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05/11/2018 10:36 EST | Actualisé 05/11/2018 10:44 EST

L'administration Plante, un an après

Un an après, le constat est clair: on a pu observer maintes fois que l'équipe de la mairesse était plus préoccupée à satisfaire sa base, qu'à vouloir servir l'ensemble des citoyens montréalais.

En effet, au lieu d'être à l'écoute des citoyens, la mairesse Valérie Plante préfère leur enfoncer ses projets idéologiques dans la gorge.
MARTIN OUELLET-DIOTTE via Getty Images
En effet, au lieu d'être à l'écoute des citoyens, la mairesse Valérie Plante préfère leur enfoncer ses projets idéologiques dans la gorge.

Un an après l'élection à la mairie de Montréal, la plupart des médias ont fait le bilan de l'administration Plante en se basant sur le nombre de promesses tenues ou non tenues.

Si un tel exercice peut être divertissant, il réduit les 365 jours passés à la tête de la métropole du Québec à quelques actions de relations publiques, à une série de cases à cocher. Or, dans le cas de Projet Montréal, les failles sont beaucoup plus profondes.

Une administration dogmatique, guidée par l'idéologie

Un an après, le constat est clair: on a pu observer maintes et maintes fois que l'équipe de la mairesse Plante était plus préoccupée à satisfaire sa base qu'à vouloir servir l'ensemble des citoyens montréalais. En effet, au lieu d'être à l'écoute des citoyens, la mairesse préfère leur enfoncer ses projets idéologiques dans la gorge. En voici plusieurs exemples:

- fermeture du chemin Camillien-Houde à la circulation de transit, sans consultation préalable;

- création d'un boulevard urbain à Pierrefonds pour accéder à la future gare du REM, mais qui sera interdit aux voitures (encore une fois sans avoir consulté le public ou les élus locaux);

- diminution des espaces de stationnement au marché Jean-Talon, au mépris des demandes des marchands (encore sans consultation préalable);

- destruction d'un terrain de balle-molle au parc Jeanne-Mance, sur de faux prétextes de sécurité basés sur une étude «balistique»;

- interdiction d'aménager de nouveaux stationnements dans les ruelles du Plateau;

- refus d'autoriser un projet de clinique pédiatrique, parce que celle-ci proposait un stationnement souterrain de 124 places.

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Une administration qui a démontré à plusieurs reprises son manque de jugement

Menottée par ses valeurs idéologiques, l'administration Plante fait preuve d'un manque de jugement sur plusieurs enjeux:

Relations avec le gouvernement du Québec: la mairesse ne reconnaît pas qu'elle a commis une erreur stratégique en refusant d'assister au dévoilement du conseil des ministres. Cela envoie le message d'un manque d'ouverture et de respect.

De même, son annonce unilatérale de la création du bureau de projet de la ligne rose témoigne d'une attitude de confrontation. La réponse a été claire: ce n'est pas une priorité du gouvernement à court, moyen ou long terme. En s'obstinant sur la ligne rose, elle affaiblit Montréal sur une multitude d'autres dossiers pour lesquels la ville a besoin de travailler avec le gouvernement du Québec;

Hausse des taxes: la mairesse ne reconnaît toujours pas qu'elle a brisé sa promesse en haussant la taxe de l'eau et la taxe foncière au-delà du niveau de l'inflation;

Projet Solargise: l'administration a tout fait pour mettre des bâtons dans les roues de ce projet de 2,3 milliards $ et 1000 emplois, qui a finalement abandonné Anjou pour s'installer à Valleyfield;

Cannabis: l'administration n'était pas du tout préparée à la légalisation, et a choisi de suivre aveuglément la voie tracée par le gouvernement du Québec. Avec comme résultat qu'elle ne sait pas quoi répondre quand on lui demande si les gens pourront fumer du cannabis lors d'événements pour les jeunes, comme le défilé du Père Noël;

Aide aux commerçants: plus d'un an après l'adoption de la Loi sur la métropole, les commerçants attendent toujours un programme de compensation financière lors de chantiers;

Diversité: la mairesse est absente des discussions et des grandes manifestations sur la diversité à Montréal. Elle ne semble pas se rendre compte de l'importance du sujet, comme en témoignent sa timide réaction à la politique d'immigration de la CAQ ou son rejet d'une motion visant à modifier les pratiques d'embauches à la Ville de Montréal.

