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12/03/2015 05:59 EDT | Actualisé 12/05/2015 05:12 EDT

Montréal, je suis venue te dire que je m'en vais

Montréal, tu t'es laissée aller et tu t'es reposée sur tes lauriers. Arrête donc de répéter que t'es super cool, accueillante et créative. Prouve-le chaque jour qui passe, pas seulement lors de grands événements.

Oui, je suis dans le regret de te dire que je m'en vais. Pas demain, pas après-demain, mais bientôt. Le temps de mettre en branle un nouveau projet de vie et laisser à ma fille ado celui de grandir encore un peu pour accepter que sa mère s'éloigne loin. Oh, je sais que tu ne vas pas sangloter comme le dit la chanson de Serge Gainsbourg car, comme on dit, un(e) de perdu(e), dix de retrouvé(e)s. Surtout que je suis Française d'origine. Avec tous ceux et celles que tu reçois par milliers chaque année, tu n'as que l'embarras du choix. Sûr et certain que tu m'oublieras vite fait, même si nous avons vécu ensemble pendant vingt ans.

Vingt ans! Te rends-tu compte de tous ces événements de la vie que j'ai traversés avec toi, et du sacré coup de vieux que j'ai pris ? En passant, sais-tu qu'on me prend encore pour une nouvelle arrivante ? Il est vrai que ce n'est pas écrit sur mon front que je te connais depuis 1995. Comme quoi, je serai toujours plus ou moins une étrangère « chez moi ».

Mais ce n'est pas pour cela que je vais te quitter. Il y a plusieurs raisons à mon envie de lever les voiles, et disons que les torts sont partagés 50/50 entre toi et moi. Comme le font souvent des couples célèbres qui se séparent, j'invoquerais des différends irréconciliables. Je t'aimais, oui je t'aimais, mais...

J'ai changé, et toi aussi. À moins qu'au contraire, tu n'aies pas suffisamment changé. Peut-être n'es-tu simplement plus dans le coup ou alors c'est moi qui suis trop vieille pour toi. Bref, tu vois comme je suis mêlée, preuve que notre union ne fonctionne plus vraiment. Faut dire que les dernières années avec toi ont été tough, comme on dit. Autant d'années de galère que j'aurais pu connaître dans n'importe quelle autre ville, c'est sûr. Mais ça s'est passé chez toi. Tu en conviendras : la solitude, la précarité, la difficulté de trouver un emploi (faut dire, j'ai choisi le domaine des communications...), ou encore le manque de moyens financiers pour s'évader de temps en temps, ça use. J'ai comme perdu un certain élan; tellement que je me sens comme une « éclopée de ma ville ». J'ai du mal à te regarder avec bienveillance. J'imagine que c'est parce que je t'en veux un peu au fond de moi, car j'ai l'impression que tu m'as laissée tomber alors que j'ai tout fait pour m'accrocher à toi.

C'est que tu peux être sacrément rude, tu sais ? Et je ne parle pas ici seulement de tes longs et interminables hivers. Et sache que je ne suis pas la seule à le penser. Peut-être pas ces étudiants qui débarquent à Montréal pour fréquenter nos universités ou ces Français qui viennent passer un an au Québec (surtout à Montréal) dans le cadre du Programme vacances-travail spécialement conçu pour les 18-35 ans. Hey, si j'avais leur âge, j'adorerais Montréal, c'est sûr et certain, avec tous ses lieux de magasinage à la ronde, ses bars hipsterico-branchés (as-tu compris le jeu de mots ? Hipster...) qui poussent comme des champignons et un nightlife que bon nombre de villes envient ! Non, là je te parle de trentenaires, de quarantenaires et plus, qui, comme moi, ont l'impression de tourner en rond depuis un petit bout de temps (trop longtemps), de stagner, pire, de régresser... et qui ont de plus en plus de mal à boucler leurs fins de mois même en travaillant comme des dingues. Difficile dans leur cas de profiter de tous ces nouveaux bars hipsterico-branchés... Tu crois qu'on traverse la fameuse crise de la quarantaine ? Peut-être. Ce n'est pas toujours facile de trouver un sens à tout ça surtout quand on entend sans cesse parler de déclin économique, d'infrastructures vieillissantes, de manques de fonds, etc. Un discours rabâché depuis tellement d'années. Puis, il y a aussi ce foutu célibat... Pour trouver l'âme sœur à Montréal, bon courage ! Mieux vaut attacher sa tuque, cette tuque que l'on porte enfoncée jusqu'au cou pendant cinq mois. Essaie de faire des yeux doux avec ça. Mais bon, c'est un autre sujet qui pourrait faire l'objet d'un prochain billet.

Bref, j'ai certainement changé et mes attentes ne sont peut-être plus les mêmes. Mais permets-moi de revenir sur ton cas. Tu t'es laissée aller et tu t'es reposée sur tes lauriers. Arrête donc de répéter que t'es super cool, accueillante et créative. Prouve-le chaque jour qui passe, pas seulement lors de grands événements, de congrès internationaux, de festivités pour en foutre plein la vue aux touristes. Oui, je le sais bien, il faudrait que ceux et celles qui gèrent ta destinée prennent le pouls de ton humeur sur le terrain un peu plus souvent. Fonce, ose, détonne. Parce que tu le vaux bien et que t'as avec toi plein de jeunes professionnels gonflés à bloc qui te découvrent peut-être et qui t'adorent déjà.

Mais, vois-tu, ce sera sans moi. Je passe cette fois-ci mon tour car, en ce qui me concerne, j'ai besoin d'un grand changement d'air. Tu vois ce que je veux dire ? Pas seulement changer le mal de place, mais plutôt un vrai renouveau, un retour à la case départ comme je l'ai fait il y a vingt ans en débarquant ici avec une valise. Une fuite en avant ? T'as peut-être pas tort. Mais dans mon livre à moi, mieux vaut avoir des remords que des regrets. Et puis, je pense que je serai toujours un peu bohême dans l'âme. Rester toute ma vie à la même place, j'ai du mal à l'envisager. Est-ce que je t'avais déjà dit que j'ai vécu en caravane durant les premières années de ma vie ?

Allez, laisse-moi partir bientôt, et souhaite-moi plutôt bonne chance.

Oui, je t'aimais et je t'aimerais toujours.

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