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«Burkini», pourquoi tant d'hostilité ?

D'ailleurs il serait plus juste de préciser qu'il y a des vêtements islamiques et non pas un. Ainsi, le voile n'est ni la burqa ni le tchador. Y'en a aussi qui choisissent de le porter, puis choisissent de l'enlever pour le remettre après. Leur identité religieuse évolue avec leurs expériences de vie. Ce n'est jamais aussi fixe et figé comme le laissent entendre les récits médiatiques.
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Les géants de la mode s'emparent du voile islamique. Des marques telles que Dolce &Gabbana, Marks & Spencer, Uniqlo ou encore H&M ont annoncé leur intention de commercialiser des burkinis (maillot de bain islamique couvrant le corps) pour ainsi « répondre à une demande croissante » de la part des femmes voilées.

Plusieurs voix du milieu de la politique ou de la mode ont fustigé cette orientation. Au Québec, Richard Martineau a écrit dans sa chronique, du lundi 04 avril dans le Journal de Montréal , qu'« on se croirait dans Soumission de Michel Houellebecq », faisant allusion à une prétendue invasion de l'islam sur l'occident.

C'est surtout en France que le vêtement islamique a enragé le plus. En effet, Prise dans un élan de passion et de colère, la ministre des droits des femmes, Laurence Rossignol, a laissé entendre, avant de s'excuser par la suite, que la situation des femmes voilées serait comparable à celle des « nègres américains qui étaient pour l'esclavage ». Pierre Bergé, le cofondateur de la maison Yves Saint Laurent, a renchéri en se disant « scandalisé » de voir des créateurs intégrant un objet qui serait une « prison pour les femmes » exhortant ainsi le milieu de la mode à être « du côté de la liberté ».

On l'aura compris, ces voix placent voile et liberté dans des oppositions binaires. Les deux seraient incompatibles.

Ainsi, le voile islamique, le hijab, est fondamentalement, et ne peut être rien d'autre qu'un outil de l'asservissement des femmes. Plusieurs féministes, dites universalistes, adoptent cette ligne analytique et voient dans le voile un symbole politique de l'oppression des femmes.

Voile islamique : entre amalgames et enjeux d'égalité

Je vous vois venir, en lisant mon nom, un nom arabe, vous vous dites c'est certain qu'elle va défendre la mode islamique, par « solidarité musulmane », par « solidarité ethnique » ou je ne sais quoi.

Oui, je suis critique face à ses prises de position virulentes à l'encontre de la mode islamique. Mais pas pour les raisons que vous croyez.

Je précise que je ne me prononce pas en tant que femme musulmane (je ne revendique pas cette étiquette religio-identitaire) qui défendrait ses sœurs, mais plutôt en tant que féministe non religieuse, de gauche. Une féministe soucieuse d'inclure TOUTES les femmes dans TOUS les lieux de représentations, y compris ceux de la mode et de la publicité.

Je ne défends pas non plus ces grandes marques de vêtements. Que ce soit la « Modest Fashion » ou le « Sex fashion », la mode mainstream est un relais du néolibéralisme qui dicte des injonctions au corps des femmes.

Cependant, que les codes vestimentaires islamiques y soient bannis au nom d'une compréhension universelle, unique, de ce que veut dire être une femme libre, là je diverge.

Pour moi c'est avant tout un enjeu d'égalité et d'inclusion

Oui, assurément il y a des femmes qui sont obligées de le porter, et bien entendu il faut combattre de toutes nos forces, de telles injonctions patriarcales et barbares qui contrôlent le corps des femmes.

MAIS les opprimées, sont-elles les seules à former cette catégorie de la « femme voilée » ?

À en croire le discours anti-mode islamique, ce serait le cas...

Pour moi, vouloir bannir le voile des représentations publicitaires signifie nier aux femmes musulmanes voilées, qui ont choisi de le porter, leurs droits en tant que consommatrice et citoyenne.

Quel message envoie-t-on aux femmes voilées ? On veut tes compétences, on veut que tu payes tes impôts, mais nous ne voulons pas que tu sois (trop) visible dans les sphères de représentations ?

Ça m'a l'air d'une citoyenneté à deux vitesses.

«La femme voilée» n'existe pas

Il semble que tout le monde (du moins j'espère que c'est le cas) s'accorde sur la pluralité des fragments qui constituent l'identité de chacun.e. Cependant, dès qu'il s'agit des femmes voilées, il semblerait qu'une partie de l'imaginaire collectif occidental s'obstine à saisir la signification de la femme voilée uniquement à travers le radicalisme religieux.

Ceci est profondément réducteur et renforce la stigmatisation que subit déjà ce groupe de femmes.

En quelque sorte, c'est comme si elles n'étaient pas complètement femmes, puisqu'on les prive de leur multitude identitaire et on les fige dans leur choix religieux.

C'est toujours la femme voilée parlée au singulier, passive, fantasmée à travers des lunettes orientalistes. Ces lunettes qui assignent à la notion de liberté une seule et unique signification, le dévoilement du corps. Pire, à en croire la polémique actuelle, les femmes voilées seraient cette espèce de bloc monolithique qui n'aurait de sens qu'à travers le prisme de Daech. Il n' y aurait qu'un type de femme voilée, celles qui ont été forcées de se couvrir. TOUTES seraient victimes du patriarcat et du terrorisme islamiste.

Loin des perceptions stéréotypées, et récits orientalistes, les femmes voilées sont autant plurielles et singulières que n'importe quelle autre femme. Y'en a qui sont davantage progressistes, d'autres davantage conservatrices.

D'ailleurs il serait plus juste de préciser qu'il y a des vêtements islamiques et non pas un. Ainsi, le voile n'est ni la burqa ni le tchador.

Y'en a aussi qui choisissent de le porter, puis choisissent de l'enlever pour le remettre après. Leur identité religieuse évolue avec leurs expériences de vie. Ce n'est jamais aussi fixe et figé comme le laissent entendre les récits médiatiques.

L'héritage religieux et culturel musulman dont se revendiquent les femmes voilées n'est qu'une composante de la mosaïque identitaire qui les caractérise et caractérise chacun.e de nous.

Le voile peut, alors, revêtir une multitude de sens, pourquoi l'enfermer dans son aspect oppressif et le réduire à ça ?

Arrêtons donc de nier l'agentivité des femmes voilées. Arrêtons de réfuter leur capacité à négocier plusieurs courants identitaires, leur capacité à jongler entre plusieurs bouts qui finalement composent ladite identité musulmane.

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