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19/11/2015 11:27 EST | Actualisé 19/11/2016 05:12 EST

La Turquie sur les traces du Pakistan

L'Histoire se répète en Turquie aujourd'hui, qui, à cause de Recep Tayyip Erdoğan, s'enfonce dans la violence, et représente une menace sérieuse à travers des groupes radicaux qui s'activent dans plusieurs provinces du pays.

L'attentat d'Ankara, le 10 octobre 2015, qui a fait plus de 100 morts, présente des similarités frappantes avec celui qui a fait 32 morts le 20 juillet dernier à Suruç, ville turque proche de la frontière syrienne. Des sources turques privilégient la piste djihadiste de l'État islamique (Daesh) dans cet attentat.

Ces deux attentats meurtriers en Turquie nous ramènent au passé des djihadistes du Pakistan au début des années 1980. Un passé lourd qui n'est pas si loin d'être répété en Turquie, qui prend aujourd'hui le même chemin que le Pakistan des deux dernières décennies.

Les années 1980 se distinguent par une migration remarquable des islamistes de l'Afrique du Nord, du Moyen-Orient et d'Asie Centrale vers l'Afghanistan en utilisant le Pakistan comme un pont solide. En somme, les leaders djihadistes qui se détachèrent des Frères musulmans étaient bien accueillants pour des jeunes musulmans, arabes précisément, qui pesaient bien lourd sur le dos des États arabes. On n'oubliera jamais les besoins de ces écoles religieuses pakistanaises pour leur nourriture religieuse et linguistique. Le livre de Sayyid Qutb (Jalons sur la route de l'islam) était dans la poche de chacun d'eux, y compris Ben Laden.

Au début de la deuxième décennie du XXIe siècle, en oubliant le Pakistan, les leaders islamistes, les djihadistes partout dans le monde, prennent la route de l'Irak et de la Syrie en passant par la Turquie. Certains pays ouvrent la porte à cette nouvelle migration djihadiste, en espérant que l'exclusion du 'Fils de malheur' soulagera le poids de la pauvreté, du sous-développement et de la densité de la population dans les villes arabes.

Mais à la place d'un livre assassin comme celui de Qutb, les nouveaux djihadistes du XXIe siècle se chargent des images d'horreur de Daesh et autres groupes islamiques.

Après son arrivée au pouvoir en 1978, le militaire Muhmmad Zia-ul-Haq, contrairement à son prédécesseur Zulfkar Bhutto (père de Benazir Bhutto assassinée le 27 décembre 2007 par les Islamistes), influencé par la laïcité, a voulu faire un coup d'État blanc dans le système politique.

Instaurer un état islamique, augmenter le nombre des écoles religieuses, imposer l'aumône (Zakat), obliger les femmes pakistanaises à se voiler, imposer le châtiment public par des hommes religieux (Mollahs), bref, Zia-ul-Haq voulait instaurer le Califat au Pakistan.

Pendant le conflit Soviético-Afghan, sous les yeux de Zia, le pays des Mollahs est devenu un pont confortable pour les djihadistes arabes qui voulurent se trouver en Afghanistan au côté des djihadistes afghans contre l'armée soviétique. Zia a ouvert toutes les portes du pays devant la vague des Salafistes, en acceptant l'aide militaire et financière des Afghans, aide qui fut lourdement appuyée par les Américains et l'Arabie Saoudite. La conséquence logique de cette politique pakistanaise à l'époque de Zia fut une domination sans précédent des Islamistes dans la société, l'implantation de cellules dans l'armée pakistanaise et la direction pour le renseignement inter-services ou Inter-Services Intelligence (ISI) selon Zahid Hussain, dans son livre Frontline Pakistan. Il suffit de rappeler l'augmentation remarquable du nombre d'écoles religieuses : 2056 en 1980, 12 000 en 2005.

L'Histoire même se répète en Turquie aujourd'hui, qui, à cause de Recep Tayyip Erdoğan, s'enfonce dans la violence, et représente une menace sérieuse à travers des groupes radicaux qui s'activent dans plusieurs provinces du pays.

Le 20 octobre 2015, la direction turque contre le terrorisme a arrêté des dizaines de suspects dans le sous-sol d'un immeuble à l'est d'Istanbul, dont 24 étaient âgés de moins de 18 ans. Ils auraient été entraînés par l'État islamique (ISIL) avant de partir pour la Syrie. L'opération policière turque a été décrétée dans le cadre de la large enquête qui fait suite à l'attaque terroriste du 10 octobre à Ankara. Les entraîneurs, selon les sources turques, étaient Ouzbeks et Tadjiks.

Dans le même contexte, un rapport secret a été envoyé aux 81 unités de renseignement provinciales par l'unité des renseignements de la police nationale, affirmant que 200 terroristes de l'État islamique en Turquie sur 4300 sont actifs. Selon le même rapport, 4100 membres de l'Organisation extrême radicale sont considérés comme étant des cellules dormantes dans le pays.

Le vice-président Sezgin Tanrıkulu du principal parti d'opposition turc (JHP) a demandé dans un communiqué de presse daté du 21 octobre 2015, si ce rapport est authentique, et aussi, si les membres d'ISIL ont été entraînés en Turquie et s'ils ont été payés. Tanrıkulu a également rappelé les remarques controversées du premier ministre Ahmet Davutoğlu après l'attentat d'Ankara, déclarant que l'État possédait une liste de kamikazes potentiels, mais ne pouvait les arrêter car aucun crime n'avait encore été commis.

En somme, les médias en Turquie et dans la région parlent aujourd'hui d'une pakistanisation de la Turquie par la politique d'Erdoğan qui n'est guère différente de celle de Zia-ul-Haq.

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