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15/01/2016 08:48 EST | Actualisé 15/01/2017 05:12 EST

Parlement jeunesse du Québec, ou l'expérience du «nous»

Cette année, l'enfance, la langue russe et même les guerres se sont invitées à l'Assemblée nationale.

Cette année, l'enfance, la langue russe et même les guerres se sont invitées à l'Assemblée nationale. Des thèmes qui ont participé à cet enseignement plural qu'étaient les allocutions d'ouverture de la 66ème législature du Parlement jeunesse du Québec.

L'idéal y était, dans l'imperfection et le courage, dans les drames et la gêne, dans le propos raisonné et les confusions. Là où on retrouvait notre prochain, celui qui porte ses peurs dans ses causes: un parmi toutes et tous.

«As-tu prévu de taxer l'héritage?» On se regarde autour de la table, les yeux vifs, le visage à peine cerné. Cette question soulèvera les passions: on comprend que la nuit sera longue. Le projet de loi 2 veut favoriser une décroissance graduelle par une plus grande flexibilité de l'effort de travail. Une proposition pleine d'audace, radicale selon les propos de son initiateur, qui suggère entre autres l'instauration d'un revenu inconditionnel de subsistance et un contrôle plus rigoureux de la consommation. Liberté de s'accomplir et nécessité de restreindre notre usage des ressources finies ont finalement séduit les participantes et les participants du PJQ.

Le grand thème de cette 66ème législature a été véhiculé par le discours d'ouverture du lieutenant-gouverneur attitré, M. Bruno Marchand, qui souhaitait «un rapprochement du je vers le nous». Ubuntu, grossièrement: être par les autres. On devait agir à titre plus large que le confort, c'est-à-dire devenir humain par l'effort humain, se désacraliser.

Le Parlement jeunesse est, par l'absence d'une ligne de parti, le sacrifice d'une part de ce je. On changeait d'avis après délibérations. On se prononçait à la suite de l'écoute ou à la lecture d'un nouvel article de La Colline, le quotidien qui suit les travaux du PJQ depuis quelques années. L'occasion de réfléchir était donnée, sans pression.

Ce fut sans doute le cas pour plusieurs participantes et participants, qui ont, le temps de deux séances, débattu d'un projet de loi sur l'instauration des processus démocratiques participatifs. Un important segment du projet voulait donner l'opportunité à des comités citoyens de formuler des propositions au gouvernement. En l'absence de «gardes-fous», l'assemblée craignait des abus au nom d'une tyrannie de la majorité, ou même la propagation d'un débat émotionnel et dogmatique au sein de la société. Si le principe global de la proposition, un retour à l'essence démocratique, a été applaudi, sa version finale, amendée en commission parlementaire, ne faisait pas l'unanimité.

L'assemblée de jeunes parlementaires s'est montrée par ailleurs en faveur d'une loi sur une gestion responsable et une consommation plus restreinte localement de nos ressources en eau potable. Son adoption faisait suite à un débat particulièrement éclairant sur la responsabilité collective de l'eau et son potentiel d'exportation à des fins non commerciales, notamment lorsque sa nécessité est imminente au-delà de nos frontières.

Ce nous qui conversait perpétuellement n'était pas une option au PJQ. Faisant connaissance pendant cinq jours, on ne s'occupait plus des aléas du soi. Le nous se trouvait à la fois au sein du Salon bleu et dans les projets de lois proposés. Il fallait tenir compte de leur application et du statu quo sur les citoyens. À titre d'ancienne ou d'ancien du Parlement jeunesse, il y avait aussi un certain devoir de rassurer. On était Senpai et Kohāi, les éternels apprentis qui se chapeautent, comme aimait à le souligner une participante.

D'ailleurs, l'enseignement a pu être débattu par les aspirants députés. Cette fois, c'était dans le cadre d'une proposition qui voulait que le système d'éducation se recentre sur les forces, les intérêts et la capacité d'évolution de l'apprenant. Le nous n'était-il pas, après tout, composé d'une multitude de je? Des individus, donc, des membres des communautés autochtones, des nouveaux arrivants, des jeunes passionnés, des jeunes ennuyés, qui passent tous les jours par une scolarité essentiellement conformiste et en constante quête d'objectivité. L'Assemblée a voté pour la personnification des méthodes d'apprentissage, en réaffirmant cependant l'importance de la capacité d'adaptation dans la scolarité (comme source de créativité et d'une ouverture d'esprit plus large).

Le Parlement jeunesse, c'est écouter ce pour, dans tous ses accents. Pour le contre. Pour le désaccord. Pour l'idéal affiné et les concessions. En fin d'année, le Salon bleu aura observé le visage d'une humanité idéale, une humanité imparfaite dans son élan jeune, pluriel et fort.

Le PJQ est une simulation parlementaire non partisane, qui réunit à l'Assemblée nationale annuellement (entre les 26 et 30 décembre) une centaine de jeunes âgés de 18 à 25 ans et provenant des quatre coins de la province. Pour en savoir plus sur les travaux du Parlement jeunesse du Québec et les inscriptions à la 67e législature:

• Site web: http://pjq.qc.ca

• Facebook: Parlement jeunesse du Québec

• Twitter: @PJQdebat

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