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26/06/2015 10:41 EDT | Actualisé 26/06/2016 05:12 EDT

Ma première année d'enseignant: le statut précaire

ENSEIGNER AU 21e SIÈCLE - On a un bagage universitaire, oui. Mais un pompier qui n'a jamais vu de feu, lui aussi, le trouverait petit, son diplôme.

Aujourd'hui, l'heure est au bilan pour certains collègues et moi-même, le service de soutien linguistique étant terminé pour l'année scolaire en cours. Cette année fut chargée à plusieurs niveaux et franchement, je l'ai trouvée géniale. Il s'agissait de ma première expérience ou, devrais-je plutôt dire, de mes premières expériences. J'ai eu trois contrats de remplacement et un contrat fixe les mardis jusqu'à la fin de l'année, le tout parsemé de journées de suppléance en maternelle, en classes de langage, en classes d'élèves en difficulté d'apprentissage, en classes d'élèves en difficulté de comportement, en éducation physique, en anglais, en espagnol, en classe dite «régulière» et j'en oublie sans doute. Bref, ça doit être ça qu'on appelle «enseignant à statut précaire».

J'ai quand même eu une «classe» où il m'a été possible d'afficher mes couleurs et mes valeurs. Vous remarquerez les guillemets à «classe». C'est qu'en fait, c'est un local. N'ayant au maximum que quatre élèves à la fois, je n'ai que quatre chaises, un classeur et un bureau comme mobilier. J'ai même emprunté le seul mur disponible de ces quelques pieds carrés pour y apposer un tableau. C'est donc petit, mais aux dires d'une élève de troisième année, c'est «une petite classe où on se sent bien».

Tout ça pour dire qu'aujourd'hui, j'entame la rédaction des bilans des enfants que j'ai suivis les mardis. Je vais donc l'avouer en toute sincérité, parce que je trouve que c'est un peu tabou: je ne sais pas vraiment ce qu'il faut que je fasse. Je le dis en toute humilité et je ne pense pas que ce soit gênant, ou même répréhensible de le dire. Après un temps à baigner dans le flou de la première année de familiarisation du milieu scolaire national, mais également du milieu local où l'on enseigne, comment ne pas toujours patauger dans ce flou? Ce n'est pas quelque chose de mal. C'est le processus normal à traverser en début de carrière, et ce, peu importe le métier, j'imagine.

Que signifie cette première année?

C'est la période où l'on délaisse les manuels scolaires sur la gestion de classe et où l'on apprend que le petit au fond de la classe se fiche de ton stage 2 où tu as tant beaucoup «appris» à gérer les petits au fond de la classe comme lui.

C'est la période où tu vois les lettres CPEPE affichées partout et qu'au fond, tu es content que quelqu'un vienne t'expliquer ce que c'est, parce qu'avoue-le, tu n'en avais aucune idée. C'est aussi la période où tu dis oui à de la suppléance en classe de troubles graves du comportement parce que ça ne peut qu'être une expérience enrichissante, mais qu'une fois sur place, tu te rends compte qu'enseigner le français à deux enfants de quatrième année, c'est pas vraiment la même job que convaincre sept élèves en troubles graves du comportement de faire un casse-tête.

«On a un bagage universitaire, mais un pompier qui n'a jamais vu le feu le trouverait lui aussi petit, son diplôme»

Tu découvres ainsi ton métier. Tu façonnes ta pédagogie, mais aussi ton curriculum, tes forces, tes faiblesses. Puis, le lendemain, tu es content d'avoir choisi le soutien linguistique, mais tu es encore plus heureux que d'autres aient choisi de s'occuper des enfants en troubles graves du comportement.

Et puis, tu sais, c'est comme ça que tu sais qui sont tes collègues et ce qu'ils font. C'est probablement la seule fois dans ma carrière où j'aurai eu à vivre ce que ces enseignants vivent au quotidien et, franchement, chapeau!

C'est aussi la période où j'ai appris, et ceci je le dis avec quand même un peu de gêne (ou de honte?), ce qu'est le soutien linguistique. Parce que oui, j'ai terminé un baccalauréat en enseignement du français langue seconde, je savais qu'existaient les programmes d'immersion, d'accueil et de langue seconde, mais non, je ne connaissais pas l'existence du soutien linguistique. Et oui, j'ai appliqué sur un contrat en soutien linguistique jusqu'à la fin de l'année. Et non, ce n'était pas sorcier. Juste un peu inattendu.

Au-delà de l'insécurité

Alors c'est vrai, ce qu'on dit. Les premières années d'enseignement nous en demandent beaucoup, surtout sur le plan psychologique. Dans le fond, c'est l'impression constante de chercher un peu partout quoi faire avec les jeunes et surtout, comment le faire. On a un bagage universitaire, oui. Mais un pompier qui n'a jamais vu de feu, lui aussi, le trouverait petit, son diplôme.

Et puis, il y a aussi le fait de ne pas savoir si l'on travaille le lendemain qui agace. Vont-ils m'appeler? Vais-je enseigner à une classe de maternelle ou de 6ième année? L'éducation physique ou les arts plastiques? Au moins, j'ai eu ce contrat du mardi. Fameuse source de stabilité à long terme.

Ce sentiment de tâtonnement et d'insécurité s'est quand même fait sentir plus d'une fois cette année, mais je suis bien heureux du travail accompli et d'avoir pu voir certains jeunes évoluer et parfois même sortir d'une coquille qui semblait plus qu'étanche en début d'année. Dans les faits, c'est cette éclosion qui m'a paru comme étant l'accomplissement le plus important.

Donc, ouais. Ça a bien été. J'ai eu la chance de pratiquer le plus beau métier du monde. Comment ça aurait pu mal aller?

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