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01/04/2019 17:04 EDT | Actualisé 01/04/2019 17:04 EDT

L’écart entre les philanthropes et les organismes communautaires

Les riches s’enrichissent et les pauvres s’appauvrissent, puis l’écart entre eux s’agrandit…

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Dernièrement, on apprenait que le docteur Julien et sa conjointe faisaient face à des dénonciations de harcèlement au sein de leur équipe et à des démissions massives. Telle que rapportée dans Le Devoir par Caroline Toupin du Réseau québécois de l'action communautaire autonome: «l'histoire du Dr Julien démontre vraiment une facette sombre des centres de pédiatrie sociale, en contraste avec l'image idéalisée qui circule. Il ne faudrait cependant pas croire qu'il s'agit uniquement d'un problème de style de gestion.»

Depuis 25 ans, je travaille dans le milieu communautaire et je constate la même chose que Caroline Toupin: les OSBL ne sont pas reconnus à leur juste valeur. Malheureusement, ils ne reçoivent pas leur juste part par notre État-providence.

La philanthropie n'est pas prête à disparaître, elle protège les mieux nantis de notre société, mais aussi ceux de notre planète. Les riches s'enrichissent et les pauvres s'appauvrissent, puis l'écart entre eux s'agrandit...

C'est la même rengaine depuis la naissance du néolibéralisme. Y a-t-il vraiment une équité sociale entre les organismes communautaires et la philanthropie?

En 2001, j'ai fondé un organisme en santé mentale pour aider les familles et les personnes atteintes de maladies mentales. Ayant une fille atteinte de schizophrénie depuis plus de 27 ans, je me sentais interpellée et j'étais portée à m'impliquer socialement dans ma communauté pour venir en aide aux plus vulnérables de notre société.

J'ai travaillé plusieurs années sans recevoir aucune aide de l'État-providence. Afin de trouver du financement non récurrent pendant dix ans, j'ai dû travailler durement. En 2009, j'ai commencé à recevoir 5000$ de l'Agence de la santé et des services sociaux de la Montérégie pour l'année en cours, par la suite 10 000$, etc. En 2006, j'ai signé un contrat avec Emploi-Québec, j'ai débuté avec cinq personnes inscrites au programme Interagir pour aider ces participants ayant une contrainte sévère à l'emploi pour contrer l'isolement, développer leur potentiel et créer un réseau social, ce qui, aujourd'hui, permet à plusieurs participants d'être plus autonomes, responsables et de développer leurs habiletés cognitives.

Cependant, les montants reçus étaient minimes, soit 150$ par personne et nous recevons encore ce même petit montant en 2019. Ceux qui travaillent dans le domaine communautaire le font par amour, ils travaillent avec leur cœur avant tout et ils croient en la cause. Ces personnes engagées y trouvent un certain réconfort et une grande satisfaction personnelle d'aider les plus démunis de notre Société.

Les visites à notre organisme ne cessent pas et nous permettent de constater une augmentation de notre clientèle souffrant de détresse psychologique, et surtout chez les personnes de plus de 55 ans qui vivent des problèmes tant financiers que familiaux.

Le monde change, la société évolue, mais les gens continuent à subir beaucoup de pression pour se procurer tout ce qu'ils désirent. Le crédit est peut-être facile à obtenir, cependant le taux d'endettement par couple est de plus en plus élevé.

Le problème à l'heure actuelle est que les familles de classe moyenne ne savent plus comment parvenir à rembourser leurs cartes de crédit; leur pouvoir d'achat diminue. En même temps, ce besoin de consommer comme tout le monde, ou même plus, les prédisposent au stress, à l'anxiété et à la dépression.

En tant qu'organisme communautaire, nous sommes conscients et sensibilisés aux problèmes psychologiques et sociaux que vivent plusieurs familles, cependant ne recevant qu'une petite subvention, nous sommes restreints face aux besoins grandissants de notre communauté.

Nous manquons de ressources financières, de locaux et de personnels.

En comparaison avec les philanthropes, c'est comme mêler des pommes avec des carottes, c'est-à-dire comme les gens riches et célèbres comparativement à ceux qui en arrachent et qui vivent au jour le jour, incluant les plus démunis de notre société.

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