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24/11/2015 10:43 EST | Actualisé 24/11/2016 05:12 EST

Le berger et ses brebis galeuses

J'ai côtoyé intimement ce terrorisme islamiste que l'Occident découvre depuis une quinzaine d'années.

Un énième billet d'opinion sur les attentats de Paris, mais pas seulement. Les détonations du Bataclan résonnent lourdement avec les échos de mon enfance. J'ai côtoyé intimement ce terrorisme islamiste que l'Occident découvre depuis une quinzaine d'années.

Qui tue qui ? Vais-je rentrer chez moi ce soir ? Pendant des années, les massacres relevaient du quotidien, à l'insu du monde, sans Facebook, sans YouTube, sans Smart Phones. Pas d'amis, pas de fêtes, pas de spectacles. Ironie du sort, ces Algériens tombés sous les balles à Paris, quand à l'époque, tout le monde cherchait à fuir pour sauver sa peau.

De quitter la guerre, la persécution religieuse, de se déraciner à des milliers de kilomètres, et de constater avec effroi que cette violence puisse nous rattraper pour frapper jusqu'à nos portes. Ce que nous avons fui dépasse les frontières de nos pays, où tout espoir est tombé sous les coups.

Je suis née quelque part, où rien n'est acquis, pas même le fait d'exister. J'ai gagné la liberté dont je jouis à l'issue d'un long combat.

Mais cette sécurité peut-elle perdurer quand nos dirigeants serrent la main des créanciers de ce même terrorisme islamiste qu'ils prétendent combattre? Les wahhabites, garants d'un islam haineux et radical, propagent leur idéologie - et leurs armes - comme une trainée de poudre. Au moment où j'écris ces lignes, le premier ministre du Qatar dîne tranquillement avec le ministre français de l'Intérieur dans les salons de l'Élysée.

Pendant ce temps, certains en sont doublement victimes, entre ceux qui tuent et ceux qui les prennent pour des tueurs. D'un côté, je vois des incompris, blessés, qui par survie, ont développé des réactions d'autodéfense face à la mort. D'un autre, je vois les autruches pour qui pensent que «Charlie Hebdo l'a bien cherché». Je vois les insignifiants du «retournes dans ton pays» et les tout aussi insignifiants pleurnichards avec pour seule identité, la religion. Je vois aussi ces populistes miséreux et complexés qui, à défaut de proposer des solutions, accusent des immigrants instruits, jadis menacés, de terroristes.

Pourtant, je suis aussi musulmane que mon voisin est catholique «modéré». Mon pays, c'est partout et nulle part. Une réponse aussi simpliste ne peut répondre à un conflit aussi complexe.

Alors que des internautes débattent sur Facebook au sujet des photos de profil tricolores, cette guerre infinie, aux racines du mal bien ancrées et aux comptes en banque bien garnis, se nourrit de révoltes populaires. GIA, Al-Qaïda, ISIS, Daech, Al Nosra... L'histoire se répète, dit-on. Vont-ils se rendre au Canada? Je préfère ne pas y penser et juste, continuer à vivre.

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