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28/10/2015 08:59 EDT | Actualisé 28/10/2016 05:12 EDT

Élection fédérale 2015: un point de vue de gauche

On pourra fait le bilan complet du sabotage du NPD par Mulcair, mais il faudra du même souffle se demander pourquoi le NPD s'est laissé saboter aussi facilement.

Il y a des raisons de se réjouir du résultat de l'élection fédérale de lundi. D'abord, Harper et son gouvernement conservateur radical ont été battus. Ensuite, le parti porté au pouvoir a fait campagne sur le partage de la richesse et s'est dit prêt à faire des déficits pour relancer une économie en panne. Enfin, des idées de gauche étaient portées, lors d'une campagne électorale, par un parti qui avait une chance de prendre le pouvoir... et qui l'a obtenu.

Ce sont des avancées significatives pour la gauche. Cette élection a prouvé qu'on pouvait gagner le pouvoir en se drapant de ses idées. Rappelons, à titre de comparaison, que les trois partis provinciaux québécois ayant le plus de députés embrassent le dogme néoconservateur du déficit zéro à tout prix. Cette élection fédérale pourrait inspirer un de ces trois partis à s'aligner autrement, ou donner des ailes à Québec solidaire, dont l'action est guidée depuis sa naissance par des idéaux de gauche. Surtout que, si on ajoute la campagne du NPD de Jack Layton en 2011, on constate que c'est la deuxième fois en 4 ans que les Québécois donnent une très forte majorité au parti fédéral qui fait campagne à gauche.

L'aspect étonnant est évidemment que ce soit le Parti libéral du Canada (PLC) qui ait fait campagne sur ces thèmes et non le Nouveau Parti démocratique (NPD). Or, on peut douter sérieusement de la sincérité de la nouvelle vocation progressiste du PLC. Avant le révolution néoconservatrice de Harper, il était évident pour tous que le PLC était à droite au point de vue fiscal, même s'il était libéral au point de vue social et qu'il pouvait même avoir des touches authentiquement progressistes au point de vue des relations internationales (y compris en ce qui a trait aux traités environnementaux).

Quel bilan faire du NPD? Thomas Mulcair a réussi à en faire un parti insignifiant.

Insignifiant au sens ou un NPD qui ne s'affiche pas clairement et fièrement à gauche n'a aucun sens dans l'échiquier politique canadien.

Quoique je me réjouisse de la défaite de Harper et du retour de thèmes de la gauche lors d'une campagne électorale, j'éprouve aussi une réelle tristesse à constater cette déchéance du NPD. J'y ai milité en 2011-2012. J'y ai rencontré des centaines de Canadiennes et de Canadiens authentiquement à gauche. En d'autres lieux, on pourra fait le bilan complet du sabotage du NPD par Mulcair, mais il faudra du même souffle se demander pourquoi le NPD s'est laissé saboter aussi facilement. Le brutal virage vers la droite du NPD mené par Mulcair démontre que ce parti était fragile, sinon dans ses convictions, à tout le moins dans ses structures.

La gauche devra aussi se demander quelle présence elle veut dorénavant avoir sur la scène politique fédérale. Si le NPD revenait clairement à gauche, il pourrait redevenir son porte-étendard.

Toutefois, si le NPD s'entête dans le cul-de-sac où il est actuellement, il faudra fonder un nouveau parti. Un nouveau parti qui affichera son analyse socialiste et féministe, qui fera la promotion de la redistribution de la richesse, des droits des travailleurs, de la justice sociale, de la science et de l'art, d'une révolution dans nos relations avec les peuples autochtones, de la réduction de notre empreinte écologique et d'une approche humaniste dans les relations internationales.

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