation religieuse (équivalent en quelque sorte à la catéchèse chrétienne) qui m'était servie par des éducateurs certainement bienveillants, mais qui n'auraient pas tolérés le moindrement un tel questionnement de la part d'un enfant (encore moins venant d'un adulte).

Je me rappelle m'être également posé une autre question angoissante: « Et si on disait aux petits chrétiens et aux petits juifs que les petits musulmans sont tous destinés à brûler en enfer? Ouf! Je ne vous dis pas la montée de température que cela provoquait en moi.

Et... s'ils avaient raison?

Mais, l'idée de Dieu (chrétien, musulman, juif, ou autre) en train de jouer à faire passer au barbecue ses créatures (et surtout, des enfants - n'oubliez pas, j'avais juste 12 ans) n'arrivait pas à entrer en moi; ma raison la rejetait catégoriquement.

Comprenez-moi bien, il n'y avait pas, en ce temps-là, les dérives intégristes et extrémistes qui ont causé 200 000 morts en Algérie (entre les années 1990 et 2000). Non, il n'y avait pas de police religieuse ni de menace latente connue (dictature d'État mise à part), ce qu'il y avait ? L'autocensure (en ce qui a trait au fait religieux), une sorte d'anesthésie du cerveau assujettie à cet héritage religieux, aussi précieux que non-négociable, suffisait. Certains Québécois feront probablement un rapprochement avec une époque, pas si lointaine, où le Québec a subi quelque chose de similaire, n'est-ce pas? Qui a dit que «la religion est l'opium des peuples»? Cette espèce de «mécréant» - kafir en arabe - avait-il raison?

Il va de soi que j'ai tenté de trouver des réponses auprès de certains adultes...

Ouf! Je n'ai pas trop insisté! J'ai donc mis mon «islamité» en dormance! Par contre, j'ai pris soins de garder bien présentes en moi les valeurs de justice, de bonté, de générosité, de paix, de partage, d'amour du prochain, d'honnêteté et de droiture qui m'ont été enseignés lors de ces cours.

Est-ce que mes éducateurs prêchaient par l'exemple? Quelques-uns, rares, oui! Pour les autres (majoritaires), non! On ne peut enseigner que ce qui existe profondément en nous. Pour ces derniers, la dominante de l'enseignement consistait à bien comprendre (et surtout, apprendre par cœur, sans discussion possible) les permis (halal) et les interdits (harams) du dogme religieux. La spiritualité ne semblait pas vraiment à l'ordre du jour et, de toute façon, à cet âge-là, je m'en souciais comme de ma première paire de chaussettes.

Plus tard, bien plus tard, ayant voyagé, tant dans des pays que dans les livres (saints et moins saints), ayant vécu et fait quelques pas dans les dédales infinis de mon esprit, observé la vie autour de moi, côtoyé des croyants de toutes religions tout autant que ceux que l'on dit non-croyants, milité pour ceci et cela et aussi pour leurs contraires, défendu des idées à presque y laisser la vie, écouter Brassens, Aznavour, Beatles, des Fayrouz, Police, Eagles, Dire Straits et autres Idir, Enrico Macias et Kitaro; après avoir subi des blessures dans ma chair et de profondes saignées dans mon âme, je me suis rapproché, je le crois, du sens et de la réalité du terme « spiritualité ».

Je n'ai pas eu de maître, de gourou, d'imam, de rabbin, de curé, de prêtre pour me guider (ou, si peu). La vie, Georges Brassens, Leo-Ferré, des hommes et des femmes humbles, sincères, honnêtes, vrais, des livres choisis au gré des conjonctures, du silence et de la méditation, c'est ce quotidien, lot de tout un chacun, qui m'a permis d'ouvrir mon esprit á la vie et aux gens.

Georges Brassens chantait:

Anticlérical fanatique,

Gros mangeur d'ecclésiastiques,

Cet aveu me coûte beaucoup,

Mais les hommes d'églises hélas,

Ne sont pas tous des dégueulasses,

Témoin, le curé de chez nous!

