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10/10/2013 10:50 EDT | Actualisé 10/12/2013 05:12 EST

La petite fille qui portait le voile

La petite fille qui portait le voile est la seule jeune femme qui est venue me parler pour s'impliquer. Vraiment. Elle m'a fait réfléchir. À notre acception de l'autre. Aux différences. À notre société qui tend vers ces valeurs exclusives. J'ai bien l'impression que ce projet de charte crée des distances plutôt que de favoriser des liens.

L'actualité récente fait jaser de condition féminine. Beaucoup. On se montre les nénés à l'Assemblée nationale pour revendiquer je ne sais trop quoi. On se dit égalitaires, parce qu'on adopte une Charte. On dénonce les Mini-Miss jusqu'à en faire retirer deux émissions de télévision à Musimax.

Hier soir, j'animais justement une soirée au Mégaphone qui posait la question suivante: l'égalité est-elle acquise? Et je me suis affirmée féministe. Sans broncher. Sans avoir peur. Bien assumée. Oh, je ne brûle pas ma brassière. Et je ne hais pas les hommes. Il m'arrive même, à l'occasion, de porter du rouge à lèvres. Je ne suis pas asservie pour autant. Oh non. Je suis bien épanouie dans ma tête, mon cœur et mon vagin.

L'égalité, acquise? Dis-je donc.

À cette question, j'ai formulé un argumentaire clair qui nous démontrait comment rien n'était vraiment acquis. En cinquante ans, nous avons atteint l'égalité de droit, mais pas l'égalité de fait.

Pour se faire, j'ai rappelé que ma grand-mère, Pauline, comme ses consoeurs, n'avait même pas le droit d'être propriétaire ou de signer des contrats avant 1964. Une chance que Marie-Claire Kirkland était là. C'est cette première femme députée qui met fin à l'incapacité juridique de la femme mariée. 1964 ! La femme peut enfin gérer ses propres biens, avoir une job et signer des contrats! Gros luxe.

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Avant-hier, c'était le droit à l'avortement. Grâce à la lutte des féministes et d'Henry Morgentaler, la Cour suprême du Canada décriminalise l'avortement en vertu de la Charte canadienne des droits et libertés. C'était vraiment avant-hier.

Soixante ans. C'est rapide. Ben rapide. Alors, quand on me dit que tout est acquis...

Surtout lorsque l'on sait que le 2/3 des analphabètes dans le monde sont des femmes. Que les femmes font encore environ 70% du salaire des hommes au Québec. Que 76% des familles monoparentales sont gérées par des mères. En 2010, les femmes occupent 15,8% des sièges dans les conseils d'administration des 100 plus grandes sociétés québécoises.

Vous en voulez des preuves que l'égalité des sexes n'est pas acquise? Il y en a. Beaucoup.

La petite fille voilée

À la fin de ma présentation, une jeune femme vient me rejoindre discrètement. Elle porte le voile.

- Salut Léa!

- Bonjour!

- Ça fait longtemps que je te suis. J'étais jeune et ce que tu disais m'inspirait.

- Ah oui! C'est bien ça.

- J'aimerais ça m'impliquer plus pour les femmes. Tu veux m'aider à trouver des évènements féministes ?

J'ai donné évidemment mes coordonnées à cette adolescente lucide et intelligente. Est-ce que je l'ai rejetée parce que son voile était ostentatoire? Est-ce que j'aurais dû la juger ?

Vous m'auriez vu, vous? Comment peux-tu être féministe et porter le voile?

Non. Ce sont ses croyances. À la limite, je critique vertement toutes les religions. Qui sommes-nous pour juger de l'épanouissement de ces femmes?

La petite fille qui portait le voile est la seule jeune femme qui est venue me parler pour s'impliquer. Vraiment.

Elle m'a fait réfléchir. À notre acception de l'autre. Aux différences. À notre société qui tend vers ces valeurs exclusives.

J'ai bien l'impression que ce projet de charte crée des distances plutôt que de favoriser des liens.

Exclure en voulant inclure, c'est un peu ça le problème.

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