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17/11/2015 09:43 EST | Actualisé 17/11/2016 05:12 EST

La meute des loups solitaires

Tout comme les kamikazes japonais de 1945, le terrorisme est un acte désespéré d'un adversaire se sentant déjà vaincu. Face à une puissance organisée, il ne peut qu'égratigner la résilience d'un peuple, mais jamais l'endommager

Aussi horrible que cet attentat puisse nous apparaître dans notre vulnérabilité de citoyen de tous les jours, il n'en demeure pas moins un événement rare, comme un avion qui s'écrase ou un piano qui tombe sur la tête de quelqu'un. Comprenez bien que je ne minimise pas la charge émotionnelle associée à de tels attentats: un mort par un terroriste sera toujours un mort de trop. Il est inutile de tenter de classer la gravité des attentats par leur nombre, leur situation géographique, ou l'«importance» des personnes visées. Tous les attentats sont regrettables, mais malheureusement probablement inévitables. Il faut les accepter comme des événements de la vie humaine et, à moins que les hommes apprennent à vivre d'amour, nous verrons encore guerres et attentats dans notre existence.

Un échec

Mais je crois que les terroristes ont échoué dans le cas de Paris. Les Parisiens en sortent victorieux, bien que meurtris. Pour le prouver, prenons le 11 septembre 2001. Il est indéniable qu'Al-Qaïda y a remporté une victoire tactique, si ce n'est par la destruction de deux tours, une minicrise boursière les jours suivants, sans compter le nombre effarant de morts, 2977même si le plan initial impliquait la destruction de gratte-ciel dans plusieurs villes américaines importantes, ainsi que du Pentagone, du Capitole et de la Maison-Blanche. Heureusement, ils n'ont pas été si chanceux. Ultimement, Al-Qaïda ne put jamais répéter son tragique exploit, son leadership et ses infrastructures furent décimés par le contre-terrorisme et, possiblement, l'État Islamique a pris la relève.

Une autre victime du 11 septembre est le public américain et la perte de libertés individuelles par une surveillance accrue et une réponse disproportionnée des autorités, pour une menace imaginée qui n'est jamais apparue, comme une attaque sur une centrale nucléaire ou une bombe remplie d'éléments radioactifs. Des ressources qui auraient été mieux appliquées au contre-terrorisme à l'étranger ou à la diplomatie, plutôt que poursuivre une guerre sur le terrain qui continue à alimenter les sentiments belliqueux des futurs terroristes, permettant un cycle ininterrompu d'attentats tel que nous vivons peut-être présentement.

Ce qui me ramène à la raison pour laquelle les attentats de Paris ne sont même pas une victoire tactique pour ces terroristes, malgré le nombre de morts et blessés et l'effroi justifié de la population.

Contrairement à ce qu'on prétend, ces attaques me semblent plutôt brouillonnes, leurs seules qualités étant une logistique qui a fourni les armes et explosifs, ainsi que de démarrer à la même heure. À partir de là, tout s'est mal déroulé pour les 7 ou 8 terroristes.

L'attaque au stade fut un échec: je ne sais pas s'ils prévoyaient d'assassiner le président Hollande ainsi que plusieurs centaines de personnes en grappes, mais cela ne s'est pas produit. Les attaques sur les cafés et restaurants, peut-être un acte de diversion contre les forces policières, ne feront jamais s'écrouler l'industrie touristique de Paris. Enfin, le carnage au Bataclan, une tuerie réminiscente des fosses communes à Auschwitz, aurait pu tourner au cauchemar de plus de 1 000 morts si ce n'était de l'intelligence de la majorité des spectateurs de fuir au bon moment et de sauver les blessés.

Je n'ai aucune difficulté à affirmer que les citoyens parisiens sortent victorieux de cet affrontement. Plusieurs terroristes armés contre une population sans aucune défense, tous les terroristes tués (en laissant des traces de leurs origines) et des pertes de vies beaucoup moindre que l'on aurait pu craindre avec un tel arsenal. Sans oublier le peuple français, au complet maintenant en guerre contre le terrorisme (si ce n'était déjà le cas) et un gouvernement qui vient de se réveiller (quoique cela puisse rajouter de l'huile sur le feu).

J'affirme donc que le terrorisme ne fonctionne pas.

De simples kamikazes

Tout comme les kamikazes japonais de la fin de la Deuxième Guerre mondiale, le terrorisme est un acte désespéré d'un adversaire se sentant déjà vaincu. Face à une puissance organisée, il ne peut qu'égratigner la résilience d'un peuple, mais jamais l'endommager.

Je ne connais aucun cas de terrorisme qui a mis à genoux un pays, sauf peut-être les états barbares d'Afrique du Nord, ces pirates de Méditerranée du 18e et 19e siècle qui demandaient un tribu aux flottes marchandes des pays civilisés  -et, encore là, les États-Unis ont réussi à y mettre un terme en construisant leur nouvelle flotte militaire. Si vous connaissez une organisation terroriste qui est arrivée à ses fins sans représailles, s'il-vous-plaît faites-le moi savoir.

À la base, ces attentats sont l'oeuvre de suicidaires qui veulent partir avec d'autres vers une dimension meilleure, croient-ils erronément. Ce sont des loups solitaires, tout comme le pilote allemand qui a plongé un avion sur le flanc d'une montagne en France. Qu'ils agissent en meute ou séparément, ils sont généralement peu organisés, peu importe leurs motivations toujours délirantes et rarement légitimes. Ils sont inévitables, font partie de la nature humaine. Si l'on est malchanceux, on tombe sous leurs balles. Pour la majorité d'entre nous, ce ne sera pas le cas, tout comme nous serons très peu à mourir dans un écrasement d'avion.

On doit donc les ignorer (et laisser nos gouvernements s'occuper de ce problème qui nous dépasse) et leur opposer, en tant que citoyens, ce qu'ils veulent nous enlever: continuer à vivre sans peur.

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