Sans prétention aucune, je partage (en offrande) aujourd'hui mon humble réflexion avec les musulmans et les non-musulmans; une offrande se voulant mener à une vision plus claire qui pourrait menée à un avenir meilleur. Un avenir pour lequel le Québec, malgré la peur légitime des horreurs que les extrémismes de toutes natures déchaînent dans le monde - tout particulièrement l'extrémisme barbare de de ces prétendus musulmans qui n'ont de musulmans que leur prétention - pourrait devenir l'incubateur d'un Nouveau Monde universel dans lequel il fait bon vivre, un monde de respect, de vivre ensemble; un monde où la diversité, la différence, la liberté de dire, de faire, de penser - dans le respect de son prochain - sera une réalité de tous les instants et un exemple pour toutes les nations.

Bien sûr! Je ne parle pas de miracle, je parle de démarche, de cheminement. Cela ne se fera pas en quelques jours ni même en quelques années; c'est un travail de longue haleine, car.., il s'agit d'éduquer.

Au-delà des printemps arabes, qui n'ont rien résolu et ne résoudront rien, la Révolution tranquille (à venir) des musulmans et sans nul doute la « révolution spirituelle », la révolution des esprits.

Ce n'est pas difficile, mais il faut s'organiser! Il faut arrêter de mettre au monde des gens « préformatés », conditionnés dès leur naissance à court-circuiter leur mental dès qu'il s'agit de dogmes religieux.

Il faut réformer! Mais, réformer quoi!?

Pas le Coran? Ce serait tomber dans la bêtise la plus complète. Peut-on parler, réformer des écrits qui sont « la parole de Dieu» pour au moins 1.5 milliard de croyants? Ce serait un non-sens. L'effet serait encore plus désastreux que de publier des caricatures du prophète Mohamed.

Il faut que nous, musulmans, réformions la lecture et l'interprétation du Coran et des autres écrits « saints » auxquels nous nous référons. Dans un esprit de « vivre ensemble », dans des espaces communs laïques, il faut apprendre aux croyants, de toutes confessions, à sortir de l'interprétation strictement littérale des « textes sacrés » auxquels ils se réfèrent. Il faut, tel Jésus, faire jaillir le spirituel des cœurs et des écrits.

Il faut empêcher de dangereux prédicateurs, imams, gourous, rabbins, prêtres et autres éducateurs (toutes tendances fondues) de semer la haine et la discorde dans le cœur des gens et, tout particulièrement, des enfants.

Il nous faut choisir et nous entourer de gens biens, qui prêchent le développement spirituel de l'être et non la dictature des mots. Il faut arrêter de prêter l'oreille à de pseudo-savants de l'islam, du christianisme, judaïsme, qui n'ont de connaissance de Dieu que ce que leur « lecture superficielle et fondamentaliste » des saintes Écritures leur fait voir.

Il existe au Québec, et ailleurs s'il le faut, des personnes aptes à guider, à réformer l'interprétation de l'islam. Il y en a toujours eu. Aux musulmans je pose cette question: "Muhyi Eddine ou Moheïddine Ibn 'Arabî, cela vous rappelle-t-il quelque chose?! ».

Sachez que des musulmans, sincères et emplis de ferveur spirituelle, se sont permis, malgré la pression des « savants » religieux conservateurs et du danger pour leur vie, de questionner voire, de réformer la religion. Ce n'est donc pas une innovation dont on parle ici.

Le Québec se prête merveilleusement bien à une telle réforme. Tout y est! L'islam est là pour rester! Alors, faisons appel aux gens de bonne volonté de l'islam progressiste et à dimension spirituelle dominante; faisons appel aux gens de bien. N'en doutez pas, bien que souvent silencieux, ils sont légions.

Ne laissons pas l'espace de l'éducation religieuse à des intégristes virulents et toxiques.

Il faut donner le support nécessaire aux parents musulmans (qui en ont besoin) afin qu'ils puissent s'ouvrir au monde dans lequel ils vivent et qu'ils osent dépasser leurs peurs et tabous en utilisant ce merveilleux tubercule dont la Vie (Dieu) les a dotés et avec lequel ils peuvent faire preuve de jugement et de discernement.., le cerveau.

Il y a aussi l'ouverture à la sensibilité intérieure et à l'intuition qu'il faut encourager et développer.

De cette façon, ces parents pourront réformer l'éducation religieuse et spirituelle qu'ils donnent à leurs enfants en se conformant aux valeurs universelles.

