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09/02/2016 02:26 EST | Actualisé 09/02/2017 05:12 EST

Ne touchez pas à mon CPE

Le gouvernement n'est pas seulement en train de fragiliser tout un système d'éducation, il fragilise aussi la condition de vie des femmes. Il me remet en pleine face que mes acquis ne seront plus là pour longtemps... Vraiment?

Depuis plusieurs semaines, on entend beaucoup parler des Centres de la petite enfance... il faut vivre dans un igloo pour ne pas avoir entendu les coupes de 120 millions de dollars que le gouvernement Couillard veut leur infliger. Après un 360 millions qu'on leur avait enlevés en 2006, une hausse des tarifs qu'on leur avait imposée, voilà qu'on a décidé de leur rendre la vie encore plus difficile.

Mes petits sont au CPE Petit réseau, un milieu de vie que j'adore, où je sens qu'ils sont aux petits soins et que mes enfants sont heureux. Ma garderie est l'extension de ma maison... la garderie est au coeur même de notre vie.

C'est pourquoi je me suis retrouvée lundi matin, comme plusieurs autres parents, à manifester, en faisant une chaîne humaine, devant le CPE de mes enfants. J'ai poussé un très long soupir et je me suis rendu compte que depuis que j'ai mis au monde mes chérubins, moi qui étais déjà militante dans mes jeunes années, je ne me souviens pas d'avoir autant manifesté et dénoncé. Je suis sans cesse en train de défendre les intérêts de mes enfants. Est-ce normal ?

Ce qui m'énerve au plus haut point avec ce gouvernement Couillard, et cela semble très répandu parmi nos élites politiques, c'est qu' il a de la difficulté à expliquer à la population ses actions, ses décisions, comme si nous n'étions qu'un peuple d'ignorants et qu'il savait lui comment gérer les «vraies affaires».

Quand Couillard s'est approprié ce slogan en campagne électorale, il ne nous avait pas prévenus qu'il le ferait sans les Québécois et les Québécoises!

En fait, lorsque ce gouvernement daigne parler de ses stratégies, il utilise les mots «chiffre», «coupe», «profit», bref, comme s'il pouvait prendre des décisions seulement sur des bases économiques. J'aimerais lui rappeler que la définition du développement durable regroupe deux autres termes, soient «environnemental» et «social». Sans lui en demander trop, il serait bien de l'entendre s'exprimer sur les impacts positifs qu'ont eus les centres de la petite enfance sur la société québécoise, sur la situation de la femme et les familles pauvres. Il semble que ces données scientifiques soient plus importantes en climat d'austérité.

Je me suis aussi posé la question à savoir si la gestion des CPE par le premier ministre Couillard aurait été différente s'il avait été une femme... peut-être a-t-il oublié en quoi ces CPE sont primordiaux pour notre émancipation? Rapidement, je me suis aperçue que ce n'était pas une question de sexe, mais un manque de vision répandu dans ce parti.

Je me souviens d'avoir été outrée lorsque la ministre Charbonneau (une femme!) avait admis ne pas avoir évalué l'impact de la hausse du tarif des garderies sur la place occupée par les femmes sur le marché du travail. Il faut être complètement déconnectée (je reste polie ici) pour ne pas y avoir pensé.

C'est Louis Sénécal, directeur de l'Association québécoise des centres de la petite enfance, qui mentionnait dans le Devoir que le gouvernement libéral veut faire revenir le Québec 30 ans en arrière et je suis tout à fait d'accord avec lui. Il expliquait que les CPE ont permis à des milliers de femmes de gagner le marché du travail et c'est vrai.

Lorsque tu es mère, dans la plupart des cas, tu te sens coupable une fois sur deux de laisser ton enfant à la garderie, surtout quand il est très petit. Les coupes auront des impacts sur le bien-être de nos enfants dans ces milieux de vie. Ce n'est pas compliqué, de telles mesures auront aussi pour effets d'obliger la femme à se requestionner à savoir si ses enfants sont vraiment bien à la garderie, ensuite, si cela ne lui coûte pas trop cher de se payer un tel service. Elle fera ensuite son budget familial et finalement, elle se demandera si elle ne devrait pas rester à la maison. En additionnant tous ces arguments, même si elle désire travailler, elle se dira «peut-être que ça serait la meilleure chose à faire pour le bien de ma famille.»

On sait déjà que plusieurs femmes après avoir eu des enfants décident de faire moins d'heures rémunérées et une portion importante prend la décision de travailler à temps partiel au lieu du temps plein. Veut-on vraiment ramener la femme à faire des choix dignes des années 60? Voulons-nous retourner en arrière à ce point?

Le gouvernement n'est pas seulement en train de fragiliser tout un système d'éducation, il fragilise aussi la condition de vie des femmes. Il me remet en pleine face que mes acquis ne seront plus là pour longtemps... Vraiment? Va-t-il remettre en question mon droit à l'avortement tant qu'à y être? Mon droit à l'éducation? Mon droit de vote? Non, mais, vous riez peut-être, mais c'est ça couper dans les CPE, c'est nous enlever nos acquis, ceux qui nous permettent, comme femmes, de nous sentir libres, de faire les choix que nous désirons.

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