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25/05/2014 09:39 EDT | Actualisé 31/07/2014 10:30 EDT

Tout n'est pas sombre en Iran

L'Iran est souvent dépeint comme un pays de fanatiques religieux, un pays sombre où il vaut mieux garder la tête basse plutôt que de se montrer ouvert à la différence.

L'Iran est souvent dépeint comme un pays de fanatiques religieux, un pays sombre où il vaut mieux garder la tête basse plutôt que de se montrer ouvert à la différence.

Il faut dire que la feuille de route du gouvernement iranien en ce qui concerne le respect des droits de la personne ne laisse pas beaucoup de place à l'interprétation. Les minorités religieuses et ethniques, les dissidents politiques et plusieurs autres ayant des vues contraires au régime sont persécutés, emprisonnés et parfois même exécutés. Le nombre d'exécutions par pendaison a d'ailleurs considérablement augmenté en Iran ces dernières années.

La communauté internationale surveille de près la situation par l'intermédiaire du rapporteur spécial de l'ONU sur les droits de la personne en Iran, Ahmed Shaheed , dont le mandat vient tout juste d'être renouvelé . Malgré les promesses du président Hassan Rouhani, élu l'an dernier, de promouvoir la tolérance, peu de signes réels d'une amélioration sont visibles. Mais, s'arrêter aux politiques discriminatoires en vigueur en Iran, c'est méconnaître la riche tradition d'ouverture de ce pays où cohabitent depuis des millénaires des gens de diverses origines et religions.

De plus en plus de voix s'élèvent au sein de la société civile iranienne pour affirmer un désaccord avec les politiques oppressives du gouvernement. Dans la noirceur, on voit des lumières qui brillent. Des gens qui ont à cœur le bien-être de leurs concitoyens, qui défendent un idéal de justice et d'unité et qui travaillent pour le bien commun afin d'améliorer leur société.

Parmi ces voix porteuses d'espoir s'en trouvent maintenant qui sont issues de l'élite religieuse iranienne, celle-là même qui est derrière plusieurs édits discriminatoires envers les minorités. Dans un acte sans précédent le mois dernier, un membre important du clergé à Téhéran a pris la défense des bahá'ís, minorité religieuse la plus importante d'Iran durement persécutée par le régime. L'ayatollah Abdol-Hamid Massoumi-Tehrani a posé un geste symbolique très courageux en offrant à la communauté bahá'íe une œuvre de calligraphie enluminée selon la tradition iranienne d'un passage des écrits bahá'ís qui parle de l'importance de la concorde entre toutes les religions. Il a dit vouloir rappeler qu'il est important d'éviter la haine, l'inimitié et les préjugés religieux aveugles.

Ce geste s'inscrit dans la foulée de plusieurs autres déclarations d'érudits du monde musulman qui ont proposé d'autres interprétations des enseignements de l'Islam stipulant que la tolérance envers toutes les religions est, en fait, un précepte du Coran. Cet épisode prometteur laisse entrevoir la fin d'un fanatisme religieux en Iran qui a obscurci la vie de cette société pendant de trop nombreuses décennies.

Mais l'Iran a encore beaucoup de chemin à faire afin de devenir un pays juste et équitable pour tous ses citoyens. Un traitement plus juste de la communauté bahá'íe sera certainement le signe d'une amélioration notoire en ce sens. Pour l'instant, les enfants bahá'ís sont régulièrement victimes d'insultes et de harcèlement dans les écoles, les jeunes n'ont pas accès à l'enseignement supérieur, les adultes ne peuvent pas occuper d'emploi dans la fonction publique et ont généralement de la difficulté à se trouver du travail.

Plus d'une centaine de bahá'ís sont actuellement en prison pour des motifs religieux. Parmi eux, les sept responsables de cette communauté, qui ont reçu une sentence de 20 ans d'emprisonnement il y a déjà six ans de cela. Leur emprisonnement est emblématique de la situation générale de la communauté bahá'íe en Iran, mais aussi de celle de tous prisonniers de conscience qui croupissent derrière les barreaux dans ce pays.

De nombreux prisonniers sont des gens très brillants, eux-mêmes des lumières qui permettent d'espérer un meilleur avenir pour l'Iran. C'est le cas des sept responsables de la communauté bahá'íe qui ont décidé de consacrer leur vie à l'amélioration de la société dans laquelle ils vivent et, ce, en dépit des persécutions qui les ont finalement confinés derrière les barreaux pour 20 ans. Ce sont des gens d'affaires accomplis, des éducateurs, des psychologues, des ingénieurs qui, malgré les injustices, continuent d'être des sources d'espoir pour ceux qui les entourent, ainsi que des symboles de pardon et de patience, de sérénité et de fermeté pour leurs compatriotes.

Alors qu'ils entament la septième année de leur emprisonnement, d'autres voix influentes dans la société iranienne se sont élevées ces derniers jours pour prendre leur défense lors d'un rassemblement à Téhéran. Parmi elles, l'avocate réputée Nasrin Sotoudeh, qui a elle-même récemment été libérée de la prison Evin, où elle avait été incarcérée pour sa défense des droits de la personne. On y trouvait aussi l'ayatollah Abdol-Hamid Massoumi-Tehrani, des militants pour les droits des femmes et des journalistes, qui ont tous pris position publiquement contre la persécution des bahá'ís dans leur pays, au péril de leur propre sécurité. Ces récents appuis à la communauté bahá'íe à l'intérieur de l'Iran, qui se joignent à de nombreux appuis partout dans le monde, laissent présager un avenir plus juste pour tous les citoyens de cette nation.

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