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11/11/2015 11:12 EST | Actualisé 11/11/2016 05:12 EST

La CAQ, la troisième voie ... de garage?

La vérité est que la CAQ est la troisième voie tant attendue, mais son problème est que les élections au Québec sont référendaires depuis 1976, n'en déplaise à certains analystes qui soutiennent le contraire.

Voie de garage: (Figuré) Impasse, voie sans issue.

Sortant du brouillard politique causé par les contrecoups de l'élection fédérale du 19 octobre dernier, la Coalition avenir Québec de François Legault nous a surpris récemment en dévoilant son nouveau virage nationaliste. Ou s'agit-il d'un coming out politique? François Legault n'est-il pas un ancien péquiste, cette commune de séparatistes et terroristes québécois de souche, racistes et idéologiquement près du nazisme, si on en croit les nombreux éditoriaux des journaux du Canada anglais? C'est ce qui a contribué, assurément, à ce que l'électorat de la CAQ ne contienne jamais un seul Anglophone ou allophone. Ainsi que peu de fédéralistes francophones.

D'un autre côté, tout bon péquiste sait que François Legault est rébarbatif à l'idée d'indépendance du Québec, ce qui éloigne aussi cet électorat de la CAQ.

Alors que reste-t-il pour le parti de M. Legault? Pas grand chose, et c'est pourquoi d'élection en élection la CAQ semble foncer à pleine vitesse sur une voie de garage politique. Rappelons qu'une voix de garage se termine à son extrémité par un heurtoir, tout bolide lancé contre lui sera pulvérisé à son contact. Est-ce le sort qui attend la CAQ aux prochaines élections provinciales de 2018, un combat de titans qui opposera les forces fédéralistes du mal (ou du bien, selon votre allégeance) versus les forces péquistes du bien (ou du mal, selon votre allégeance) dans la dernière chance de l'option souverainiste de créer un pays avant l'assimilation prétendue inéluctable des Québécois de souche par le méchant ROC (Rest of Canada)?

La CAQ sera-t-elle réléguée au rang d'observatrice et de filet politique pour une niche particulière et maigrichonne de l'électorat à l'instar de Québec solidaire? Autrement dit, y a-t-il une place pour une troisième voie dans le paysage politique du Québec?

Permettez-moi de répondre oui. Et cette voie n'est pas nécessairement celle exclusivement des mangeurs de chou frisé (kale) du Plateau.

Le règne du bipartisme

Il est vrai que rarement trois partis s'échangent le pouvoir de façon régulière et ordonnée. Qu'on pense au système parlementaire britannique ou américain. Le bipartisme est de rigueur, malgré la présence d'occasionnels tiers partis. Cependant, au Québec, on peut observer une variante du bipartisme où un tiers parti surgit de nulle part pour remplacer un parti qui se meurt: on a qu'à penser à l'Union nationale remplacée par le Parti Québécois, même si probablement il ne s'agissait pas du tout du même électorat.

Par la suite, l'Action démocratique du Québec a réussi à se faufiler jusqu'à l'opposition officielle, et certains pensent que la CAQ est l'ADQ déguisée, mais je n'en suis pas sûr. Ce n'est pas parce que certains députés de l'ex-ADQ se sont retrouvés à la CAQ que ce parti ne peut partir sur une nouvelle branche. Si on appliquait ce raisonnement simpliste à tous les transfuges, le Bloc québecois serait en fait le Parti conservateur, l'ADQ aurait été le Parti libéral déguisé, ainsi que le PQ. Vous me direz qu'il y a une différence entre un schisme et une émigration massive vers un nouveau parti; je répondrai que Legault provient d'un schisme avec le PQ, et les Anglophones québécois sont nombreux à associer la CAQ au PQ, et non à l'ADQ.

La troisième voie de la politique québécoise

La vérité est que la CAQ est la troisième voie tant attendue, mais son problème est que les élections provinciales au Québec sont référendaires depuis 1976, n'en déplaise à certains analystes qui soutiennent le contraire.

À chaque fois que le PQ se pointe le nez à une élection, une grande partie des électeurs sortent le drapeau du Canada ou celui du Québec. Un parti neutre comme la CAQ n'apporte rien au débat référendaire et, surtout, ne rassure ni un camp, ni l'autre. Je doute que son virage nationaliste y change grand chose. Les électeurs pensent binaire quand il s'agit de la séparation du Québec et on a vu ce que ça a donné quand René Lévesque et Lucien Bouchard ont essayé de nous faire réfléchir en nuances de gris. À tort ou à raison.

Je prédis donc la gloire de la CAQ seulement à la destruction du PQ.

Et pourquoi la troisième voie ne serait pas Québec solidaire? Oui, bien sûr, pourquoi pas? Même si un météorite tombait sur Terre et l'enjeu devenait écologique du jour au lendemain, il est faux de penser qu'en temps de crise, les partis au pouvoir ne prendraient pas tous un virage écologique malgré leurs idéologies, conservatrices ou pas. Québec solidaire n'offrirait rien de plus dans une crise écologique; il faudrait plutôt un virage gauche au Québec (surement pas venant de la Capitale) mais on a vu que le supposé virage gauche vers le NPD en 2011 était plutôt un virage Jack; qu'en 2012 aux élections provinciales je me demande bien où était cette vague gauche; et qu'en 2015 je doute que c'est la gauche qui a aimé Justin. Pour toutes ces raisons, Québec solidaire est celui qui est vraiment sur la voie de garage.

Il est plutôt triste de constater que le droit de vote égal pour tous favorise les belles dents blanches et les beaux cheveux ainsi que les «belles» professions: docteur, docteur et docteur. Parce que, malheureusement, l'électorat n'est pas politisé également. Au détriment des idées (avouées ou cachées) des politiciens qui façonneront un pays, une province, pour quatres années.

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