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22/02/2015 08:50 EST | Actualisé 24/04/2015 05:12 EDT

Le jeu de la loyauté

Depuis que PKP s'est lancé en politique, il m'est impossible d'écouter les nouvelles de LCN ou encore de lire un article du Journal de Montréal, sans me demander si les journalistes sont en mesure de faire abstraction de l'idée que leur « ancien patron » reviendra un jour en affaires.

Depuis que PKP, le grand patron de Québecor, s'est lancé en politique, il m'est impossible d'écouter les nouvelles de LCN, les émissions d'affaires publiques à TVA ou encore de lire un article du Journal de Montréal, sans me demander si les journalistes sont en mesure de faire abstraction de l'idée que leur « ancien patron » reviendra un jour de son séjour en politique et qu'il se souviendra de leur loyauté envers Sa personne durant son absence.

Comment ces employés de Québecor peuvent-ils travailler de façon désintéressée devant cette éventualité? La nature humaine étant ce qu'elle est, les journalistes ne peuvent échapper à la « question qui tue » pour utiliser une expression du dimanche soir : qu'est-ce que PKP va en penser?

Je propose donc le jeu de la loyauté qui nous permettra d'établir le classement des personnalités médiatiques et, ainsi, déterminer qui se trouvera en meilleure position lors du RETOUR de PKP. J'utilise les majuscules dans le mot « retour » parce que je ne crois pas que PKP peut ignorer dans ses nouvelles fonctions les intérêts de Québecor malgré sa bonne volonté et ses promesses qui sont devenues, depuis avril dernier, des promesses de politicien. Quel que soit son poste, il ne pourra s'empêcher d'exercer une influence sur l'entreprise bâtie par son père de la même façon que personne n'a cru que Paul Martin n'a pu exercer une influence sur les destinées de Canada Steamship Lines alors qu'il était premier ministre du Canada. Il est irréaliste de penser qu'un homme d'affaires qui a consacré sa vie à une entreprise puisse la faire disparaître de ses pensées.

Le jeu de la loyauté consiste donc à assigner des points de loyauté aux journalistes pour des reportages ou des émissions qui ont le potentiel d'être particulièrement appréciés par le patron. À titre d'exemple, l'émission J.E. du vendredi 13 février traitait de deux sujets qui font peur aux Québécois : la présence d'imans extrémistes au Québec et les heures d'attente dans les salles d'urgence des hôpitaux, deux sujets favoris de l'opposition. Sur une échelle de 1 à 10, je donne un 8 à Paul Larocque.

Dans le Journal de Montréal du 12 février, l'article sur le comportement de PKP durant un spectacle à Rouyn-Noranda, alors qu'il a réclamé une chanson en français, ne contient que des citations du principal intéressé. Je donne 5 points à la journaliste Geneviève Lajoie pour son article et un 2 points additionnels pour le titre « PKP PERSISTE ET SIGNE SUR LE FRANÇAIS. »

Il y a aussi les journalistes qui ont mis leur carrière en veilleuse, mais qui un jour voudront reprendre leur métier. Quoi penser de la lettre conjointe de Bernard Drainville et de Pierre Karl Péladeau? Je ne peux assigner que 4 points à Bernard Drainville. Le nombre de points est modeste parce qu'il y a confusion dans les intentions; cherche-t-il un poste de ministre ou un emploi futur chez Québecor?

Il n'y a pas que les journalistes qui cherchent à se classer dans les bonnes grâces de PKP, il y a aussi les artistes en quête d'une émission à TVA. Cette semaine, en tête du classement, nous retrouvons Christian Bégin à qui j'avais d'abord donné un 7 points pour ses conseils sur la façon d'interpeller le premier ministre du Québec. Après réflexion, j'ai soustrait 3 points pour son manque de classe.

Il ne fait aucun doute que la présence de PKP en politique crée un malaise et de la confusion entre les pouvoirs. Les médias représentent le « quatrième pouvoir » et ils doivent agir comme gardien de l'intégrité face aux trois autres pouvoirs que sont les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. Personne, aussi motivée soit-elle, ne peut penser pouvoir jouer des deux côtés de la patinoire sans créer de la confusion.

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