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26/11/2015 09:48 EST | Actualisé 26/11/2016 05:12 EST

Réfugiés syriens: l'impossible risque zéro

Il n'y a aucun moyen d'empêcher la naissance d'un terroriste québécois. Ce n'est jamais le risque zéro. Pourtant nous permettons les naissances au Québec sans aucune arrière-pensée.

Qu'il faisait bon vivre avant le 13 novembre 2015, la paix était partout dans le monde, les fleurs poussaient dans les canons des AK-47, la Russie gentiment démocratique se joignait à la coalition anti-terroriste, les méchants séparatistes québécois n'existaient plus, les réfugiés syriens sentaient tous bons, même les hommes syriens célibataires hétérosexuels dans la vingtaine de confession musulmane étaient les bienvenus pour augmenter la main-d'oeuvre canadienne à court de cheap labour local (si on en croit le patronat)....

Oh que oui, comment la vie était douce, avant ce fatidique vendredi 13, se disait le/la Québécois(e) peu au courant de l'actualité en dehors de son village commençant par Saint et ceux aussi venant des villes se terminant par bec....

NON!

La vie n'était douce qu'en apparence. Si tout apparaissait sans violence ce n'était que parce que les Dieux de la probabilité n'avaient pas roulé les bons dés pour provoquer des attentats en Occident. Le risque zéro d'attentat n'a jamais existé, il n'est toujours pas un risque zéro et il ne redeviendra pas à un risque zéro à moins que Gaïa, mère planète, se départisse de ses petits parasites scientifiquement nommés Homo sapiens sapiens (nous ne sommes qu'une sous-espèce). J'ironise à peine.

70 ans de paix?

Je suis né en pleine guerre froide, mes parents ont connu le rationnement de la Seconde guerre mondiale, mon père devait participer à des exercices militaires à l'Université. Sinon il allait au front. La guerre froide nous glaçait le sang. Cette épée de Damoclès toujours au-dessus de nos têtes d'une bombe au plutonium russe détonnée au-dessus de la Place Ville-Marie transformant Montréal en Hiroshima québécois, je l'ai appréhendé à maintes reprises, à chaque évènement politique international augmentant la tension entre les deux super-puissances.

La menace était réelle puisque la désinformation capitaliste peignait les Russes comme les sanguinaires communistes prêts à délivrer leurs armes nucléaires en surnombre sur les villes d'Amérique du Nord par une attaque surprise qui détruirait l'Occident dans une Troisième guerre mondiale de 15 minutes, grâce à leurs sous-marins supposément cachés dans le golfe du Saint-Laurent.

En réalité, c'était les États-Unis qui fantasmaient sur une stratégie de First Strike et les Russes mettaient leurs oeufs dans le panier d'une défense efficace, permettant leur riposte dévastatrice qui retournerait l'Homme à l'âge des cavernes.

Cette doctrine de destruction mutuelle en cas d'attaque surprise est peut-être ce qui nous a évité une guerre mondiale conventionnelle durant tout ce temps de paix anxieuse. Vous me direz, oui mais ça ne concernait pas le Canada..... Oh que non! Oh que non! Combien savent que la prison de La Macaza dans les Laurentides est l'ancien site des missiles Bomarc sous contrôle américain afin de stopper les bombardiers russes? Dans cette guerre des deux super-puissances nucléaires, nous étions la Finlande des États-Unis.

Enfin la paix et les fleurs?

La dissolution de l'Union soviétique symbolisée par la chute du Mur de Berlin le 9 novembre 1989 (une série d'évènements débutée quelques années auparavant) et provoquée par le bluff de Reagan sur sa Guerre des Étoiles, nous permit de respirer convenablement et de planifier un avenir qui n'incluait plus d'être grillé par la radioactivité.

Les guerres se déroulaient loin au Moyen-Orient et joliment présentées dans nos salons de banlieue par CNN. Le risque zéro de violence en Amérique du Nord était enfin atteint et même quand la Chine se réveillerait en 2030, le Ier Reich États-Uniens y ferait face prestement pour nous donner un bonheur démocratique pendant 1000 ans.

