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06/03/2018 09:00 EST | Actualisé 06/03/2018 09:00 EST

Chapeau pour votre livre, M. le ministre!

Notre ministre de l'éducation, Sébastien Proulx, a eu l'heureuse idée d'écrire.

La Presse canadienne/Jacques Boissinot

Je dis « écrire » dans le sens noble du terme. Comme il l'affirme lui-même d'entrée de jeu, « écrire pour lancer un dialogue, inviter à un échange et à des réflexions ».

Je viens de terminer la lecture de son petit opuscule. C'est frais, simple et sans prétention. Il y a un air bon enfant, c'est-à-dire facile à suivre et accessible à tous. C'est un bon point. Quelques dessins, esquissés de la main de l'auteur, complètent l'ensemble. Là encore, je note le caractère bien sympathique de l'entreprise.

M. Proulx souligne quelques truismes. La chose n'est pas si banale. Le monde de l'éducation, vaste et complexe, expose au risque de se perdre dans des dédales, dont nous sommes parfois les instigateurs. Pour éviter de s'enfarger dans le fil d'Ariane et garder le cap sur nos « profils de sortie », le rappel à l'essentiel demande un peu de courage tout de même. De ça, je lui sais gré.

Le ministre Proulx partage avec enthousiasme des fondements pérennes. Il réitère l'idée de l'élève comme agent principal de sa formation ; il reconnaît la place centrale des parents au fondement du goût d'apprendre et de cultiver l'effort ; il dépeint l'enseignant sous les traits d'un être animé par la passion et inspirant ses émules à la réussite. On parle ici d'une réussite humaine, pas seulement professionnelle, on parle, comme l'entendait Montaigne, d'une « tête bien faite ». On ajoute à cela un soupçon de pulchro et apto (beau et convenable) au service de l'élévation des âmes dans des lieux physiques la favorisant. Le tableau est vraiment intéressant.

Je me suis réjoui de tout ce qu'il dit concernant la culture générale, sa nécessité comme son bénéfice.

Je me suis réjoui de tout ce qu'il dit concernant la culture générale, sa nécessité comme son bénéfice. J'ai souri à la jolie distinction entre « l'intelligence artificielle » et « l'intelligence naturelle ». Cette dernière se nourrit de culture générale et devient régulatrice de la première. J'ai applaudi aux propos sur la lecture. Comme lui, je pense que « lire, c'est élire ». L'éducation libérale passe par la rencontre avec ceux dont la pénétration d'esprit offre l'occasion de la conversation et le loisir de comprendre un peu mieux ce que nous sommes. Dans mes classes de philosophie, j'entretiens cela tous les jours.

Bref, je suis sincèrement reconnaissant à ce jeune ministre de l'éducation de s'être livré à un devoir scolaire, digne de ce nom ! Ceci dit, j'ai des réserves et des recommandations.

La principale réserve ne s'applique pas à l'auteur, mais bien au fonctionnaire de l'État. Ces idées, il faut les propulser dans le système. Le temps du pouvoir est nécessairement bref et le ministère de l'Éducation, en raison de sa lourdeur, ne peut s'adapter rapidement. Le défi est d'agir avec courage. À cette enseigne, les vœux pieux, les beaux principes et les nobles intentions sont insuffisants. Comme le dit M. Proulx : « les écrits restent », j'ajoute : « Les actes jugeront leur contenu ! »

J'aurais beaucoup de recommandations. Pour l'heure, je me contenterai d'une seule. L'état actuel de l'organisation des études supérieures, au sein desquelles j'enseigne, propose dans certains modèles universitaires, l'obligation à un professeur occupant un poste de direction de conserver une part d'enseignement inhérent à sa tâche. Il me semble impérieux d'étendre ce modèle à toute la profession et à tous les niveaux, pourquoi ?

Donner de son temps au service de bonnes pratiques en matière d'enseignement nécessite d'assurer une proximité constante avec l'acte d'enseigner. L'enjeu ici est de favoriser le maintien comme le raffinement du « sens enseignant » par analogie avec le « sens marin », dont on vante les mérites dans la formation des équipages de bateaux. Par-delà les tâches précises incombant à la fonction, il est essentiel à mes yeux de conserver une part d'enseignement quand nous sommes investis au service de la vie de l'école. Il y a là un préventif aux menaces constantes de pédagogisme et une hygiène salutaire au profit d'une saine gestion. C'est ce que j'appelle de mes vœux pour un Québec libre par le moyen de l'Éducation.

M. le ministre, je loue votre initiative et j'endosse une large part de vos propos. Mais il faut agir maintenant. En toute amitié, bonne chance!

PS : Ma recommandation est tout à fait réalisable sans jouer dans les conventions collectives. J'en ai déjà fait l'expérience.

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