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18/11/2015 07:47 EST | Actualisé 18/11/2016 05:12 EST

Les plantes vertes

Qu'on se le tienne pour dit: au Québec, les enfants ne commencent à se développer qu'à l'âge de 5 ans et pas avant. Admettez que vous ne l'aviez pas vu venir, celle-là!

Ce n'est que récemment que j'ai réalisé l'erreur. Qu'ils soient récipiendaires du Nobel d'économie, sommités au sein de l'OCDE, de l'ONU ou de la Direction de la santé publique de Montréal, chercheurs en petite enfance du Québec ou encore, parents: les experts ont tout faux.

En effet, étonnamment, il semble que les enfants du Québec ne se développent pas avant que ne survienne, à l'âge de 5 ans, un mystérieux phénomène relevant d'une «science» inédite.

C'est comme si, dès son premier souffle, un enfant entre dans une espèce d'hibernation développementale, rendant inutile toute intervention susceptible de favoriser son développement. Puis, magie! Lorsqu'il cumule 5 années d'hibernation, à l'équinoxe d'automne, l'ADN de l'enfant se transmute, provoquant ainsi une sortie immédiate de sa dormance.

Qu'on se le tienne pour dit: au Québec, les enfants ne commencent à se développer qu'à l'âge de 5 ans et pas avant.

Admettez que vous ne l'aviez pas vu venir, celle-là!

Maintenant que nous savons, nous comprenons mieux pourquoi le gouvernement parle bien davantage de garde que d'éducation quand il s'agit des enfants d'âge préscolaire. Nous comprenons également mieux pourquoi il est porté à considérer le budget consacré aux services de garde éducatifs comme une dépense et non comme un investissement.

En effet, pourquoi investir dans une éducation de qualité destinée au développement des jeunes enfants quand ceux qui la reçoivent ne sont que des plantes vertes? À la limite, jusqu'à leur sortie d'hibernation, ne devrions-nous pas dépenser tout juste ce qu'il faut pour que nos végétaux reçoivent leur dose d'eau et de soleil? Le Québec peut-il se payer le «luxe» d'en faire plus?

Et lorsque nos enfants sortiront miraculeusement de leur hibernation à leur arrivée à l'école, ils seront de toute façon accueillis dans un système scolaire regorgeant de ressources financières et humaines nécessaires à leur épanouissement et leur développement! Et pour ceux dont l'enfant ferait face à un défi particulier, avec un peu de chance, peut-être seront-ils pris en charge quelque part dans leur parcours scolaire? Et si les astres sont bien alignés, on arrivera possiblement à limiter les dommages avant que le goût ne leur prenne de décrocher pour de bon.

Trêve d'ironie, l'investissement précoce en éducation ne repose pas sur la vision d'idéalistes.

Elle s'articule sur des fondements scientifiques non contestés prouvant que chaque dollar investi maintenant rapportera plus tard 7 dollars à la société. A-t-on vraiment le «luxe» de négliger les premières années précoces de développement de nos enfants?

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