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20/02/2018 09:00 EST | Actualisé 20/02/2018 09:00 EST

Philosophie, médecine et société

Nous avons lu récemment des propos surprenants concernant les objections à pratiquer l'aide médicale à mourir.

Getty Images

Un médecin de Québec commentait la décision de certaines associations médicales catholiques de justifier leur droit à l'objection de conscience pour des raisons religieuses. Il a signé un commentaire mettant en jeu : médecine, religion et péché. Son texte s'inscrit en cohérence avec ses idées de même cru, publiées dans le dernier numéro de la revue Argument.

Les sujets abordés sont très complexes, soulèvent de sérieuses questions comme de vigoureux problèmes. Je propose quelques pistes de réflexion sur certains thèmes méritant, me semble-t-il, quelques remises en perspectives.

Haro sur l'hypocrisie...

Reconnaître la légitimité de « l'opposition religieuse, ouvertement assumée, et respectueuse d'autrui » est avérée. Prétendre que cette opposition est la révélation d'une posture hypocrite de la part des opposants à l'aide médicale à mourir est une erreur. Pourquoi ? Parce que les questions éthiques sur ces sujets, à l'intérieur même du discours religieux, ne relèvent pas directement du rapport à la foi. Si le croyant a des motivations personnelles de s'opposer, son argumentation réfère à un examen rationnel de la question accessible à tous. Encore faut-il prendre le temps de se livrer à un tel examen plus philosophique que théologique.

Conséquemment, il est normal d'observer une convergence entre les médecins catholiques et toutes les autres personnes partageant leur point de vue sans qu'ils soient eux-mêmes croyants. Je vous invite à lire les livres d'Axel Kahn, médecin athée, il développe un argumentaire très étoffé contre la légalisation de l'aide médicale à mourir. Il n'est pas le seul. Il le fait au nom du plus grand respect de l'accompagnement des mourants.

Les vrais hypocrites, en ces matières, sont ceux qui détournent l'examen des idées en jetant un discrédit par attaque ad hominem. Peut-être est-ce involontaire ? Peut-être est-ce par ignorance ? Peut-être ? Mais l'ignorance n'est jamais une excuse.

Haro sur l'idéologie ...

Dans ce débat, on a bien raison d'insister sur le devoir de ne pas imposer ses convictions personnelles à quiconque. Mais la vraie question ici est celle de l'idéologie. La prétention que la légalisation de l'euthanasie soit une marque d'humanisme, de plus grande compassion ou de respect plus profond des personnes vulnérables ne va pas de soi.

La prétention que la légalisation de l'euthanasie soit une marque d'humanisme, de plus grande compassion ou de respect plus profond des personnes vulnérables ne va pas de soi.

Dans un article paru dans le journal Le Devoir du 14 février dernier, Alain Naud évoquait le péché comme « vilain mot sorti du sac » pour qualifier la posture de médecins catholiques. La formule est intéressante, car le préjugé sur ce mot occulte la chose et cela cautionne le désintérêt ou décourage de tenter de comprendre. N'y va-t-il pas de même à l'égard de l'euthanasie ? Le mot et la chose sont vilains, c'est pourquoi ils ont été enfouis dans le sac cadeau de « l'aide médicale à mourir ». Ici, on ne peut pas être découragé de quoi que ce soit, on est tout simplement détourné.

En faisant de l'euthanasie un soin, on a court-circuité la possibilité de réflexion éthique sur le sujet. C'est une parade sémantique au service d'une idéologie utilitariste sous couvert d'humanisme. Le résultat des courses ? Le Collège des médecins collige ce « soin » nouveau genre dans son code de déontologie et les écoles de médecine l'enseignent comme une pratique responsable et honnête. La machine à consommer lois et techniques est lancée. Certains y voient la marche triomphale du progrès, je pense qu'il faut se garder une petite gêne.

Haro sur l'amalgame ...

Amalgamer la démarche palliative avec celle des praticiens de l'aide médicale à mourir est une autre erreur. Dans les faits, ce sont deux approches complètement différentes. La première, dès l'origine et dans son développement, a exclu la disposition réclamée par les seconds dans un souci avéré de bien accompagner les mourants. Contrairement à ce que pensent certains, refuser à l'usager son droit à demander l'aide médicale à mourir n'est pas nier à la fois sa rationalité et sa volonté de décider. Dans les faits, personne ne refuse jamais ce droit. Le droit de demander est maintenu en tout temps. C'est la prudence d'éviter l'interruption du soin, dont on parle en soins palliatifs. C'est assurer les conditions optimales de l'alliance thérapeutique dont il est vraiment question. Parler de nier la rationalité et la capacité de décider est du grand n'importe quoi ! C'est du prêchi-prêcha idéologique.

Mais dans la lutte promotionnelle de l'idéologie, il est inadmissible de s'amuser à déformer les faits indument. Par exemple, le même Alain Naud a déclaré que la Maison Michel-Sarrazin de Québec « force les malades à signer une reconnaissance de refus de l'AMM». C'est faux, les malades sont informés de la posture soignante de la maison et des raisons la soutenant, et ce, en toute légalité. Il n'y a pas de contrat ni de pression. M. Naud en déclarant n'importe quoi entache la réputation d'une maison dont l'expertise et la qualité du soin ne font pas de doute. C'est bien dommage et cela n'aide en rien la recherche d'un climat serein au service de la conversation sur ces questions délicates.

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