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24/03/2017 09:08 EDT | Actualisé 24/03/2017 09:08 EDT

Charte des valeurs: ne touchez pas à l'islam! (partie 2)

Ne faisons pas l'erreur de penser que le projet de charte est derrière nous et que ce qui se passe aujourd'hui est lié aux récents évènements de Québec.

Si le projet de Charte des valeurs est mort au feuilleton avec la défaite électorale du Parti québécois en avril 2014, les opposants à celle-ci n'ont toutefois pas baissé les bras pour autant. Pour ces derniers, la bataille se poursuit dans un but bien précis; prévenir toute récidive d'un quelconque projet de charte des valeurs qui interdirait le port du voile islamique dans les institutions publiques. L'idée est fort simple, on ne veut pas de rechute. D'autant plus que cela risquerait de s'étendre au reste du Canada.

La stratégie développée pour empêcher toute récidive se déclinera donc en deux volets; le premier étant celui de la propagande idéologique nécessaire pour nous convaincre de l'existence de l'islamophobie et du racisme systémique de la société québécoise. Le second volet sera celui de déplacer le débat sur la laïcité du politique vers le juridique dans le but de limiter la liberté d'expression, de censurer toute critique de l'islam et d'exposer ceux qui s'y risquent à d'éventuelles poursuites devant les tribunaux. Voilà en gros, la réplique structurée et planifiée à laquelle travaillent les opposants à la charte des valeurs.

Les intellectuels qui ravalent la nation québécoise à n'être qu'une majorité ethnoculturelle colonialiste et impérialiste sont particulièrement actifs sur ce terrain.

À partir de 2014, on verra donc se multiplier les symposiums, les colloques, les panels universitaires sur l'islamophobie et le racisme, sans oublier les nombreuses chaires de recherches du Canada consacrées à ces thèmes, les conférences, les dossiers spéciaux dans des revues spécialisées ou destinées à un plus large public. Les intellectuels qui ravalent la nation québécoise à n'être qu'une majorité ethnoculturelle colonialiste et impérialiste sont particulièrement actifs sur ce terrain.

Ils ont comme alliés les féministes pro-voile, les islamo-gauchistes, les catholiques de gauche souvent présentés comme des experts de l'islam et des représentants de groupes musulmans qui, de leur côté, se constituent en lobby auprès du Parti libéral du Québec de même que celui de Justin Trudeau à Ottawa.

Bref, il s'agit pour tous ces gens de fournir un effort soutenu et concerté dans le but d'obtenir de la classe politique une reconnaissance officielle du phénomène de l'islamophobie au Québec et au Canada, d'anéantir définitivement toute volonté de critiquer l'islam et ultimement de légiférer à nouveau sur cette épineuse question du voile.

Ainsi dès l'automne 2014, des recommandations ont été faites au gouvernement libéral par la Commission des droits de la personne et de la jeunesse afin, disait son président, «de poursuivre ceux qui critiquent la religion islamique». Au même moment, le gouvernement Couillard rencontrera de prétendus représentants de la communauté musulmane.

À la suite de cela, la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, déposera conjointement, en juin 2015, le projet de loi 59 qui, sous prétexte de vouloir lutter contre les discours haineux, faisait la promotion de la censure sur l'islam et le projet de loi 62 se résumant à une ouverture maximale aux religions. Ces deux projets de loi constituent, de l'aveu même de la ministre, l'essentiel de la réponse du Parti libéral au projet de charte des valeurs du Parti québécois.

En octobre 2015, une motion condamnant l'islamophobie sera présentée par Françoise David à l'Assemblée nationale et adoptée à l'unanimité. En mai 2016, faisant face à une forte opposition, la ministre Vallée abandonne son projet de loi 59, un projet de loi liberticide auquel était pourtant favorable la majorité des représentants de groupes musulmans qui se sont présentés en Commission parlementaire.

En septembre 2016, après l'échec du projet de loi 59, Amir Khadir revient à la charge et dépose à l'Assemblée nationale une pétition demandant la mise sur pied d'une Commission de consultation sur le racisme systémique.

Finalement une motion condamnant toute forme d'islamophobie (M-103) a été présentée au Parlement canadien en décembre 2016 par la députée libérale et musulmane Iqra Khalid. Elle a été adoptée par plus des deux tiers des élus présents lors du vote le 23 mars dernier. Cette motion, en plus d'attester de la reconnaissance officielle de la classe politique face à l'islamophobie, est de toute évidence un premier pas indispensable vers une éventuelle législation contre celle-ci, qui ferait barrage à une possible constitutionnalisation de l'interdiction du port de signes religieux dans les institutions publiques au Canada.

Tous ces efforts et ces initiatives ont eu lieu avant l'attentat à la mosquée de Québec et elles ont pour point de départ le projet de charte des valeurs.

L'attentat à la mosquée de Québec pour lequel, je le répète, nous ignorons toujours tout, n'a fait que légitimer, décomplexer et révéler au grand jour le travail acharné du lobby musulman qui s'affairent dans les coulisses du pouvoir depuis le projet de charte des valeurs.

Doit-on s'étonner que dix jours après l'attentat de Québec, une quarantaine de groupes musulmans aient demandé aux trois paliers de gouvernement d'adopter des mesures concrètes pour lutter contre l'islamophobie? Ne faisons pas l'erreur de penser que le projet de charte est derrière nous et que ce qui se passe aujourd'hui est lié aux récents évènements de Québec.

Ce qui se passe aujourd'hui n'est que la suite de la bataille contre la charte des valeurs du PQ. Une bataille où les planètes libérales sont souverainement bien alignées pour définir des orientations tant sur le plan social, politique, économique et juridique pour contrer l'islamophobie, assortie de moyens musclés visant à judiciariser et empêcher tout débat sur l'islam et la laïcité.

Aujourd'hui, non seulement la laïcité régresse, mais la défense de celle-ci se transforme en combat pour la liberté d'expression.

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