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23/09/2018 19:06 EDT | Actualisé 23/09/2018 19:07 EDT

J’ai demandé le divorce trois mois après m’être mariée

Je ne sais pas exactement quand tout a commencé à déconner, mais je pense que c’est au moment où on choisissait la porcelaine pour le mariage.

J’ai demandé le divorce trois mois après m’être mariée.
Lauren Jones
J’ai demandé le divorce trois mois après m’être mariée.

Je nous revois comme si c'était hier, au milieu du grand magasin, en train de nous engueuler quant au choix des assiettes. Il voulait quelque chose de simple et sans prétention. J'avais envie de motifs et de couleurs. J'ai mis ça sur le compte du stress inhérent à l'organisation du mariage. C'est le lot de tous les couples, prétendaient les magazines.

En réalité, ces assiettes symbolisaient notre relation. Nous nous sommes malheureusement aperçu quatre mois trop tard que nous étions fondamentalement différents.

Dix fois, j'aurais dû annuler le mariage, mais je ne l'ai pas fait. J'ai continué à aller de l'avant parce que j'ai cru les mensonges que m'avaient vendus les magazines: une fois passé tout ce stress, ça s'arrangerait. Il nous suffisait de surmonter ce jour-là et nous aurions toute la vie pour nous remettre sur les rails.

On ne rêve pas de se rendre à l'autel en se répétant: "Finissons-en." C'est pourtant ce qui passait en boucle dans ma tête quand mon père m'y a conduite.

Comme en écho à nos débuts de jeunes mariés, il a plu toute la durée de notre lune de miel. C'est donc trempés et mal à l'aise que nous nous sommes à nouveau disputés au sujet d'assiettes dans un petit magasin de souvenirs mexicain. Je craquais pour les couleurs vives et les motifs aztèques qu'on voyait partout au Mexique. Lui semblait vouloir une maison dépourvue de couleurs.

Les disputes ont continué à émailler le vol retour et les premières semaines de notre mariage. Au lieu de nous réjouir d'être libérés de l'organisation du mariage, nous nous sommes mis à vouloir nous affranchir l'un de l'autre.

Un mois après la cérémonie, je me suis retrouvée à manger mes sushis seule dans notre lit, mon mari ayant préféré sortir. J'ai tapé "conseiller matrimonial" et "comment obtenir une annulation de mariage?" sur Google.

Nous avons passé le mois suivant à chercher la solution miracle pour sauver notre couple. Il a proposé d'arrêter de sortir tous les soirs avec ses frères, qui étaient célibataires. J'ai promis de faire plus de trucs sympas, et de passer moins de temps au travail. Après avoir fait des efforts quelque temps, nous avons vite repris nos habitudes.

Entre les pleurs et les disputes à répétition, on se demandait comment on en était arrivés là. J'ai fini par prendre rendez-vous avec une conseillère matrimoniale mais, la veille du rendez-vous, il m'a appelée au moment où j'arrivais au boulot.

"Je ne suis même pas certain d'avoir envie que ce mariage fonctionne", m'a-t-il avoué. Je voyais ce qu'il voulait dire.

Un mois après la cérémonie, je me suis retrouvée à manger mes sushis seule dans notre lit, mon mari ayant préféré sortir. J'ai tapé "conseiller matrimonial" et "comment obtenir une annulation de mariage?" sur Google.

Nous n'avions même pas déballé ces assiettes à la con, à propos desquelles nous nous étions disputés. Comment notre mariage pouvait-il être fini alors que nous n'avions pas encore rangé les cadeaux? Le jour où il a déménagé, j'ai remarqué qu'il restait des morceaux de papier cadeau collés sur les cartons qu'il emportait.

Ma mère m'a emmenée voir un avocat spécialisé dans les divorces. C'était un type gentil qui m'a tendu en silence une boîte de mouchoirs quand je me suis mise à pleurer. Sur le chemin du retour, ma mère m'a proposé d'aller boire un verre. C'était un mardi, il était 14 h et elle m'a tendu en silence un verre de bière glacée quand je me suis mise à pleurer.

Je n'ai jamais été plus malheureuse qu'au cours de l'année qui a abouti à cet après-midi au bar, mais le divorce n'était pas la solution que j'avais espérée. J'aurais préféré ne pas m'être mariée.

La colère est vite arrivée. J'avais l'impression de m'être fait piéger par un homme qui n'avait aucune intention de rester marié avec moi. Je le voyais comme un voleur de temps, qui m'avait privée des quelques années précédentes mais aussi de celles à venir.

La culpabilité ne s'est pas fait attendre non plus. Qu'aurais-je pu faire différemment? Où m'étais-je trompée? Aurais-je dû changer pour lui? Pour sa famille qui avait toujours pensé que je n'étais pas assez bien pour lui?

J'ai fini par découvrir toute la vérité sur l'affaire, à base de découvert bancaire et d'autres femmes. Au lieu de me reprocher l'échec de notre mariage, je me suis alors demandé comment j'avais fait pour ne pas voir qu'il était condamné dès le départ. La colère est revenue: j'étais aveugle ou juste conne?

Mon divorce de celui qui avait été mon mari pendant quatre mois a été suivi d'une longue période de tristesse et de honte. Recluse chez moi, j'ai attendu qu'il se soit écoulé suffisamment de temps pour que tout le monde soit au courant.

Puis la tristesse s'en est allée. Avec le temps, je me suis aperçue que je pleurais quelque chose qui n'avait jamais vraiment existé. L'homme dont j'étais tombée amoureuse et que j'avais accepté d'épouser n'était pas celui auquel j'avais dit "oui". Je pleurais presque autant la perte de cette vie que ce que je voyais comme un avenir sombre.

En dehors de la surprise causée par la force et la diversité de ces émotions, j'ai été choquée par la rapidité à laquelle la vie a repris son cours. Un jour, je pleurais toute seule devant une publicité pour des couches, le lendemain je rigolais avec ma sœur en faisant les magasins. C'était comme si ce qui s'était passé au cours des mois précédents était arrivé à quelqu'un d'autre.

C'est pendant l'une de ces soirées totalement normales que, cinq mois et deux semaines après mon mariage, j'ai rencontré l'homme de ma vie. Il se fichait que je sois une divorcée à l'aube de la trentaine entourée de chats. Il se fichait que je sois craintive et que je n'aie pas l'âme d'une aventurière. Il ne désirait pas me changer. Je lui plaisais telle que j'étais.

Cinq ans et sept mois après ce jour de mariage fatidique, j'ai de nouveau convolé. Nous sommes toujours très heureux, avec nos assiettes bleu canard et blanc achetées au supermarché, que nous utilisons chaque soir pour dîner avec nos deux filles. Si c'était à refaire, je ne changerais rien puisque c'est ce qui m'a amenée là, et je ne voudrais être nulle part ailleurs.

Maria Kalitina

Ce blog, publié à l'origine sur le HuffPost américain, a été traduit par Catherine Biros pour Fast for Word.