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12/11/2016 11:00 EST | Actualisé 12/11/2016 11:00 EST

La classe moyenne a bon dos

Le résultat de cette élection repose sur trois choses: l'obsolescence des partis politiques, la culture du vide et le manque d'intérêt de beaucoup trop de monde envers la politique.

Je suis issue de cette classe moyenne blanche, ouvrière et travaillante. Je suis née dans le pays des mines dans le nord de la France. Une région ravagée par le déclin économique et désœuvrée face à son obligation de se réinventer après la fin de l'ère du charbon. À la maison, il n'y avait pas beaucoup de livres et peu d'accès à la culture avec un grand C. J'ai vu mon père et ma mère en baver pas mal de fois, et en payer malheureusement le prix d'un point de vue de santé. Mon père, qui avait gravi un à un les échelons de son dur métier sur les chantiers de travaux publics routiers, était un homme très courageux et surtout déterminé à faire en sorte que sa famille ne manque de rien et à ce que mon frère, ma sœur et moi ayons une bonne éducation.

Considérant notre histoire familiale assez malmenée par les aléas de la vie, nous aurions pu tous les trois dévier d'une trajectoire vers un avenir plus ou moins respectable. Ce ne fut pas le cas. Chacun a su trouver les moyens de trouver sa place. Toujours dans la classe moyenne...

Les partis politiques ont-ils encore leur place?

Selon moi, résumer l'élection-choc de Donald Trump principalement à la colère et à la souffrance d'une classe moyenne appauvrie, silencieuse et oubliée est réducteur. Certes, parmi ceux et celles qui ont voté pour Trump, il y a des ignorants, des laissés-pour-compte et des désillusionnés. Mais il y a également des gens d'affaires - de toutes origines - ainsi que des femmes et des hommes avec une tête bien pleine (de bêtises malheureusement). Et surtout, il y a tous les autres qui ne se sont même pas déplacés. C'est de là que vient la débâcle.

«Un parti, c'est un "blindage", une armure où il n'y a plus de débats», ou encore «un parti, c'est un système refermé sur lui-même, hermétique à ce qui se passe dans la société.» (Débat entre Stéphane Hessel et Daniel Cohn-Bendit, 2013.)

«La politique, ça ne m'intéresse pas», «j'y comprends rien», «tous des corrompus». Voilà ce qu'on entend souvent autour de nous. Ainsi, d'un côté, on a des partis déconnectés du terrain et, de l'autre, une population désintéressée de ce qui se passe dans les zones de pouvoir. Bonjour l'improvisation en tous genres. Il n'est pas étonnant que l'on assiste à tant de désolants spectacles politiques. Ainsi, je suis de plus en plus convaincue que les partis politiques tels qu'on les connaît avec leur chef(f)e et leurs lignes de parti sont obsolètes. La place n'est plus aux luttes de pouvoir entre des chefs, aux squelettes sortis du placard, aux jacasseries en tous genres. Ça tourne au ridicule et ça enlève les lettres de noblesse à l'art politique, le vrai.

À mon avis, le résultat de cette élection repose sur trois choses: outre l'obsolescence des partis politiques dans leur forme traditionnelle, il y la culture du vide et le manque d'engagement et d'intérêt de beaucoup trop de monde envers la politique et l'avenir du monde dans son ensemble.

Le cerveau au ramolli

On patauge dans un marasme ambiant parce que la politique, c'est trop ennuyant et compliqué. Fatigués et cyniques, on se vautre dans nos sofas moelleux à regarder de plus en plus d'émissions de variétés, de jeux populaires et d'autres contenus dont certains producteurs et diffuseurs devraient avoir honte. Le divertissement est ainsi devenu l'opium du bon peuple. Ce bon peuple qui, vous comprenez, a la vie dure dans cette course folle à gagner son pain quotidien... Il faut bien lui faire oublier ses soucis et son rythme monotone métro-boulot-dodo. Il faut le divertir. Lui donner du rêve. Selon moi, c'est là que se situe ce fameux populisme dont on parle tant, et qui fait le plus de tort sur notre intelligence émotionnelle collective.

Le cerveau au ramolli, on se laisse gaver d'images. On devient incapables de discerner le vrai du faux, l'essentiel de l'inutile. On carbure à l'information spectacle qui nous donne l'impression d'être suffisamment informés. Surtout ne pas éveiller notre esprit critique, notre pensée, et encore moins gaspiller notre salive pour discuter d'autres choses que de la dernière sortie de la famille Kardashian ou de la tenue de Safia Nolin à l'ADISQ... Car oui, nous aussi au Québec, on tend vers cette paresse intellectuelle.

Faut qu'on s'parle...

Comme bon nombre de personnes, je suis un peu sonnée ces derniers jours en me questionnant sur l'état et l'avenir de notre monde. Des solutions, je n'en ai pas trop, à part le fait que je nous souhaiterais un accès à plus de contenu d'information de fond, à plus de débats intellectuels et politiques que ceux de dix minutes top chrono qu'on nous propose sur le plateau d'une émission de grande écoute, à des regards et des opinions plus diversifiés sur le monde et les enjeux géopolitiques, etc. Je prône une politique plus locale qui offre une proximité avec les citoyens et qui nourrirait une indignation/mobilisation collective. À l'école, plutôt, ou en plus, des cours d'éducation financière que l'on veut introduire, je propose d'étendre la place de la philosophie, de la sociologie, de la conversation, et de l'ouverture d'esprit.

Bref, y a de l'espoir parce que tout est encore possible, mais ça presse!

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