Les fleurs poussaient sur les missiles ballistiques abandonnées.

Puis, le 11 septembre 2001, trois tours s'écroulaient. Deux construites en béton et en métal peu résistant à la chaleur et une autre construite stupidement sur notre innocence, insouciance et inconscience. La destruction des deux premières a causé 2 606 décès tandis que pour la dernière on compte plus d'un demi-milliard de victimes.

Zéro, ce chiffre qui n'existe pas

Le chiffre zéro est une drôle de bibitte. C'est peut-être la raison pour laquelle son développement est toujours apparu après les autres chiffres dans plusieurs cultures séparément sur plusieurs siècles.

Dans le cas de risque zéro, on lui donne la signification du néant, nulle, non-existence. Or dans les phénomènes naturelles (comme des attentats terroristes, l'Homme faisant partie de la nature, rappelons-le) le continuum vers un zéro absolu n'est pas possible surtout quand ces évènements sont réalisables dans notre présent.

Le hasard peut être assez gentil pour ne jamais nous présenter un évènement rare mais les probabilités demeurent toujours là (si les conditions sont présentes, c'est-à-dire des humains avec peu d'empathie, une rage, une vengeance, des accès à des armes), aussi faibles soient-elles. La probabilité ne tombe jamais à zéro.

La probabilité qu'un terroriste se glisse parmi les réfugiés n'est jamais de zéro non plus. La probabilité qu'un terroriste soit une femme n'est pas zéro. La probabilité qu'un enfant soit utilisé comme terroriste n'est pas zéro. La probabilité de gagner le gros lot de la 6/49 est 1 sur 13 983 816. Très faible. Vous êtes à peu près certain de ne pas gagner. Vous achetez le billet quand même, si vous êtes chanceux, on ne sait jamais. Et jamais étonné de ne pas être le gagnant.

C'est la même chose pour les réfugiés syriens. Dans ce cas-ci, si vous êtes extrêmement malchanceux, vous gagnerez un terroriste au Canada. Mais si vous êtes simplement dans l'ordre des choses, vous gagnerez 25 000 réfugiés «normaux» et à moins que vous soyez raciste, ce résultat ne devrait pas vous déplaire.

Oui, il y a peut-être des terroristes dans les réfugiés. Oui, il y a possiblement aussi de futurs meurtriers, pédophiles, batteurs de femmes, fraudeurs, petits criminels. Probablement dans les mêmes proportions qu'il y en a chez les Canadiens, chez les Québécois. Et même possiblement moins, car les réfugiés seront triés mais les petits québécois qui naissent dans nos hôpitaux ou à la maison sont acceptés sans conditions au Québec. Il n'y a aucun moyen d'empêcher la naissance d'un terroriste québécois. Ce n'est jamais le risque zéro. Pourtant nous permettons les naissances au Québec sans aucune arrière-pensée.

Ce devrait être notre même ouverture pour les réfugiés. N'est-il pas terrible de pénaliser 24 999 personnes pour un hypothétique terroriste qui menace votre risque zéro chéri. Je ne jouerai même pas le jeu de vous mettre dans la peau d'un réfugié pour comprendre la cruauté de votre décision d'interdire l'accès au Canada après que vous eûtes oublié une certaine photo d'un enfant sur une plage froide.

En plus grandes proportions que des «méchants», ces réfugiés sont peut-être des musiciens, des écrivains, des sculpteurs, peintres, dirigeants, docteurs, ingénieurs, politiciens, journalistes, préposés, adjoints administratifs, éboueurs, mineurs, concepteurs web, agronomes, bons parents et généralement des personnes qui s'appliquent à leur travail et leur communauté. Je suis désolé pour les métiers que j'ai oubliés.

Il serait temps que vous voyiez le verre à 99% plein plutôt que d'avoir peur d'aspirer l'air du verre 1% vide. Et c'est justement ce que les terroristes veulent de vous: que vous ayez peur de tout et de rien.

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