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12/04/2019 11:46 EDT | Actualisé 12/04/2019 11:49 EDT

Qu'est-ce qui empêche le régime national d'assurance médicaments d'avancer?

Les politiques sur les médicaments sur ordonnance devraient être élaborées en fonction de l’intérêt véritable des Canadiens et non pas fondées sur le pouvoir des lobbyistes du secteur industriel.

Sarawut Doungwana / EyeEm via Getty Images
En 2016, plus de 700 000 personnes au Canada ont dû se priver de nourriture pour pouvoir payer leurs médicaments.

«Les Canadiens doivent payer les prix les plus élevés au monde pour certains de leurs médicaments sur ordonnance», admet le gouvernement fédéral dans son communiqué de presse annonçant le rapport provisoire du Conseil consultatif sur la mise en œuvre du régime national d'assurance médicaments.

Si les Canadiens espéraient obtenir, dans ce rapport, des détails entourant la façon dont un tel régime pourrait être mis en œuvre et financé, ils doivent rester sur leur appétit. Le rapport offre plutôt trois recommandations de base, notamment la création d'une agence nationale des médicaments; une liste nationale complète des médicaments sur ordonnance ou formulaire national; et des systèmes de technologie de l'information (TI) en appui. Ce sont de très petits pas mais, néanmoins, dans la bonne direction.

Selon un récent sondage national, au moins 20% des Canadiens ont une couverture insuffisante des médicaments sur ordonnance ou ne sont pas couverts du tout, et 23% des participants mentionnent qu'ils, ou une personne dans leur ménage, n'a pu prendre les médicaments dont elle avait besoin en raison du coût. En 2016, plus de 700 000 personnes au Canada ont dû se priver de nourriture pour pouvoir payer leurs médicaments.

Alors, qu'est-ce qui empêche d'avancer?

Principalement les intérêts des sociétés et des particuliers aux poches pleines qui profitent déjà généreusement du système actuel inefficace composé de régimes privés et publics disparates qui sont accompagnés d'énormes coûts assumés par les personnes elles-mêmes.

Ces sociétés et ces bien nantis ont accéléré leur campagne contre le régime national d'assurance-médicaments dès que le gouvernement fédéral a manifesté son intérêt à porter cette question à l'étude.

Nous les appelons «Club qui roule sur l'or» et ce club est composé des géants pharmaceutiques et de l'industrie des assurances ainsi que de milliardaires, ici au pays et à l'étranger.

Les politiques sur les médicaments sur ordonnance au Canada devraient être élaborées en fonction de l'intérêt véritable des Canadiens et non pas fondées sur le pouvoir des lobbyistes du secteur industriel.

C'est pourquoi les infirmières et les infirmiers du Canada luttent depuis plus de 20 ans et continuent de revendiquer un régime national d'assurance médicaments fondé sur les principes d'universalité, accessibilité, intégrité, et transférabilité, un régime administré par l'État et à payeur unique.

En qualité d'infirmières et d'infirmiers aux premières lignes des soins de santé, nous croyons que le temps était venu de saisir l'occasion. Nous avons donc demandé à Sharon Batt, Ph.D, universitaire et auteure, de mener une étude et rédiger un rapport mettant en lumière les ultra-riches qui s'opposent au régime et leurs intentions.

Nous n'avons pas été surpris de lire, dans le rapport, que le secteur pharmaceutique, et celui des assurances, baignent actuellement dans un contexte commercial extrêmement lucratif pour eux... et coûteux pour le reste d'entre nous.

Afin de protéger ces profits, les lobbys des compagnies pharmaceutiques et d'assurances ont entrepris une campagne méthodique, bien financée, dans le but de convaincre le gouvernement fédéral de ne pas donner suite à un régime à payeur unique et fondé sur le bon sens.

Combien d'argent est en jeu? Énormément...

Les géants pharmaceutiques vivent à une époque dorée par les profits (plus de 20% par année). Le prix des médicaments a augmenté, et 40% des ventes de médicaments au Canada sont attribuables aux médicaments brevetés et très dispendieux. Ce chiffre était de 8% en 2006. Les compagnies d'assurances couvrant les soins de santé au Canada, déréglementées en 1990, jouissent de profits atteignant les milliards venant du très lucratif marché des prestations maladie.

Notre rapport révèle que la campagne contre le régime national d'assurance-médicaments, menée par le Club qui roule sur l'or, a choisi trois cibles principales. Premièrement, la campagne a ciblé le pouvoir central en inondant la Colline du Parlement de lobbyistes et en faisant des annonces ciblées. Entre 2017 et 2018, les activités non commerciales du géant pharmaceutique canadien, soit Innovative Medicines Canada, ont augmenté de 500% (de 18 réunions en 2017 à 104 en 2018, année où Trudeau annonce le conseil consultatif sur le régime national d'assurance-médicaments).

Deuxièmement, par l'intermédiaire des médias grand public, elle a semé le doute dans la population en créant des chambres d'écho s'opposant à un régime à payeur unique. Et, finalement, en demandant à Washington DC d'exercer une pression diplomatique et commerciale sur le Canada.

Au Canada, nous ne voulons surtout pas d'un «faux régime d'assurance médicaments», soit un mélange «bouche-trou» de régimes public et privé qui serait profitable au Club qui roule sur l'or, mais qui perdrait tous les avantages liés à un régime à payeur unique, notamment augmenter notre pouvoir de négociation des prix et, ainsi, réduire le prix des médicaments.

Un régime d'assurance médicaments intelligent et bien conçu, pour tous et à payeur unique, signifierait des milliards de dollars d'économies dans le secteur de la santé, un régime solide de soins de santé, et de meilleurs soins pour des millions de personnes au Canada.

Selon les études, en l'absence d'un régime national d'assurance-médicaments, le Canada gaspille jusqu'à 14 000$ dollars par minute chaque jour dans le secteur de la santé, et jusqu'à 640 personnes meurent prématurément d'une seule maladie à chaque année au Canada parce qu'elles ne peuvent payer les médicaments qui leur sont prescrits.

Les Canadiens sont prêts. Selon un nouveau sondage d'opinion mené par Environics auprès du grand public, 84% des Canadiens appuient la couverture des médicaments sur ordonnance par le régime public de soins de santé, comme c'est le cas pour la couverture des soins médicaux et hospitaliers.

Une victoire politique est possible à celui ou celle qui osera agir fermement par rapport au régime national d'assurance-médicaments. Comme le conclut Sharon Batt, Ph. D., dans le rapport: «Les Canadiens doivent exiger que nos représentants élus adoptent des politiques éclairées qui défendent les intérêts de tous les Canadiens plutôt que seulement ceux des bien nantis.»

Nous sommes prêts pour un régime national d'assurance médicaments... maintenant.

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