Les Montréalais ont élu la mairesse de l'immobilité

Alors que Montréal vit l'un des pires bilans routiers des dernières années, avec le décès de 15 piétons et trois cyclistes à la suite de collisions (entre janvier et septembre), l'administration Plante ne fait rien pour corriger la situation:

- Elle avait promis de sécuriser les intersections dangereuses et un an après, AUCUNE ne l'a été;

- Son escouade mobilité provoque la risée générale devant l'immense embouteillage qu'est devenu Montréal;

- Elle a entériné la décision du SPVM de retirer les policiers et cadets qui assuraient la sécurité et la fluidité de la circulation autour des chantiers de construction;

- Bien que saluée, sa décision d'acheter 300 autobus était précipitée (manque de garages, explosion du budget de la STM), et aujourd'hui, on se rend compte que ces 300 autobus hybrides seront vite désuets devant les progrès de la technologie 100% électrique;

- La ligne rose n'a pas avancé d'un centimètre; même le gouvernement du Québec n'en veut pas. Pourtant, la mairesse engloutit 1 million$ dans un bureau de projet qui ne servira à rien.

L'image avant tout

Pour l'administration Plante, l'apparence d'agir est aussi, sinon plus, importante que l'action comme telle. Parmi la quantité d'annonces faites au cours de l'année, plusieurs n'ont fait que reprendre des annonces déjà faites dans le passé, en y ajoutant des changements cosmétiques.

Comme le fait de nommer Serge Lareault «Commissaire aux personnes itinérantes», alors que l'ancienne administration l'avait nommé «Protecteur des personnes itinérantes» quelques mois auparavant. Ou de déclencher une consultation publique sur le parc Jean-Drapeau (déjà annoncée par l'administration précédente).

Sans parler des nombreuses annonces «recyclées», où l'on note une intention mesquine de repasser derrière les accomplissements de l'administration précédente pour se les réapproprier:

- Le projet Sainte-Catherine Ouest, qui avait été présenté en 2015 et duquel elle a retiré les trottoirs chauffants et les voies de circulation modulables;

- La Vision zéro pour assurer la sécurité des cyclistes et des piétons, un concept de l'administration précédente;

- Sa stratégie d'accès à la propriété, une copie conforme du plan préparé par l'administration précédente, a été présentée en faisant croire qu'elle remplissait sa promesse d'éliminer la taxe de bienvenue!

D'ailleurs, les programmes de l'administration Plante en habitation, en immigration, en décontamination, en développement économique, n'auraient jamais été possibles sans la Loi sur la métropole négociée et obtenue par l'administration précédente. Une loi qu'elle avait vivement critiquée quand elle était dans l'opposition.

L'administration Plante s'est fait une spécialité d'annoncer pour le simple plaisir d'annoncer. Ainsi, en avril, le dévoilement de sa fameuse stratégie de développement économique se résumait à l'annonce de huit futurs plans d'action, qui devaient mener eux-mêmes à d'autres annonces, et ainsi de suite. Une stratégie, par ailleurs, vivement dénoncée par le chroniqueur économique Jean-Philippe Décarie.

Des promesses en l'air

Alors, faire le bilan d'une administration en se basant sur la réalisation – ou non – de ses promesses n'est pas un exercice totalement honnête. Par exemple, la mairesse avait promis la création d'un bureau de projet pour sa ligne rose. Elle l'a fait. Mais est-ce que la ligne rose a la moindre chance de voir le jour au cours des prochaines années? Non!

Est-ce que le quart des 12 000 nouveaux logements sociaux promis par la mairesse Plante sont près d'être construits? Non!

Est-ce que son «Escouade Mobilité» de six employés a fait la moindre différence dans les embouteillages que vivent les Montréalais? Non!

La gestion d'une métropole de l'envergure de Montréal ne doit pas se résumer à une série de cases à cocher. Les promesses en l'air, irréalistes, ne doivent pas servir de base à une administration municipale. Celle-ci doit plutôt reposer sur une gestion responsable et rigoureuse, à l'écoute de tous les Montréalais.

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