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05/04/2017 09:22 EDT | Actualisé 05/04/2017 09:22 EDT

Les militants des droits de la personne dénoncent le budget Leitao

Les prises de position du Tribunal des droits de la personne et de la Jeunesse se rapprochent de la forme de justice du célèbre Tribunal de l'Inquisition du Moyen-âge.

«Le Regroupement des organismes en défense collective des droits» (RODCD) dénonce le budget Leitao qui ne donne rien aux organismes en défense des droits. Ce budget consacre ce que les militants du lobby des droits de la personne nomment «le sous-financement des organismes de défenses collectives des droits». Le RODCD rassemble 22 regroupements et organismes nationaux et représente 320 organismes en défense collective des droits partout au Québec.

Récemment, un autre membre de ce regroupement, le lobby de La Ligue des Droits et Libertés (LDL) «a exigé le retrait pur et simple du projet de loi 62, de la ministre de la Justice du Québec, Stéphanie Vallée». Et surtout de son article 9 ayant «une portée discriminatoire, constituant du profilage religieux», selon son président, Christian Nadeau professeur de philosophie à l'Université catholique de Montréal. L'obligation d'avoir le visage découvert constitue, selon lui, une «discrimination indirecte». Selon le professeur Nadeau, le droit à l'égalité homme femme est inférieur au droit de conscience et de religion. La LDL juge que le projet ne va pas assez loin dans la protection des femmes voilées.

Pour mieux comprendre les luttes des groupes des droits, je suggère d'étudier le contexte historique qui leur a donné naissance avec l'apparition des chartes des droits.

Un grand nombre de Québécois modernes, éclairés par les Lumières travaillent avec acharnement depuis 1960, pour établir la séparation des pouvoirs entre le judiciaire, la religion et l'état comme le suggérait Montesquieu. Les gens cultivés refusent de prioriser un droit par rapport à un autre. Paradoxalement, des membres de la société civile tentent de ramener l'aspect sacré des religions en voulant que leurs organismes retrouvent les mêmes avantages dont bénéficiaient les groupes religieux.

Le nombre de pratiquants religieux et de curés diminue drastiquement. Les églises ferment, mais je constate que malheureusement, d'autres radicaux se lèvent pour reprendre le flambeau en voulant sacraliser leur cause et la situer au-dessus des autres. C'est la tâche que s'est donnée le philosophe catholique Charles Taylor qui voudrait empêcher les critiques des religions en plaçant la liberté religieuse au-dessus de la liberté de parole ou de l'égalité homme femme. Les écologistes, ceux qui veulent faire de l'éducation une priorité, les LGBTQ, etc. tous veulent sacraliser leur cause pour qu'elle devienne prioritaire. Chaque groupe de pression, chaque lobby, chaque corporation dans notre société veulent récupérer les avantages accordés autrefois à la religion. Tous ces groupes exigent plus de subventions gouvernementales pour les aider dans leur cause.

Le lobby des Droits de la Personne veut que l'État sacralise les droits. Je me demande si ses membres sont enregistrés comme lobbyistes! Ce lobby se base sur des textes sacrés, les Chartes québécoises et canadiennes des droits. Le juge en chef de la Cour suprême, Antonio Lamer a déclaré, peu après l'adoption de la Charte canadienne par le Parlement en 1982, «L'adoption de la Charte des droits et libertés» représente une révolution comparable à l'introduction du système métrique, aux grandes découvertes médicales de Louis Pasteur, à l'invention de la pénicilline et au rayon laser. Son attitude et ses jugements, à l'opposé du traditionnel «droit de réserve des juges» ont donné naissance à une nouvelle expression «l'activisme judiciaire» et à un nouveau concept le «chartisme». Ces fameuses chartes ont protégé la plupart du temps des criminels. Ces chartes placent les biens individuels au-dessus du bien commun. En 1985, le juge Lamer «remerciait Dieu pour la Charte» selon le Globe and Mail.

C'est ce que voulait expliquer Rodrigue Tremblay dans un texte de 2013. «Cependant, l'introduction d'une «Charte des droits et libertés», basée sur l'idéologie politique du multiculturalisme (art. 27), et en confiant à la Cour suprême le soin d'invalider les lois des Parlements élus qui ne sont pas compatibles avec cette idéologie, c'est tout un pan des pouvoirs des élus et du peuple qui a été transféré aux juges non élus. C'est dans cette perspective que l'on peut parler au Canada d'un «gouvernement des juges», comme on parle en Iran d'un «gouvernement des ayatollahs». Depuis 1982, la Cour suprême du Canada est de facto devenue une Cour «multiculturelle» suprême, laquelle limite grandement les prérogatives des Parlements élus et renforce les pouvoirs discrétionnaires d'une oligarchie juridique non élue.» En plaçant le droit à la liberté de conscience, donc du port du voile, au-dessus du droit à l'égalité homme femme, le projet de loi 62 défend le port du voile.

Le communautarisme, associé à l'idéologie canadienne officielle du multiculturalisme, vient appuyer tous ces groupes minoritaires qui ont compris que les tribunaux leur donneraient ce que le parlement et les élus leur refuseraient. Les prises de position du Tribunal des droits de la personne et de la Jeunesse se rapprochent de la forme de justice du célèbre Tribunal de l'Inquisition du Moyen-âge.

Ce tribunal des Droits de la personne tire sa force du fait que ses avocats sont payés par l'État. Dans le cas de la poursuite du «Petit Jérémy» contre Mike Ward, peu d'observateurs et de commentateurs ont souligné que normalement, ce procès aurait dû se retrouver devant un tribunal civil. Dans ce cas, le Petit Jérémy aurait dû payer son avocat. En faisant appel au Tribunal des Droits de la personne et de la Jeunesse, il a été défendu gratuitement par l'avocat de la CDPDJ. Les femmes voilées qui porteront plainte pour non-respect de leur droit à porter le voile vont être défendues de la même manière, gratuitement.

En refusant d'augmenter leur financement, le gouvernement actuel et le ministre Leitao portent un jugement sur leur utilité.

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