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28/09/2015 02:53 EDT | Actualisé 28/09/2016 05:12 EDT

La curieuse stratégie du Parti vert du Canada

Quand je vois que José Núñez-Melo, un des plus inutiles députés de l'histoire, est accueilli à bras ouvert dans le Parti vert, je suis un rien surpris.

Bien qu'indépendantiste, je suis toujours un peu curieux face aux élections fédérales canadiennes. Entre un Bloc québécois moribond qui semble n'avoir tiré aucune leçon de 2011 et ne trouve rien de mieux à faire que de ressusciter le leader de l'époque dans une tentative désespérée de se raccrocher à son «aura», et un NPD qui a acquis une réelle expérience, a des députés neufs et de qualité, mais qui a aussi ses zones d'ombre (outre la position fédéraliste, leur goût pour le pétrole rappelle sans cesse que leur actuel leader est un ancien ministre de l'Environnement de Jean Charest). Si j'étais Québécois, j'imagine que je me positionnerais dans ma circonscription selon les candidats, plusieurs programmes pouvant s'offrir raisonnablement à moi quand aucun ne me convient. Un troisième parti pourrait fort logiquement m'attirer serait le Parti vert du Canada (PVC).

En effet, c'est le partenaire direct d'Europe Écologie, parti pour lequel j'ai été et suis candidat à nouveau en France. Il est bien sûr différent, et plus strictement environnementaliste que son partenaire français qui s'est ancré dans la gauche dans les années 1990. Sous son ancien leader, Jim Harris, le PVC se réclamait même «fiscalement conservateur» et avait largement fait évoluer la ligne économique vers la droite, tout en conservant une plateforme sociétale très libérale. Repris en main par Elizabeth May, qui est devenue en 2011 la première députée élue du Parti vert, le parti a obtenu une existence réelle et semble croître petit à petit et affirmer des idées plus progressistes.

Cette année, quoique étonnament exclue des débats télévisés, l'ex-militante associative a lancé une stratégie plutôt séduisante: des candidats dans toutes les circonscriptions, mais certaines particulièrement ciblées avec des candidats vedettes ayant fait leurs preuves dans des combats de terrain. L'objectif affiché est d'obtenir quelques sièges en plus de celui de la cheffe, un cap difficile vu le mode de scrutin, mais possible.

Les premiers déroulés montraient une communication avisée: des militants associatifs réputés comme Daniel Green (d'Eau Secours) ou André Bélisle (ancien dirigeant de l'Association québécoise pour la lutte contre la pollution atmosphérique); le comédien engagé Jici Lauzon; Jo-Ann Robert, ancienne journaliste populaire de CBC, candidate dans une circonscription qui avait failli être gagnée lors d'une partielle; Casandra Poitras, la plus jeune candidate du pays (elle aura 18 ans le jour du vote)... Pas forcément de quoi gagner un nouveau siège, mais de quoi assurer qu'on parle des verts et de leurs propositions.

Puis, après le temps de l'enthousiasme de la société civile, le PVC, un peu comme Europe Écologie en 2010, a connu le temps des transfuges... Et ainsi on peut voir Deborah Coyne, ex-candidate à la chefferie du Parti libéral du Canada (c'est son beau-fils, Justin Trudeau, qui l'emporta), devenir candidate. Mais elle avait rejoint les verts il y a six mois en tant que conseillère d'Elizabeth May, pourquoi pas? On pourrait citer également Bruce Hyer, qui a rejoint le «caucus» vert à la Chambre des Communes dès 2012 en quittant le NPD. La raison me semble toujours curieuse (contrairement au NPD, il défendait l'abrogation du registre des armes à feu, pas très pacifique pour un vert!) et je suis par principe opposé aux transfuges en cours de mandat... mais enfin, là aussi cela s'est fait hors temps électoral et suivi d'un partenariat assez long. Qu'il se représente n'a donc rien de choquant.

Par contre, quand je vois que José Núñez-Melo, un des plus inutiles députés néodémocrates de l'histoire, est accueilli à bras ouvert dans le Parti vert cinq jours après avoir été exclu du NPD à quelques mois d'une élection, je suis un rien surpris. Rappelons que M. Núñez-Melo n'a pas été exclu pour, par exemple, s'être opposé à son parti sur la question pétrolière, ou pour avoir contesté la position de M. Mulclair sur la Palestine, ce qui serait un véritable désaccord politique. Non, il a été exclu parcequ'il refusait de se soumettre à un vote interne qui risquait de l'empêcher de se représenter, les militants néodémocrates n'ayant pas envie de représenter un député qui n'a quasiment rien fait.

Car si le nouveau député vert n'a pas brillé par son engagement écologiste, il n'a en fait pas brillé du tout à Ottawa, à un tel point que ça en devenait presque merveilleux. Pointé par les médias au bout d'un an pour être un des députés les moins actifs de la Chambre (il n'avait jamais posé une seule question), il s'avère qu'il n'avait aucune fonction interne au NPD et qu'il ne siégeait dans aucune commission parlementaire: un cas assez unique de désengagement! Ha, excusez-moi, je suis mauvais: il siégeait dans le comité mixte interparlementaire de la Bibliothèque du Canada. Je suis moi même bibliothécaire et passionné des questions de patrimoine culturel, mais si ça, ce n'est pas une planque royale, ça ne mérite sans doute certainement pas les 13 950 $ mensuels empochés par le député Núñez-Melo! Comme son manque d'activité finissait par se voir, il a finit par mollement protester, arguant de son travail en circonscription, et finissant par déposer un projet de loi en quatre ans. Il a refait parler de lui pour une gaffe cocasse avant d'occuper les colonnes pour ses déboires internes. Bref, pas vraiment un candidat de rêve pour incarner une autre façon de faire de la politique ou donner envie aux électeurs de se pencher vers l'écologie politique...

Étrange gaffe du Parti vert qui accueille comme une prise de choix un candidat-sparadrap dont le NPD doit être bien content de s'être débarrassé. Certes, gagner un député fait gagner du temps de parole et des moyens, mais c'est se vendre pour bien peu (surtout qu'il y a fort à parier - à espérer en fait - qu'il perde son siège dans deux mois) et abîmer d'autant son image. En tous cas, si j'habitais Laval (enfin, Laval au Québec, car j'habite justement Laval en France!) je ne sais pas si je voterais Bloc ou NPD, mais ce qui est sûr, c'est que je n'apporterais pas la voix au parti de mon cœur, qui amènerait ici à soutenir tout ce qui me répugne en politique.

Ce triste épisode rappelle qu'il est plus que jamais nécessaire qu'une loi interdisant les transfuges soit un jour adoptée, afin d'obliger les députés trahissant leur camps à passer par la case partielle avant de choisir une autre étiquette. Cela tombe bien, une proposition de loi de ce type existe, déposée par le NPD et signée par tous les députés néodomocrates d'alors. Parmi eux, un certain José Núñez-Melo...

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