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01/03/2018 09:00 EST | Actualisé 01/03/2018 09:00 EST

Monsieur Moreau, votre ministère a-t-il saboté les inspections de puits abandonnés?

TEXTE COLLECTIF Depuis 2010, nous avons inspecté près de 300 puits de forage pétroliers et gaziers, dans le cadre d’initiatives citoyennes motivées par l’importance des enjeux et l’inertie du gouvernement dans ce dossier.

Puit découvert au Site Matapédia 1 à Val-Brillant.
Martin Poirier
Puit découvert au Site Matapédia 1 à Val-Brillant.

Monsieur le Ministre,

On nous surnomme « chasseurs de puits abandonnés ». Depuis 2010, nous avons inspecté près de 300 puits de forage pétroliers et gaziers, dans le cadre d'initiatives citoyennes motivées par l'importance des enjeux et l'inertie du gouvernement dans ce dossier.

Parmi les puits que nous avons cherchés, nous en avons localisé plus de 8 sur 10 et « vu de nos yeux vu » environ 5 sur 10. Parmi les puits vus, car hors-terre ou excavés, nous avons observé que la quasi-totalité n'était pas conforme. Plusieurs présentaient des signes de dégradation du coffrage ou laissaient échapper des hydrocarbures; d'autres ne respectaient pas les règles de fermeture des puits.

Par contraste, comme l'a révélé le RVHQ le 15 février dernier, les inspecteurs du ministère de l'Énergie et des Ressources naturelles (MERN) ont vu seulement, en moyenne, 1,3 puits sur 10 parmi ceux qu'ils ont cherchés en 2017. Même un puits de gaz de schiste foré en 2009 a été déclaré introuvable! Le service d'inspection du MERN n'en a pas moins déclaré « conformes » 9 puits sur 10, soit 191 des 212 puits recherchés.

L'écart important entre les résultats du MERN et les nôtres soulève bien des questions. Ni l'âge des puits recherchés, ni les régions où ils se trouvent, ni la grandeur de l'échantillon ne l'expliquent. Comment donc les équipes citoyennes parviennent-elles à trouver 4 fois plus de puits que le MERN?

Comment donc les équipes citoyennes parviennent-elles à trouver 4 fois plus de puits que le MERN?

Elles prennent le temps de le faire, tout simplement.

Au lieu de nous fier aveuglément aux coordonnées officielles, consignées dans le système SIGPEG de votre ministère, nous étudions les données originales de localisation, interrogeons les résident.es et utilisons parfois des photos satellitaires ainsi que divers autres outils. La plupart des puits étant enfouis, nous creusons le sol afin d'en confirmer la présence, ce qui nous permet aussi de contrôler l'intégrité du coffrage. Tout en excavant, nous vérifions la présence de contaminants dans le sol et de méthane dans l'air.

Le MERN a procédé bien différemment pendant son blitz d'inspection de 2017, si on en juge par les rapports d'inspection. Ces rapports révèlent qu'aucun des 212 puits recherchés n'a été excavé à ce jour. Presque à tout coup, votre service d'inspection semble avoir simplement déclaré « conforme » tout emplacement correspondant aux coordonnées SIGPEG quand « à la surface, il n'y a pas de signe de contamination ou d'émanation de gaz », comme votre bureau l'a confié au Devoir. En d'autres termes, dans la vaste majorité des cas, les observations et les mesures ont été prises là où aucun puits ne se trouvait : ce sont dans ces cas-là des simulacres d'inspection et non des inspections qui ont été menés.

Quand le MERN a compris que sa position était indéfendable, à la suite de la diffusion du communiqué du RVHQ, il a paré le coup en déclarant au Devoirqu'il « ne détient pas toute l'information requise pour localiser les puits abandonnés », et a lancé deux appels d'offres « pour améliorer sa connaissance sur la localisation et l'état des puits »[3].

Pourquoi alors, si le MERN « ne détient pas toute l'information requise pour localiser les puits abandonnés », a-t-il effectué en 2017 plus de 200 inspections sur des bases douteuses et fermé les dossiers de plus de 150 puits? Pourquoi a-t-il déclaré « conformes » 138 puits qu'il n'a jamais trouvés?

A-t-il volontairement saboté la mise en œuvre du plan d'inspection afin d'éviter des résultats qu'il savait par avance devoir être embarrassants?

Croyait-il ainsi faire taire les citoyens avant de mettre en vigueur sa honteuse Loi sur les hydrocarbures?

Les signataires de cette lettre exigent du gouvernement une rigoureuse reddition de comptes sur les inspections des puits d'hydrocarbures et surtout qu'il arrête de jouer à l'autruche avec les puits enfouis sur notre territoire. Nous, signataires, décrions cet état de fait et demandons par la présente d'ici le 9 mars une rencontre d'une heure avec vous afin de clarifier les faits.

Liste des cosignataires:

Pascal Bergeron, St-Omer

Marc Brullemans, Trois-Rivières

Françoise Brunelle, Bécancour

Raymond Croteau, Bécancour

Jean Falaise, Durham-Sud

Serge Fortier, Sainte-Marie-de-Blandford

Alain Guillon, Victoriaville

Albert Geuzaine, Verchères

Lise Houle, Verchères

Rosalie Laframboise, Montréal

Jean-Pierre Leduc, Bécancour

Louise Morand, L'Assomption

André Péloquin, Sainte-Julie

Patricia Posadas, Rimouski

Martin Poirier, Rimouski

Stéphane Poirier, Amqui

Odette Sarrazin, Saint-Gabriel-de-Brandon

Nastassia Williams, Gaspé