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23/03/2017 09:36 EDT | Actualisé 23/03/2017 09:36 EDT

L'instrumentalisation du concept d'islamophobie

Comment pouvons-nous distinguer les citoyens de culture musulmane des autres, pour avoir peur? Les signes religieux ne sont pas suffisants pour une réponse claire à cette question, on doit prendre les attitudes, l'intégration sociale et les valeurs universelles aussi en considération.

Nous sommes dans un débat assez compliqué, au Québec, à propos du terme «islamophobie». Il est très facile d'annuler les activités artistiques, culturelles et des débats publics qui touchent la question de la religion, mais l'accusation de l'islamophobie est prête pour ceux qui critiquent l'islamisme. On n'exagère pas si on dit que les critiqueurs sont écartés, et n'ont pas une présence remarquée dans la sphère publique. Par contre, la voix des imams, des radicaux et des idéologues est assez médiatisée dans la société québécoise.

Nous pouvons constater l'annulation des rencontres et des spectacles artistiques, telle que les représentations de la pièce de théâtre belge Djihad prévues pour l'automne 2017 par la ville de Québec. Nous constatons aussi des actes haineux à l'encontre des lieux religieux par des islamophobes, mais nous croyons que l'ampleur du phénomène est exagérée. Les actes d'agressions fondés sur la peur de l'islam restent des cas individuels, et ne constituent pas un phénomène généralisé, comme les radicaux veulent le faire croire. Le plus souvent, les informations crédibles pour analyser la nature de l'agression sont manquantes. La menace contre des étudiants musulmans à l'université Concordia est un bon exemple: tout le monde a condamné cela comme un acte islamophobe, mais il s'est avéré que la menace avait été proférée par un étudiant musulman.

La tragédie de la mosquée Sainte-Foy à Québec (27 janvier 2017) était, et reste une l'occasion pour les islamistes d'instrumentaliser la notion d'islamophobie pour servir leurs intérêts. Avant cet acte-là, le débat public au Québec était centré sur la déradicalisation, mais une métamorphose s'est imposée après la tragédie. C'est l'islamophobie qui l'a alors remplacé dans le débat public.

Cette métamorphose a été le résultat de l'exploitation des émotions, surtout au moment du deuil. Nous savons comment l'opinion publique peut être manipulée lors d'événements qui suscitent l'émotion. Mais, nous oublions que la solidarité des citoyens québécois avec la communauté musulmane et les proches des victimes de la grande Mosquée était elle aussi le résultat de l'émotion. La solidarité qui s'est exprimée pourrait réduire l'islamophobie.

Dans ce contexte, il faut rappeler que les victimes de l'islamisme sont innombrables dans le monde, mais on n'a jamais entendu parler de manifestations contre toutes ces violences et ces cruautés en Iraq, en Syrie, en Algérie, en Tunisie.

Dans ce contexte, il faut rappeler que les victimes de l'islamisme sont innombrables dans le monde, mais on n'a jamais entendu parler de manifestations contre toutes ces violences et ces cruautés en Iraq, en Syrie, en Algérie, en Tunisie. Il y a eu peu de réactions, dans les sociétés musulmanes, contre l'esclavage des femmes Yézidis par Daech, ou contre la déclaration du groupe État Islamique, en 2014, intitulée La renaissance de l'esclavage avant l'heure.

En fait, devant les horreurs, les majorités musulmanes sont restées silencieuses, alors que des minorités radicales ont dominé l'espace public par un discours fondamentaliste. Les majorités se sont affichées tolérantes en public, mais elles ont fonctionné sur le principe: soutenez votre frère en religion, qu'il ait raison ou tort.

En conséquence, le produit le plus vendu au bazar des idées d'aujourd'hui, qui semble être une grosse boule de feu, est l'islamophobie. Les vendeurs de ce produit, qui se saisissent de l'opinion publique à l'occasion de tragédies, n'hésitent pas à mettre dans le même panier de l'islamophobie des discours fort différents: sur la laïcité, sur l'interdiction des signes religieux dans la sphère publique, sur la charte des valeurs québécoise.

De l'autre côté, certains universitaires, enseignants et intellectuels, sous le coup de l'émotion créée par les événements tragiques de Sainte-Foy, prisonniers de leurs idéologies, utilisent le terme islamophobie de la même façon que les courants islamistes. Et, à l'origine, ce terme est inadéquat, parce que l'Islam est une religion, et non pas une race. Or la religion n'est pas marquée sur le front des individus. Comment pouvons-nous distinguer les citoyens de culture musulmane des autres, pour avoir peur? Les signes religieux ne sont pas suffisants pour une réponse claire à cette question, on doit prendre les attitudes, l'intégration sociale et les valeurs universelles aussi en considération.

En bref, il y a la peur d'un islam représenté par les Wahhabites qui nourrissent des mouvements obscurantistes par une idéologie radicale d'un côté, et des fonds financiers de l'autre côté. En revanche, les mouvements racistes occidentaux ont pas mal jeté de l'huile sur le feu de ces obscurantistes. En ce sens, la lutte contre le populisme, le racisme et contre l'islamisme est nécessaire, certes, mais avec des moyens rationnels, et non pas des accommodements religieux.

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