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27/09/2015 09:33 EDT | Actualisé 23/09/2016 05:12 EDT

Au-delà de la loi 101: la vocation du français

Une étude de l'université Northwestern soulignait récemment que le fait seulement d'être bilingue assurerait un meilleur traitement de l'information. Le cerveau étant poussé à s'exercer lorsqu'il fait le choix d'interpréter selon une langue ou une autre, les individus parlant plus d'une langue seraient mieux équipés intellectuellement, et moins sujets à souffrir de démence ou d'Alzheimer.

Dans une approche davantage orientée vers la linguistique, il est opportun d'évaluer aujourd'hui la qualité de ce plurilinguisme, surtout en évoquant le rôle crucial qu'y joue la langue française.

Le Québec, la France, mais ailleurs

Cet été, dans le cadre d'une mission politique à laquelle je participais, mon chemin a croisé celui de madame Michaëlle Jean, secrétaire générale de la Francophonie. C'est à la suite de cette rencontre que j'ai réalisé la présence (officielle et officieuse) accrue du français en Afrique. En Algérie, par exemple, plus de quotidiens francophones que de quotidiens arabophones sont à l'heure actuelle publiés. C'est là un des exemples de l'influence de cette langue sur le continent africain. On l'utilise pour informer, éduquer, on cite ses auteurs: la littérature francophone est devenue une littérature sans frontières.

Connaître le français aujourd'hui, c'est justement être en mesure d'accéder aux versions originales de textes étudiés dans des milliers de salles de classe à travers le monde. Le français de Roșca et Simone De Beauvoir pour la philosophie, Maalouf et Zola pour la nature humaine, Laferrière et Djebar pour le récit.

Une influence littéraire marquée, mais méconnue, de la langue de Molière se trouve en Roumanie. Un pays de l'Europe de l'Est où, aujourd'hui, plus de 900 000 étudiants l'apprennent, souvent à travers des auteurs de la même nationalité. Emil Cioran, écrivain roumain, le disait: «on n'habite pas un pays, on habite une langue.»

L'Organisation internationale de la Francophonie, dans son dernier rapport annuel, nous apprend quant à elle, et comme une réplique à la critique d'un français comme langue antiscientifique, que la langue de Molière est en réalité classée au deuxième rang des langues les plus utilisées dans le monde des affaires et de la diplomatie. Il est opportun de rappeler ici sa qualité officielle au sein de l'ONU, de l'OTAN, de l'Union européenne et de la Cour internationale de justice à La Haye.

Les langues façonnent les pensées

Les institutions évoquées plus tôt reconnaissent certes la formation francophone, mais n'ignorent pas la nécessité de maîtriser plus d'une langue une fois le marché du travail intégré. Le multilinguisme, à l'ère des mondialisations, est un avantage, à la condition d'être géré de manière à ce que la démarche intellectuelle des apprenants trouve un équilibre entre les apports sensitifs de chaque langue. Et cet apport, dans le cas du français, se traduit en une possibilité de nuancer son propos ou d'articuler la pensée de manière plus juste. Ce qui en ferait une langue d'analyse: un atout dans la formation de l'esprit critique.

En effet, et tel que le suggère l'hypothèse Sapir-Whorf, la langue façonne la pensée. À partir de cette assertion, il devient possible de conclure que deux langues ou plus maîtrisées, c'est une pluralité de modes de pensée distincts, soit une capacité pour le penseur de changer d'approche et d'être plus à même de conceptualiser, d'étayer l'argumentation et de solutionner.

Le français, selon cet argument, est utile au sein des sphères à la fois communicationnelle et réflexive pour l'individu qui l'apprend et celui qui en fait un usage juste, directement dans sa formation ou son travail.

Le français: base du plurilinguisme

De toute évidence, le choix d'une éducation multilingue ne saurait ignorer la maîtrise du français. Rappelons qu'il fait figure de base quant à l'apprentissage de trois langues internationales, soit l'anglais, l'espagnol et le portugais, et facilite l'accès aux langues romanes. Un critère dont ne tient pas compte la liste de George Weber, qui classe la langue de Molière au rang de seconde langue la plus influente au monde. Cette liste se réfère aux critères suivants: langue maternelle et seconde, statut socioéconomique des pays dans lesquels elle est parlée, nombre de secteurs de l'activité humaine où elle est présente, nombre de pays et population s'exprimant dans cette langue, rayonnement socioculturel et statut au sein des Nations unies.

Au regard des éléments présentés, la vocation du français d'être à tous et pour tous en fait un avantage dans la formation et le représentant d'une puissance intellectuelle et culturelle respectée. Base linguistique qui permet de mieux appréhender les langues romanes, il est aussi un adjuvant réflexif, un outil d'analyse de choix. Dans une société où la mobilité internationale et la capacité de s'adapter à des environnements nouveaux sont des critères fortement préconisés dans l'intégration professionnelle, maîtriser le français donne accès à 68 États (pour plus de 274 millions de locuteurs en 2014 selon l'OIF) répartis entre l'Europe, les Amériques, l'Afrique du Nord et l'Afrique subsaharienne.

En ce sens, il est essentiel que les Québécoises et Québécois sachent se servir du privilège de la première langue pour en apprendre une ou plusieurs autres, ce qui en ferait des travailleuses et travailleurs compétitifs, qualifiés et accessibles.

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