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06/04/2018 09:00 EDT | Actualisé 06/04/2018 09:00 EDT

Faire entrer la formation professionnelle au 21e siècle

La formation professionnelle ne serait-elle pas mieux servie par un financement prévisible, stable et récurrent en fonction des inscriptions aux programmes?

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Le budget du Québec pour l'année 2018-2019 a été déposé la semaine dernière par le ministre des Finances, Carlos Leitão. Bien que ce budget présente un grand nombre de hausses de postes de dépense (franchement électoralistes dans certains cas, avouons-le), on ne peut s'empêcher de remarquer une grande absente au tableau des annonces : la formation professionnelle.

Malgré un contexte où le ministère de l'Emploi et de la Solidarité sociale annonce que le Québec devra combler 1,4 million d'emplois d'ici 2022 et que 54 % de ces emplois nécessiteront une formation secondaire ou professionnelle, nous attendons toujours une vision cohérente et un projet structurant pour la formation professionnelle au Québec.

Un enjeu de taille pour nos régions

Ce ne sont pas les besoins qui manquent. Les entreprises sont à la recherche d'une main-d'œuvre qualifiée. Le problème est particulièrement criant en région où s'installe une sorte de cercle vicieux : faute de main-d'œuvre, les entreprises peinent à recruter et ferment leurs portes, les jeunes quittent alors leur région pour aller étudier et travailler dans les grands centres et le cycle recommence.

Puisqu'il y a moins de jeunes, le potentiel pour démarrer une cohorte dans un programme donné n'est pas toujours au rendez-vous. Résultat : on n'offre pas de programme, faute d'inscriptions. Pourquoi priver les jeunes d'une formation qui leur donnerait les qualifications requises pour occuper un emploi dans leur région?

Pourquoi priver les jeunes d'une formation qui leur donnerait les qualifications requises pour occuper un emploi dans leur région?

On pourrait, par exemple, mettre sur pied un panier régional de formations pour assurer un plancher de programmes offerts dans chaque région.

Il faut aussi assurer la promotion de cette formation en rétablissant les budgets de publicité pour faire connaître les programmes de formation professionnelle offerts localement et régionalement. Si on ne sait pas que la formation existe, on ne peut pas vouloir s'y inscrire! Une étude révélait d'ailleurs que 57 % des élèves de quatrième secondaire de l'île de Montréal auraient aimé être plus informé à ce propos. Un petit coup de pub s'avérerait bénéfique!

Revoir le financement

En ce moment, le mode de financement des programmes de formation professionnelle ne fait aucun sens. Plutôt que d'être financés par tête de pipe, comme c'est le cas pour la formation générale, les centres de formation professionnelle sont financés « à l'examen ». C'est-à-dire qu'ils reçoivent leur subvention en fonction du nombre d'élèves qui passe les examens contenus dans leur programme, ce qui est absurde!

Prenons le cas d'une cohorte de 20 élèves dans un programme donné. Ils suivent les cours, bénéficient de suivis personnalisés avec leurs enseignantes et enseignants, utilisent les infrastructures du centre de formation, etc. Si jamais d'aventure, 5 élèves quittent le programme avant d'avoir passé des examens (pour toutes sortes de raisons toutes plus légitimes les unes que les autres), le centre ne reçoit pas un sou. La formation professionnelle ne serait-elle pas mieux servie par un financement prévisible, stable et récurrent en fonction des inscriptions aux programmes? Poser la question, c'est y répondre.

Il est grand temps de faire entrer la formation professionnelle au 21e siècle.

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