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02/05/2018 09:00 EDT | Actualisé 02/05/2018 15:54 EDT

Ste-Catherine: une vision qui ne répond pas aux objectifs de développement économique

L'administration de Valérie Plante a lamentablement échoué dans sa promesse de faire de la rue Ste-Catherine une «destination expérientielle».

COURTOISIE - VILLE DE MONTRÉAL

L'objectif premier du projet de revitalisation de la rue Ste-Catherine Ouest a toujours été d'assurer la vitalité économique de la plus prestigieuse artère commerciale du Québec au cours des prochaines 50 années.

Ce que la mairesse Plante a présenté jeudi dernier est un beau projet de réaménagement urbain. Mais sans aucun des éléments «signature» promis par son administration, il ne peut répondre à l'objectif primordial d'attirer et de fidéliser une nouvelle clientèle. Certes, la transformation de l'avenue McGill College en place publique (avec trois rues qui la traversent soit Ste-Catherine, de Maisonneuve et Président-Kennedy) est un bel ajout, mais cela n'a rien d'original ni d'audacieux.

Il y aura bientôt trois ans, nous présentions aux Montréalais le concept d'une rue Ste-Catherine complètement repensée. Un projet de réaménagement majeur, qui reposait sur deux facteurs: l'innovation et la flexibilité. Un projet qui faisait suite à près de sept mois de consultations auprès des divers groupes intéressés par l'avenir de cette artère commerciale mythique: commerçants, travailleurs, clients, étudiants...

L'administration Plante aura beau répéter à qui veut l'entendre que le projet présenté en 2015 «n'avait pas assez d'audace et n'apportait pas assez de différences», les faits ne lui donnent tout simplement pas raison.

L'administration Plante aura beau répéter à qui veut l'entendre que le projet présenté en 2015 «n'avait pas assez d'audace et n'apportait pas assez de différences», les faits ne lui donnent tout simplement pas raison. Non seulement ce projet était audacieux et innovateur, mais il reflétait également les désirs et aspirations des citoyens et des commerçants, invités à s'exprimer au cours d'une consultation exhaustive. La mairesse peut-elle en dire autant pour son projet «révisé» à la sauce Projet Montréal? La réponse est non.

Rappelons-nous que dans la version de 2015, les voies de stationnement actuelles étaient converties en bandes multifonctionnelles: aménagées comme des trottoirs, elles pouvaient accueillir d'autres fonctions, comme du stationnement, des terrasses ou même une voie cyclable, selon les besoins et les saisons. Ce concept flexible aurait permis une fermeture complète ou partielle de la rue en y retirant des stationnements pour laisser plus de place aux piétons. La maniabilité de cet aménagement aurait permis à la rue Ste-Catherine d'évoluer avec les tendances du commerce au détail durant au moins une génération.

Côté innovation, est-il nécessaire de rappeler que l'ancien projet comportait également des trottoirs et la chaussée chauffants? À une époque où le verglas fait plus souvent figure de règle que d'exception, les trottoirs chauffants ont immédiatement suscité l'enthousiasme général. Montréal aurait rejoint les rangs des villes nordiques comme Oslo (Norvège), Helsinki (Finlande) ou Reykjavik (Islande) qui ne se laissent pas démonter par l'hiver.

«Voilà une valeur ajoutée par rapport aux DIX30 de ce monde», avait même noté François Cardinal dans sa chronique du 14 mai 2015.

«Nous nous réjouissons de voir que la Ville a choisi d'installer des trottoirs chauffants, une innovation que la Chambre demandait et qui permettra à la métropole de se démarquer sur la scène internationale», avait commenté pour sa part Michel Leblanc, président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

Même l'habillage du futur chantier faisait preuve d'innovation. Un concours de design avait été organisé, duquel la firme Kanva architecture était ressortie gagnante avec une proposition de structure gonflable d'envergure pour atténuer les inconvénients vécus par les commerçants et les citoyens.

Où en sommes-nous trois ans après?

Exit la consultation: en effet, pourquoi consulter quand on est convaincu de détenir la Vérité?

Exit les bandes multifonctionnelles, les trottoirs chauffants et les initiatives de design de chantier. Exit aussi la consultation: en effet, pourquoi consulter quand on est convaincu de détenir la Vérité?

Et cette Vérité, pour Projet Montréal, c'est la lutte à la voiture qui, dans le cas de Ste-Catherine, se traduit par le retrait des espaces de stationnement et par le maintien d'une seule voie de circulation sur la rue, garantissant un embouteillage permanent.

À terme, ce seront 484 places de stationnement qui disparaîtront quand la phase 2 du projet Ste-Catherine Ouest sera complétée jusqu'à Atwater. A-t-on vraiment pensé aux intérêts des commerçants avant de prendre une telle décision? Le succès commercial de Ste-Catherine dépend de la capacité d'y attirer le plus grand nombre de clients possible. Or, en limitant sévèrement l'accès en automobile (incluant les taxis et autres VLS, qui seront pris dans les bouchons de circulation), on vient dire à toute une clientèle qu'ils ne sont plus les bienvenus.

C'est d'ailleurs ce même dogmatisme qui a poussé l'administration Plante à fermer complètement la voie Camillien-Houde à la circulation automobile de transit sans un réel plan global de réaffectation du mont Royal et de cohabitation entre automobilistes et cyclistes.

Aussi «tendance» soit-il, le projet de l'administration Plante pour la rue Ste-Catherine Ouest ne cible aucunement la réalité commerciale des marchands qui, année après année, voient leur chiffre d'affaires diminuer au profit des différentes offres commerciales d'envergure dans la grande région de Montréal comme le DIX30, le Carrefour Laval ou le futur Royalmount. Cette administration a lamentablement échoué dans sa promesse de faire de la rue Ste-Catherine une «destination expérientielle». Malheureusement, ce seront les commerçants qui en souffriront bien après que Projet Montréal ne soit plus aux commandes de la ville.

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