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24/03/2017 09:03 EDT | Actualisé 24/03/2017 09:03 EDT

Éric Duhaime et l'importance d'être constant

Applaudir les avancées d'une lutte pour les droits d'une minorité est toujours un beau geste. C'est beaucoup plus dangereux, toutefois, d'affirmer haut et fort que tous les conflits des luttes de cette minorité sont chose réglée.

Je veux prendre un moment pour commenter cette double annonce d'Éric Duhaime soit: sa sortie du placard et son livre sur le même sujet qui paraîtra aux Éditions de l'Homme au courant de la semaine.

Après beaucoup de sarcasme et une ironie partielle, je dois prendre la parole sur les «citations coup de poing» que j'ai pu lire ici.

La nouvelle a été accueillie avec le sourire (pour ma part), ça allait faire changer les choses, le discours tenu. Ce sourire, c'était le malaise imaginé des radio-poubelles de notre belle capitale; cette fois, ça se passait dans leur cour.

C'est en commençant à lire que le malaise s'est installé.

Applaudir les avancées d'une lutte pour les droits d'une minorité est toujours un beau geste. C'est beaucoup plus dangereux, toutefois, d'affirmer haut et fort (malgré la présence claire et latente d'une homophobie dans certains dossiers médiatiques, sociaux et culturels*) que tous les conflits des luttes de cette minorité sont chose réglée, et d'accuser les institutions qui défendent les droits de ces minorités de se plaindre le ventre plein.

M. Duhaime semble accuser bien au-delà de la communauté LGBT. «Les activistes gays se sont-ils égarés, comme les féministes, dans des causes marginales et éloignées des causes originales pour assurer leur survie, continuer de jouer à la victime et recevoir toujours plus de subventions?»

C'est en dénonçant conjointement le féminisme et « les activistes gais » que M. Duhaime fait un amalgame grossier, vulgarisateur et simpliste de communautés qui ne partagent pas les mêmes luttes tout en partageant des points en commun en les accusant de détournements de fonds.

Toutefois, son optimisme est bien joli à lire: «Le combat pour les droits des gays au Québec a été gagné. Il faut avoir la maturité de l'avouer, et célébrer.»

Oui ! C'est bien admirable, mais une telle vision est fausse. Rappelons-nous les violences homophobes d'Hochelaga-Maisonneuve en 2016.

Le combat contre la violence et l'intolérance, semble-t-il gagné? En aucune façon! D'affirmer une telle chose trahit un optimisme qui ne semble pas ancré dans la réalité ou relève du mensonge (ce qui, dans un cas comme dans l'autre, relève de la fausseté... une fausseté embarrassante pour tout être se réclamant d'une voix dans l'actualité). Certaines voix controversées pourraient s'élever en affirmant qu'il s'agit là d'un cas isolé, que le quartier d'Hochelaga-Maisonneuve est un quartier pauvre en pleine mutation et qu'il ne représente pas la voix progressiste de la métropole. Cette voix n'aurait raison que partiellement, car l'homophobie dans l'espace public va bien au-delà de l'est de l'île et vient ravager les quartiers les plus en vogue comme le Plateau-Mont-Royal.

Nous sommes donc forcés à un constat bien aberrant: la vision qui nous est offerte semble relever d'un monde hors de l'actualité, hors de la réalité. C'est une fiction sordide qui nous échappe.

Finalement, la notion de consentement au sein de la communauté gaie semble absente de la vision de M. Duhaime: «Je remercie souvent le ciel de préférer les hommes aux femmes. [...] Je n'ai pas non plus à faire attention, lorsque je drague, à ne pas franchir la "limite", à m'assurer qu'il y a explicitement consentement de la part de l'objet de mes pulsions.»

La joie exprimée pour cette absence de notion de consentement dans la communauté gaie est inquiétante...

Cette limite diffère selon les genres ou plutôt: elle est ignorée entre hommes. Elle existe, mais «ne pas y faire attention» prouve que la notion de consentement n'est pas universelle. La joie exprimée pour cette absence de notion de consentement dans la communauté gaie est inquiétante... plus qu'inquiétante. Utiliser une tribune pour encourager un quelconque rapport sexuel qui n'est pas complètement consentant est plus que préoccupant. Je vous laisse en tirer les conclusions appropriées.

Alors qu'une certaine apologie de violences est faite, on déshumanise alors l'individu violenté pour en faire un «objet de [ses] pulsions». Une certaine vision fétichiste, égoïste et déshumanisante de la sexualité qui peut rappeler le Marquis de Sade et ses 120 jours ou la philosophie dans le boudoir.

Nous pouvons affirmer qu'il s'agit beaucoup plus que de simples «coups de poing», c'est une œuvre qui représente une vision fallacieuse d'une communauté minoritaire tout en faisant une apologie de la violence et de relations sexuelles plus ou moins consensuelles. Toutefois, il ne s'agit que d'extraits sélectionnés par un service de presse. L'œuvre saura peut-être se racheter dans son intégralité ou se perdre par son intégrité? Les prochains jours le diront.

*Je renvois ici mon lecteur au livre de Gabriel Nadeau-Dubois (Tenir Tête) en ce qui concerne l'homophobie dans les milieux scolaires et militants des universités et Cégeps du Québec ainsi que le scandale de Joël Legendre en 2015 dans le journal de Montréal.

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