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04/07/2015 08:42 EDT | Actualisé 04/07/2016 05:12 EDT

Mon coming-out académique

ENSEIGNER AU 21e SIÈCLE - J'étais la fille qui était poche à l'école et un conseiller d'orientation m'a même dit que je ne devrais pas avoir de trop grandes visées académiques pour mon futur.

J'ai 36 ans et j'enseigne l'anglais langue seconde depuis septembre 2008. Quand j'étais petite, j'avais tellement hâte d'aller à la maternelle. J'avais hâte de jouer à l'école pour vrai et de devenir grande.

Quelques rentrées scolaires plus tard, l'école m'a littéralement terrifié. Je détestais l'école plus que tout et l'école demeurait la principale source de mon anxiété. Orthopédagogues et enseignants ont tenté tant bien que mal de m'aider, mais je trainais toujours de la patte. J'étais en échec en mathématiques.

Au secondaire, c'était de pire en pire. Je me sentais incomprise et je n'arrivais pas à écouter et à comprendre ce que je lisais. J'étais stressée et c'était clair que l'école minait mon existence. J'étais toujours en échec en mathématiques.

Ce qui devait arriver arriva : redoublement de mon secondaire 3. J'étais en échec partout. J'étais la fille qui était poche à l'école et un conseiller d'orientation m'a même dit que je ne devrais pas avoir de trop grandes visées académiques pour mon futur.

Changement d'école. Psychologues et orthopédagogues m'enseignent des stratégies d'apprentissages pour que je vive des réussites. Toutefois, je pleure à chaque fois que je fais un examen de math ou de sciences. Je suis dans un cercle vicieux pédagogique.

Étude, Stress, Examen, Anxiété, J'me-rappelle-plus-de-rien, échec.

À 16 ans, malgré les échecs continuels à l'école et les cours d'été, je rêve que je deviendrai un jour professeur pour aider les élèves comme moi qui sont perdus ou dans la lune et égarés du chemin de la normalité.

«Je peux en témoigner, les orthopédagogues m'ont littéralement sauvé du décrochage scolaire.»

Quelques profs à l'époque me disent que je rêve en couleurs et que je ne suis pas assez bonne pour ça. Oui, je suis différente et puis après? Je veux devenir enseignante et je vais réussir. Je suis ambitieuse et j'ai des rêves. Ne touchez pas à mes rêves, c'est ce qui me tient en vie.

En 2004, après une courte carrière en aménagement forestier, je fais le grand saut. Je m'inscris à l'université en enseignement de l'anglais, langue seconde. Je complète mon Baccalauréat, comme tout le monde et je réussis aussi mon examen de français mieux que bien du monde.

Pas de visées académiques? Sérieux là... vous êtes dans le champ. J'obtiens alors mon diplôme en 4 ans. J'ai réussi en même temps que les autres. Mais quand on a de la difficulté à l'école, on développe des stratégies, on fait travailler notre cerveau différemment. On travaille avec différents outils. On développe nos forces au maximum et chaque petite réussite est une grande victoire.

À l'université, je pose des milliers de questions à mes profs. Je suis assise en avant et j'écoute. J'avise mes professeurs que je suis très lunatique et que j'ai besoin de défis et d'interventions pour réussir. Certains profs m'interpellent et croient en moi.

Je me sens à ma place et je participe aux cours. Je bûche, je travaille dur et je réussis. Avec mon diplôme universitaire en poche, je trouve du travail rapidement. J'ai confiance en moi, je suis fière de moi.

Maintenant, avec mes groupes au secondaire, je suis une prof qui comprend les jeunes en difficulté. J'arrive à les motiver, à les aimer et à les accepter. Je les embarque dans mon bateau. Ils s'accrochent et tiennent bon. Toute l'année nous naviguons ensemble... même dans les plus grosses tempêtes.

J'enseigne avec un bagage émotif important. Comme mes élèves, je suis humaine avant tout, et ma porte demeure toujours ouverte. Que ce soit lors des «Netflix Series Lunchtime» ou des «Remedial Classes», les élèves savent qu'ils sont les bienvenus, qu'ils seront écoutés et aidés. Pour certains élèves, ma classe est un « safe heaven where you can find someone who cares and listens. »

Aussi, enseigner, pour moi, c'est non seulement enseigner l'apprentissage de l'anglais, mais aussi enseigner l'apprentissage de la vie et la découverte de soi. Ma motivation quotidienne n'est donc pas seulement la réussite de mes élèves, mais aussi l'épanouissement de ceux-ci dans un environnement sain qui déborde de défis.

Toutefois, quand les difficultés deviennent trop grandes et que j'ai besoin d'aide pour les aider, je les réfère en orthopédagogie ou en psychologie. Sans ces spécialistes, bien des jeunes vivraient des échecs accablants. Je peux en témoigner, les orthopédagogues m'ont littéralement sauvée du décrochage scolaire parce qu'ils m'ont outillée de façon importante et personnalisée.

Merci Mme Mainguy de m'avoir aidé et Sœur Agathe aussi. Merci, je suis prof maintenant.

Dire que les spécialistes sont appelés à disparaître de nos écoles avec toutes ces compressions budgétaires... Qu'est ce que nos jeunes élèves différents feront pour se démerder dans nos classes régulières?

J'ose imaginer que tout rentrera dans l'ordre à la rentrée et que les spécialistes seront toujours là pour nous soutenir et aider les jeunes à braver les tempêtes scolaires.

Rêver, c'est permis.

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