Le Coran, entre les mains d'habiles manipulateurs (ignorants de bonne foi ou malintentionnés), peut devenir une arme de destruction. Lorsque ceux qui prêchent sont des gens de bien et dotés d'une spiritualité certaine et capables de contextualiser ces versets et en dépasser le sens strictement littéral, le Coran est un message d'Amour et de Paix universels.

Aux premiers temps de l'islam, il était le premier code civil et criminel de l'humanité. Aujourd'hui, les choses ont bougé. Le contexte est bien différent d'alors. Les codes civils et criminels des sociétés civiles sont présents et adaptés aux besoins spécifiques des populations et des cultures. De plus, ils sont porteurs de valeurs universelles, certes encore et toujours perfectibles, mais bien présentes.

Il faut réformer les écoles, les lieux de savoir, de pouvoir, autant laïques que religieux, de sorte qu'ils soient guidés par des principes universels (et non-provinciaux ou nationaux) : La liberté de conscience, la démocratie, la tolérance et la liberté de pensée, le droit à la diversité des visions (du monde, des croyances, des politiques), l'égalité des sexes, l'émancipation des femmes, libérer la femme de la tutelle masculine, la réflexion, la culture ainsi que la critique (respectueuse) du religieux dans les lieux d'enseignement, dans la littérature, dans les médias.

La 1ere règle d'or c'est « le respect d'autrui » quelques soient ses croyances, ses idées, ses orientations sexuelles, son mode de vie, son infirmité, sa beauté, sa couleur..., etc. La seconde règle d'or c'est : « Tu ne jugeras point ton prochain! »

Il y a des limites cependant à tendre la joue si l'autre ne nous respecte pas, ne respecte pas nos valeurs, les valeurs universelles qui fondent toutes les sociétés « dites civilisées ». Nous avons déjà suffisamment de Lois, de codes et de règlements; nos institutions et nos élus se doivent de veiller à ce qu'elles soient respectées par tous.

Les religions (pris dans leur dimension spirituelle) ont beaucoup à nous enseigner. Elles ont toujours été les moteurs des sociétés. À leurs débuts, elles ont toutes apporté un renouveau sur tous les plans à l'humanité. Elles peuvent devenir les meilleures alliées d'une société si leurs enseignements sont encadrés, balisés et sérieusement contrôlés par les gouvernants. Il n'y a aucun malaise (ni mal tout court) à imposer le respect de valeurs universelles.

Le problème des religions.., c'est les religieux (du moins, ceux qui prétendent l'être); ces êtres dont le rôle supposé est de guider les humains vers Dieu, perdus eux-mêmes dans leurs faiblesses, avidités, l'inconscience de la domination de leur ego envahissant, conduisent les humains droit en enfer (évidemment, c'est une image que je cite là).

Le problème c'est les religieux! La solution aussi! Elle passe par eux!

Sélectionnons les éducateurs religieux qui œuvrent en sol québécois et canadien en fonction de nos valeurs sociétales et universelles; nous en avons le devoir et.., le pouvoir. Ensuite, laissons-les, à leur tour, former d'autres éducateurs. Les petites graines germeront et se développeront.

Ne laissons pas n'importe qui venir enseigner le fait religieux au Québec et au Canada.

Nos autorités policières, de concert avec celles d'autres pays, appuyés par nos institutions judiciaires, ont à faire un travail de surveillance des plus strictes. Bien informés par leurs guides et par les autorités, les pratiquants eux-mêmes deviendront les yeux et les oreilles de la police qui pourra, dans le respect des droits et de la législation, procéder aux enquêtes qui s'imposent.

Occupons le terrain de l'éducation! Outillons les familles! La révolution des esprits se fera et la spiritualité supplantera le dogmatisme. Les musulmans, comme les autres croyants, ne demandent que ça, n'attendent que ça!

Le gouvernement devrait-il mettre en place une «Régie des cultes et croyances»?

À nos gouvernants! Toutes tendances, religions et croyances confondues, nous sommes le peuple. Nous vous faisons confiance! Choisissons les solutions durables! Ne réagissons pas au cas par cas avec des solutions ponctuelles. La solution face à l'ignorance (au sens le plus noble du terme) c'est l'éducation.

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