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02/02/2018 06:00 EST | Actualisé 02/02/2018 06:00 EST

Le mois de l’histoire de la blanchité

Est-ce moi ou j’entends sans arrêt l’expression « la communauté noire » en boucle dans les médias à la veille du Mois de l’histoire de Noirs?

Je serai la première à applaudir quand on enseignera à l’école que la race n’existe pas.
OcusFocus via Getty Images
Je serai la première à applaudir quand on enseignera à l’école que la race n’existe pas.

Qui suis-je?

Ce que tu nommes ou ce que j'énonce?

Qui suis-je?

Un imbroglio plusieurs fois centenaire?

Qui suis-je?

Une femme noire.

Voilà, on a tout dit.

D'où je viens?

De la Négritie.

Quelle langue je parle dans ma communauté noire?

Ah! là tu nous poses une colle.

Alors,

On retourne les questions.

Je suis Noire avant de parler et quand on a vu ça, on a tout vu.

Est-ce moi ou j'entends sans arrêt l'expression « la communauté noire » en boucle dans les médias à la veille du Mois de l'histoire de Noirs? Pourriez-vous me parler de la « communauté blanche »?

Pourquoi les médias enfoncent-ils le problème du racisme en ne nommant pas les choses par leur nom? Parce que le racisme, c'est aussi ça : dire des choses sans les questionner. Soyons clairs : il n'y a pas de « communauté noire » world wide. Je n'ai pas d'affinités naturelles avec les personnes avec le même taux de mélanine dans le sang. Tout ce que je peux déduire quand je vois une personne dite « noire » c'est qu'elle doit subir les mêmes tracas du racisme systémique que moi. Et que, si une femme noire d'Arthabaska met son chien au recyclage et que ça fait la manchette, parce qu'au Québec il y a une sensibilité canine notable, qu'on ne vienne pas me demander des explications.

C'est une création occidentale de toutes pièces. Et là, nous sommes malheureusement encore au temps de l'esclavage. Le Noir (ici, le genre est littéralement superflu) n'est pas un individu avec un nom, ou une histoire ou une origine. Il est Noir et cela suffit tout à fait pour le mettre dans la cale des négriers.

Vous voulez parler du mois de l'Histoire des Noirs. Parlez d'abord de l'histoire de toutes et de tous qui nous rassemblent ici dans un système capitaliste néolibéral. Parlons de l'histoire qui nous a menés ici. C'est une histoire commune qui a partagé le monde en « races » d'abord scientifiquement, puis jusqu'à nos jours, socialement. Endosser la blanchité, c'est en fait ne jamais se poser de questions sur ses privilèges, sur la marche des inégalités. Endosser la blanchité, c'est naturaliser ce qui a une histoire pourtant bien lourde de conséquences. Les histoires sont imbriquées.

Endosser la blanchité, c'est en fait ne jamais se poser de questions sur ses privilèges, sur la marche des inégalités.

La tenue des « autres » dans une altérité radicale a une généalogie. Les théories racialistes, racistes du 17e siècle mettent au monde les Noirs et les Blancs en même temps. Allez lire Gobineau et ses acolytes. Vous la connaissez l'histoire? Hé bien, sans vous surprendre les Noirs se sont mis à exister quand des Européens ont commencé à les définir ainsi. Avant c'était des êtres distincts, chacun avec son individualité, sa langue, ses goûts et plein d'autres choses. Ils existent encore ainsi d'ailleurs et s'il y a un problème à poser c'est la perte irrémédiable de singularité sous l'appellation « Noir ». Ici, il faut lire Fanon.

Il y a assurément des événements importants en février dans la libération de l'esclavage ou du joug de la ségrégation raciale. La création de cette entité « les Noirs » a créé une réalité spécifique aux personnes dites « noires ». Il n'en demeure pas moins que cette histoire il va falloir lui reconnaître tous ses acteurs. Comme il manque au moins la moitié des acteurs dans cette célébration, je peine à célébrer. Non pas parce qu'il n'y a rien à célébrer, mais que cette histoire, elle est la responsabilité de tous et de toutes.

Je serai la première à applaudir quand on enseignera à l'école que la race n'existe pas.

Qu'est-ce qu'on célèbre quand un pan entier de l'histoire est effacé? On célèbre l'amnésie collective ou le déni? Je veux célébrer. Je serai la première à applaudir quand on enseignera à l'école que la race n'existe pas. Pas au post-doctorat avec un prof spécialisé en Négritie, non, dès le primaire.

Certes, beaucoup de gens sont prêts à dire que certaines erreurs ont été commises, que c'est bien regrettable. Là-dessus, je n'appellerais pas « une erreur » quelque chose qui a duré environ 500 ans. Mais ces mêmes personnes qui ont le choix entre CV d'un dénommé Kimato ou Tchak ou Pierre-Louis, ou Talbi refont la même erreur, car, bien entendu, ils ne les choisissent pas.

Voilà le choix qui vous est offert quand vous postulez à la Ville de Montréal si vous n'êtes pas blancs :

- Autochtones : Indiens, Inuits ou Métis du Canada.

- Minorités visibles : personnes, autres que les autochtones, qui ne sont pas de race ou de couleur blanche. à titre d'exemple: personnes de descendance ou originaires d'Afrique, d'Haïti, de la Chine, de pays arabes, de l'Amérique latine, etc.

- Minorités ethniques : personnes, autres que les autochtones et les personnes d'une minorité visible, dont la langue maternelle n'est pas le français ni l'anglais. Aux fins du présent formulaire, la langue maternelle est celle apprise en premier et que vous devez encore comprendre. À titre d'exemple : les personnes de descendance ou originaires d'Allemagne, de la Grèce, d'Italie, de la Hongrie, de la Russie, etc.

Bienvenue dans la réalité des non-blancs. On célèbre quoi au juste?

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